Pourquoi Lamborghini refuse toujours de lancer une voiture 100 % électrique
Pendant longtemps, l’avenir semblait écrit d’avance pour les constructeurs de prestige : annoncer un modèle électrique, rassurer les autorités, puis faire accepter le silence aux clients. Lamborghini choisit finalement une autre trajectoire. Plutôt que de lancer trop vite une supercar électrique que ses acheteurs ne réclament pas, la marque italienne préfère prolonger l’ère du moteur thermique grâce à l’hybridation rechargeable. Une décision stratégique, presque défensive, face à un marché du luxe où l’émotion mécanique reste au centre de l’achat.
1La Lanzador change de cap
La Lamborghini Lanzador devait ouvrir une nouvelle époque pour la marque. Ce concept spectaculaire annonçait initialement un modèle 100 % électrique attendu autour de 2028. Ce scénario ne tient plus. Lamborghini a revu ses plans et prévoit désormais de transformer cette idée en modèle hybride rechargeable. Le principe est simple : conserver un moteur thermique, ajouter une assistance électrique et réduire les émissions sans effacer complètement l’expérience Lamborghini. Le même virage concerne le futur remplaçant électrique de l’Urus. Ce projet, lui aussi envisagé sans moteur thermique, est repoussé pour une durée indéterminée. Autrement dit, Lamborghini ne lancera pas de modèle entièrement électrique avant 2030.
2Winkelmann veut éviter un pari trop risqué
Stephan Winkelmann assume cette prudence. Selon le patron de Lamborghini, investir massivement dans des véhicules électriques destinés à une clientèle qui n’en veut pas serait un loisir très coûteux, voire une décision difficile à justifier auprès des actionnaires et des employés. La position est claire : l’acceptation de l’électrique par les clients historiques de la marque reste extrêmement faible. Lamborghini ne veut pas développer une voiture pour répondre à une tendance si elle risque de ne pas trouver son public.
Dans cet univers, un acheteur ne paie pas seulement une accélération fulgurante. Il achète un souvenir d’enfance devenu réalité, une présence, une bande sonore, une sensation physique.
3Le bruit compte autant que la performance
Une supercar électrique peut être redoutable en ligne droite. Elle peut accélérer très fort, parfois plus vite qu’une thermique. Mais pour une partie des clients Lamborghini, cela ne suffit pas. Le hurlement d’un V8 ou d’un V12, la montée vers la zone rouge, les vibrations dans l’habitacle et la brutalité d’un passage de rapport font partie du rituel. C’est cette dimension émotionnelle que la marque refuse de perdre trop vite.
Lamborghini ne veut donc pas sacrifier son identité mécanique au nom d’un calendrier imposé par le marché ou par l’image. La décision paraît d’autant plus facile à défendre que l’année 2025 a été excellente, avec 10 747 voitures livrées, un record pour le constructeur.
4Ferrari essuie les critiques avec la Luce
Le choix de Lamborghini prend un relief particulier face à Ferrari. La marque de Maranello vient de présenter la Luce, son premier modèle totalement privé de moteur thermique. La réaction a été très vive. Sur Internet, de nombreux commentaires ont critiqué un design jugé trop éloigné des lignes historiques de Ferrari. La sanction financière a suivi rapidement, avec une baisse de près de 6 % de l’action Ferrari après cette présentation controversée.
Stephan Winkelmann observe évidemment ce contexte de près. Interrogé par CNBC, il défend l’idée que le maintien du moteur traditionnel, associé à l’hybridation rechargeable, reste aujourd’hui la meilleure stratégie pour protéger Lamborghini.
5L’hybride comme zone de sécurité
L’hybridation rechargeable permet à Lamborghini de gagner du temps. Elle réduit les émissions, répond partiellement aux contraintes réglementaires et conserve ce qui fait encore vibrer les clients : un vrai moteur thermique.
Cette solution sert donc de passerelle. Elle évite une rupture trop brutale avec l’ADN de la marque, tout en permettant aux ingénieurs de Sant’Agata Bolognese de préparer l’avenir sans précipitation. Repousser l’électrique au-delà de 2030 donne aussi un avantage stratégique. Lamborghini pourra observer les erreurs de ses concurrents, comprendre ce que les clients acceptent réellement et chercher comment rendre une mécanique électrique plus émotionnelle.
En refusant de courir après le tout électrique, Lamborghini parie que le luxe automobile ne se résume pas à la vitesse, mais à l’émotion que l’on ressent quand le moteur prend vie.
