Restaurer coûte souvent plus que la voiture ne vaut, et pourtant il ne s'arrête jamais
À l’abri dans son hangar tourangeau, Benjamin consacre ses soirées à ranimer des automobiles qui paraissaient promises à la disparition. Son dernier défi, à la fois exaltant et intimidant, est la restauration d’une Facel Vega FV3B dont l’histoire pourrait bien transformer son existence. Loin de se limiter à un simple hobby, la mécanique jalonne son parcours de l’adolescence jusqu’à aujourd’hui, guidant ses choix et alimentant une quête où chaque véhicule restauré devient le chapitre d’une aventure singulière.
Une passion façonnée par l’enfance et la famille Enfant souvent distrait à l’école, Benjamin n’a jamais trouvé sa place sur les bancs de la classe. Son orientation vers un cursus technologique lui ouvre cependant les portes des ateliers, et le plonge dans un environnement imprégné du parfum de métal et d’huile. Mais c’est auprès d’un oncle en Vendée que se révèle sa véritable passion, devant une Méhari usée par le sel et le sable de La Tranche-sur-Mer. Sentant l’enthousiasme de son neveu, l’oncle lui propose un pacte, convaincu qu’il saura la sauver.
Un parcours motivé par le défi et la patience Pour acquérir la Méhari, Benjamin doit d’abord décrocher son baccalauréat, condition imposée par ses parents. Ce marché devient un formidable levier : chaque note encourageante se traduit par une pièce ramenée, l’assemblage du projet avançant au rythme de sa réussite scolaire. À vingt ans, il redonne vie à la Méhari familiale, puis s’offre à vingt et un ans une Vespa 400 voisine, cette fois sans le soutien des parents. Il expérimente alors le coût véritable de la passion des anciennes, puisant dans ses premiers salaires pour restaurer patiemment la petite voiture les week-ends.
La parenthèse espagnole et le retour du virus À vingt-cinq ans, Benjamin part vivre en Espagne avec sa compagne, laissant la restauration automobile en suspens pendant une décennie. De retour à Tours après la pandémie, alors qu’il affronte une hernie discale nécessitant une opération, il ressent le besoin de s’évader l’esprit. Il reprend contact avec un ancien fournisseur de pièces et se voit proposer une BMW Isetta 600 de 1958, une microcar atypique. Immobilisé, il se plonge dans les plans techniques, écume les forums et traque les références introuvables, s’adaptant à la rareté parfois abyssale des pièces disponibles.
Restauration de précision et histoires d’ingéniosité Dès que sa santé le permet, Benjamin se remet au travail sur l’Isetta. La tôlerie est confiée à la carrosserie Tessier, institution locale devant laquelle il passait enfant, fasciné par les véhicules exposés. Une fois la structure assainie, il choisit de plonger la carrosserie dans un bain de cataphorèse pour prévenir la corrosion, un traitement peu courant à l’époque des années cinquante où BMW, en pleine reconstruction d’après-guerre, imaginait une voiture conçue pour limiter l’usage de métal. Pensée d’abord pour l’accessibilité, l’Isetta 600 incarnera finalement la période de transition de BMW, au risque de fragiliser financièrement la marque.
L’appel de la rareté et le pari Mesrine Le goût de Benjamin pour l’inédit ne faiblit pas. En feuilletant un catalogue d’enchères, il tombe sur la Facel Vega FV3B, joyau discret d’une firme française disparue durant les années soixante. Le prix atteint 39 000 euros, somme déjà conséquente, mais c’est la mention d’une possible appartenance à Jacques Mesrine qui déclenche chez lui un véritable émoi. Plus qu’un investissement potentiel, c’est l’opportunité de plonger dans une histoire singulière qui le motive, conscient que le coût de la restauration dépassera souvent la valeur marchande du modèle fini.
Valeur de la passion versus rentabilité Pour Benjamin, la logique purement financière ne prime jamais sur le plaisir. Sa Méhari restaurée pourrait atteindre 35 000 euros, son Isetta 600 se situerait vers 60 000 euros. Quant à la Facel Vega, achetée 39 000 euros, sa valeur future pourrait être démultipliée une fois la remise à neuf terminée. Pourtant, ces montants ne sont qu’une composante secondaire de sa démarche, le vrai moteur demeurant la satisfaction d’animer des mécaniques à la fois rares et chargées d’histoire. La restauration s’impose comme un exutoire apaisant, une manière de combattre le stress du quotidien.
Dans son atelier d’Indre-et-Loire, la succession de véhicules restaurés révèle surtout le parcours d’un homme qui, de l’enfance hésitante à l’âge adulte passionné, a su bâtir son chemin autour de l’amour persistant des objets roulants oubliés, dénichés et ressuscités.
