Seat-Lancia Beta Coupé et HPE: les inconnues de Pampelune.
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Seat-Lancia Beta Coupé et HPE: les inconnues de Pampelune.

Par Paul Clément-Collin - 31/12/2015

C’est devenu une habitude lorsque j’écris un article : je pars sur une idée bien précise, commence mes recherches, fouille mes archives, drague le net, les forums, les sites étrangers, rassemble de la documentation… et puis je tombe sur une information qui me fait totalement dévier de ma route initiale, pour produire un tout autre article, en tout cas différent de mon idée première. C’est le cas encore aujourd’hui puisque parti la fleur au fusil pour vous parler de la Lancia Beta en général, je finis par vous pondre un article sur les Seat-Lancia Beta Coupé et HPE. Oui vous avez bien lu, Seat-Lancia ! Car la Beta fut bien fabriquée de 1979 à 1981 en Espagne, dans ses versions Coupé et HPE, en un petit nombre d’exemplaires il est vrai. Voici leur histoire.

La Seat 124 Sport Coupé, qui précédait les Seat Lancia Beta !

La Seat 124 Sport Coupé, qui précédait les Seat Lancia Beta !

Je ne vous ferai pas l’affront de tout reprendre depuis le début, et de vous refaire l’histoire de la marque espagnole Seat, née de la volonté étatique (et dans une dictature, la volonté étatique, ce n’est pas rien) de créer un constructeur automobile national ! On aura beau dire mais dans ces années là, on peut dire que pour la marque italienne Fiat, l’argent n’a pas d’odeur : elle s’est d’ailleurs fait la championne de l’aide technologique en loucedé dans les pays fermés : Yougoslavie, URSS et j’en passe. Et donc bien évidemment en Espagne, ou Fiat devient le partenaire naturel de Seat, et son fournisseur officiel de modèles.

Qu’il est agréable d’être constructeur automobile dans un pays fermé à l’importation de modèles étrangers. Pour concurrencer Seat, il fallait disposer d’usines en Espagne, ce qui limitait fortement la concurrence. On trouvait cependant des constructeurs comme Chrysler-Dodge (avec Barreiros, lire aussi : Histoire du rachat de Chrysler Europe par Peugeot) , Citroën, Renault (avec Fasa, lire aussi : Les cousines étrangères de la Berlinette) ou Land Rover avec Santana (lire aussi : Santana Samurai). Bref, cela permet à Seat de se tailler la part du lion sans trop se fouler. Pourtant, pour satisfaire sa clientèle la plus fortunée, il faut tout de même offrir des modèles un peu plus luxueux ou sportifs : la Seat 124 Sport Coupé jouait se rôle là au début des années 70. Mais l’arrêt de sa production en 1975 oblige les pontes de Seat à se poser la question d’une remplaçante.

1975 est aussi une année charnière pour l’Espagne. La mort de Franco permet le retour de la monarchie, devenue constitutionnelle et donc démocratique : le début d’une libéralisation qui aura son importance dans la courte vie des Seat-Lancia Beta ! A cette époque là, les liens avec Fiat sont encore très fort, et c’est tout naturellement que Seat va s’intéresser à la Beta, dont la version Coupé est sortie en 1973 et la version HPE (sorte de break de chasse à l’italienne proche dans le concept d’une Reliant Scimitar, lire aussi : Reliant) en 1974. Pas pressés, les dirigeants de Seat mettront quelques temps à dealer avec Fiat la fabrication en CKD de ces deux versions dans son usine de Pampelune. Les premiers modèles ne sortiront qu’en 1979.

Le coupé n’était disponible qu’en rouge ou en marron, tandis que la HPE ne proposait que le bleu ou le gris métallisé. Si toutes les pièces venaient de kit en provenances d’Italie, il faut pourtant excepter le moteur, qui lui était de conception espagnole (enfin, de « modification espagnole » serait plus juste), étudié au Centre Technique de Martorell. Il s’agit d’un 4 cylindres d’origine Fiat (Lampredi) réalésé à 1919 cm3 et développant 111 chevaux, déjà utilisé sur les 124 Sport Coupé. Avec ce moteur espagnol, Seat réduisait la facture à régler à Fiat, et permettait de limiter la taxe de 35 à 22 %.

Jusque là, tout semblait se goupiller merveilleusement bien, malgré un coût relativement élevé des voitures. Mais l’arrivée de la démocratie en Espagne s’accompagna d’une ouverture du pays, et notamment économique. Le Roi et le gouvernement se mirent en tête d’intégrer la CEE (Communauté Economique Européenne, piqûre de rappel pour les plus jeunes). Déjà à l’époque, pour rentrer dans l’Europe, il fallait respecter un certain nombre de critères, notamment l’ouverture à la concurrence. C’est ainsi qu’en 1980, peu de temps après le lancement des Seat-Lancia Beta, le marché automobile fut libéralisé, autorisant alors l’importation de véhicules étrangers. Autant dire que les Seat-Lancia devenaient tout à coup bien moins séduisantes et moins attrayantes financièrement. En outre, les liens avec Fiat devenaient compliqués, le constructeur italien rentrant en quelque sorte en guerre contre l’Etat espagnole exigeant de lui l’apuration des dettes de Seat, une sombre histoire qui aboutit au désengagement total de Fiat en 1980 !

Le coupé, ici dans sa version US !

Autant dire que dans ces conditions là, les jours des Beta espagnoles étaient comptés. La production s’arrêta en 1981, après seulement 1398 exemplaires du Coupé, et 1349 de la Beta HPE, soit 2747 exemplaires au total. Non exportés, ces modèles ne se trouvent donc à priori qu’en Espagne, et peut-être au Portugal. En tout cas ils seront très difficiles à trouver. Badgés Lancia (et non Seat), ils ne se reconnaissent qu’à leur moteur spécifique. Soyez donc attentif au moteur à l’heure d’éplucher les petites annonces. A défaut d’en trouver un exemplaire, vous pourrez épater vos amis en étalant votre science. Pour info, le Coupé fut aussi fabriqué en Afrique du Sud (246 exemplaires entre 1975 et 1978) et en Thailande (oui oui, à 120 exemplaires en 1979).

Le coupé, ici dans sa version US !

PS : impossible de trouver une photo d’une vraie Seat-Lancia Beta, les illustrations sont donc des voitures produites en Italie !

Paul Clément-Collin

Paul Clément-Collin

Paul Clément-Collin est une figure reconnue du journalisme automobile français. Fondateur du site culte Boîtier Rouge, sacré meilleur blog auto aux Golden Blog Awards 2014 et cité parmi les médias auto les plus influents par Teads/eBuzzing et l’étude Scanblog Advent, il a ensuite été rédacteur en chef de CarJager et collaborateur de Top Gear Magazine France. Journaliste indépendant, spécialiste des voitures oubliées, rares, iconiques ou mal-aimées, il cultive une écriture passionnée et documentée, mêlant culture auto, design, histoire et anecdotes authentiques, et intervient également sur des événements majeurs comme le Mondial de l’Auto.

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