
Voici la Ferrari longtemps sous-estimée qui dépasse désormais la mythique F40
Lorsqu’elle apparaît en 1995, la Ferrari F50 porte une responsabilité écrasante. Succéder à la F40, dernière supercar validée par Enzo Ferrari avant sa disparition en 1988. L’exercice est délicat. La F40 est déjà entrée dans la légende avec son caractère brutal et sa philosophie de machine de course à peine civilisée pour la route. Face à cette icône, la F50 propose une vision différente de la supercar. Plus technologique, plus proche de la Formule 1 dans sa conception. Longtemps mal comprise, elle apparaît aujourd’hui comme l’une des Ferrari modernes les plus fascinantes, comme en témoignent ses résultats spectaculaires dans les ventes aux enchères.
Remplacer une légende
La F40 est présentée en 1987 pour célébrer les quarante ans de Ferrari. À peine dévoilée, elle devient une référence absolue. Son V8 biturbo de 2,9 litres développe 478 chevaux et propulse la voiture à plus de 320 km/h. Mais ce ne sont pas seulement les chiffres qui marquent les esprits. La F40 est brute, légère, dépouillée. Pas de direction assistée, très peu d’aides électroniques et un comportement qui demande de l’expérience. Lorsque la F50 arrive en 1995, la comparaison est immédiate. Son dessin signé Pininfarina tranche avec l’agressivité de la F40. Les lignes sont plus arrondies, plus dictées par l’aérodynamique. Certains y voient une évolution logique, d’autres une voiture moins spectaculaire. Les performances alimentent aussi la discussion. Le V12 atmosphérique de 4,7 litres développe 520 chevaux et 577 Nm de couple. Une puissance impressionnante pour l’époque mais seulement trente trois chevaux de plus que la F40. Au même moment, la McLaren F1 apparaît avec son V12 BMW de 627 chevaux. La comparaison ne joue pas en faveur de la Ferrari.
Un moteur né de la Formule 1
Avec le recul, la F50 se révèle pourtant être l’une des Ferrari les plus radicales jamais conçues. Son V12 est étroitement dérivé du moteur utilisé par Ferrari en Formule 1 au début des années 1990. Ce bloc atmosphérique à cinq soupapes par cylindre est capable de dépasser les 8 500 tours par minute. Plus impressionnant encore, le moteur fait partie intégrante de la structure de la voiture. Comme sur une monoplace de compétition, la suspension arrière est directement fixée sur le bloc moteur. Ce principe permet de gagner du poids et d’augmenter la rigidité du châssis. Une solution spectaculaire sur le plan technique mais difficile à exploiter sur route. Les vibrations générées par cette architecture empêcheront Ferrari de reprendre cette solution sur d’autres modèles de série.
La dernière grande Ferrari analogique
Aujourd’hui, la F50 est souvent considérée comme l’une des dernières supercars Ferrari véritablement analogiques. Le moteur est atmosphérique, installé en position centrale arrière. La boîte de vitesses est manuelle. L’électronique reste encore très limitée. La génération suivante marque une rupture. L’Enzo adopte une transmission robotisée inspirée de la Formule 1. LaFerrari introduit l’hybridation. Quant à la récente F80, elle abandonne le V12 au profit d’un V6 biturbo. Dans ce contexte, la F50 apparaît comme le dernier témoin d’une époque où les supercars reposaient encore essentiellement sur la mécanique et le pilotage.
Une rareté qui change la perception
La production de la F50 joue également un rôle important dans sa réévaluation. Ferrari décide de limiter la production à seulement 349 exemplaires. Un chiffre étonnamment bas pour une supercar Ferrari. La F40, pourtant considérée comme une icône absolue, a été produite à plus de 1 300 unités. Sur le marché des voitures de collection, cette différence est déterminante. Plus un modèle est rare, plus sa valeur peut grimper lorsque la demande augmente. La F50 bénéficie aussi d’une palette de couleurs plus variée que la F40, presque toujours associée au Rosso Corsa. Cette diversité séduit aujourd’hui les collectionneurs.
Une cote en pleine ascension
Les ventes aux enchères illustrent parfaitement ce changement de perception. À l’été 2025, un exemplaire jaune ayant appartenu au styliste Ralph Lauren a été vendu par la maison RM Sotheby's pour plus de neuf millions de dollars, soit environ sept millions et demi d’euros. D’autres exemplaires dépassent désormais régulièrement les cinq millions d’euros. La F40 reste extrêmement recherchée mais la plupart des modèles se négocient aujourd’hui autour de trois millions d’euros. Seules les très rares F40 LM de compétition atteignent des montants comparables à ceux de la F50. La hiérarchie s’est donc progressivement inversée.
Une Ferrari à double visage
La F50 possède enfin une particularité assez rare dans l’univers des supercars. Grâce à un hard top amovible, elle peut se transformer en roadster. Le passage du coupé au cabriolet demande quelques manipulations et un peu d’organisation mais l’expérience change totalement. Ferrari ne proposera à nouveau une hypercar découvrable que plus de vingt ans plus tard avec la LaFerrari Aperta. Cette double personnalité renforce aujourd’hui l’attrait de la F50. À la fois radicale comme une voiture de course et capable de rouler à ciel ouvert, elle incarne une vision très singulière de la supercar. La Ferrari F50 a longtemps vécu dans l’ombre de la F40 mais l’histoire automobile a parfois le goût des revanches tardives.