Peugeot 404 : prudence et robustesse pour contrer la DS

Publié le vendredi 20 septembre 2019.
Mis à jour le vendredi 4 octobre 2019.
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La Peugeot 404 est toujours aujourd’hui la reine de l’Afrique où elle circule encore (y compris comme taxi en Ethiopie). Normal car outre ses nombreuses versions répondant à un large spectre de besoins, elle a aussi pour elle une incroyable robustesse qui lui permet de rendre encore bien des services aujourd’hui. Des fondamentaux que l’on retrouvera par la suite sur la 504 qui lui succèdera avant que les pick-ups japonais ne prennent petit à petit la place des françaises. La 404 c’est aussi un modèle qui fera rentrer Peugeot dans les années 60, rencontrant un immense succès en France et à l’étranger. Petit retour sur sa longue histoire.

Pendant les années 50, Peugeot, loin des excentricités de Javel, de Billancourt ou du quai d’Ivry, s’était refait une santé avec une offre solide et classique. La 403 n’était pas la plus glamour des voitures, mais répondait à la demande d’une large frange de la population qui désirait avant tout rouler sans appréhension, dans une valeur sûre. Avec la 403, pas de surprise possible, le style était sobre et les mécaniques fiables et robustes. C’est tout juste si Peugeot osait, du bout des lèvres, proposer une version cabriolet anecdotique à l’époque (et très recherchée aujourd’hui). 

Préserver les acquis

Avec la 404, Peugeot va appliquer une recette simple : préserver les acquis, l’expérience et la réputation de la 403 tout en s’ouvrant (un peu) à la tendance du moment. Il faut dire que l’arrivée de la Citroën DS en 1955 avait chamboulé le marché et, par ricochet, ringardisé la 403. Certes, les déboires de la grande Citroën et le temps d’adaptation de la clientèle ne provoquèrent pas un tsunami, mais la menace fut vite identifiée du côté de Sochaux. 

D’habitude prudente, la famille Peugeot va donc se préparer à l’offensive du chevron en prenant le contre-pied. Pourtant, la tentation est grande de suivre Citroën dans la surenchère technologique au point de réfléchir à la suspension oléopneumatique, voire à un V8. Rapidement, la stratégie va apparaître évidente. Pas besoin de grandes études marketing pour comprendre que la clientèle Peugeot est assez conservatrice. D’ailleurs, les soucis des débuts de la DS confirme qu’il vaut mieux rester prudent.

Partenariat reconduit avec Pininfarina

La vraie nouveauté chez les Peugeot sera leur faible temps de réaction. Constatant l’offensive du côté de Javel, on ne va pas tergiverser et lancer tout de suite l’étude de la 404. Côté technique, pour éviter toute mauvaise surprise, le bureau d’étude va se contenter de reprendre les principes de la 403 tout en les améliorant. La 404 sera donc fiable, solide, sans surprise de ce côté-là. Pour le design, le partenariat avec Pininfarina avec la 403 est reconduit et Peugeot va accepter un peu plus de fantaisie. 

Devant l’urgence du renouvellement, Peugeot va accepter un dessin quasiment sur étagère. Bien entendu, le talentueux Pininfarina saura accentuer les différences, mais il est difficile de ne pas voir en la 404 des réminiscences de Fiat 1800/2100, tout comme les déclinaisons coupé et cabriolet de la française ressemblent fortement aux Fiat 1500 et 1500S. Sans être identiques, ces carrosseries ne peuvent renier une certaine parenté, mais à cette époque, les marchés nationaux sont assez peu poreux à l’import et ces ressemblances moins immédiatement visibles. Encore aujourd’hui, beaucoup pensent que Fiat a copié Peugeot, alors que c’est l’urgence de la situation (et l’entremise de Pininfarina) qui permettra d’obtenir rapidement un dessin moderne et affirmé.

La Peugeot 404 proposera dans sa gamme un élégant coupé et un adorable cabriolet

Des débuts prometteurs

De fait, Pininfarina va tenter de distinguer la française de l’italienne : face avant moins plongeante, ailerons arrière plus fins mais plus hauts, et un profil général plus élancé suffiront à faire la différence : un mélange de France, d’Italie, mais aussi d’Amérique (à l’image finalement de Simca à la même époque). La 404 tranche avec la rondeur massive de la 403, mais n’effraie pas la bourgeoisie de province (comme on aime décrire la clientèle de Peugeot à l’époque).

Le 9 mai 1960, Peugeot présente à la presse sa nouvelle berline. Elle est élégante, raffinée (avec son pare brise panoramique) tout en tranchant avec sa devancière. Pourtant, la 404 en reprend les principes de base : propulsion et essieu arrière rigide, ainsi que la boîte de vitesses au volant, sans doute pour ne pas bouleverser la fidèle clientèle déjà interloquée par un nouveau design. En revanche, Peugeot va soigner la suspension avant (ressorts hélicoïdaux) et doter sa nouvelle berline d’une tenue de route et d’un confort inconnu sur la 403.

Priorité à la robustesse

Côté moteur, même stratégie : on prend le solide bloc de la 403 tout en l’améliorant (vilebrequin, embiellage, nouvelle culasse). La cylindrée passe à 1 618 cc pour une puissance de 72 chevaux SAE tandis qu’il est désormais incliné de 45° sur la droite. Ce bloc, fiable, endurant et relativement économique tranche face à la fragilité de certaines concurrentes. 

Peugeot va ensuite dérouler son plan : sur cette base bien née, on décline. Dès 1961, la berline peut recevoir l’injection, portant la puissance du moteur à 85 chevaux, tandis que sont présentées les déclinaisons de la 404 au Salon de Paris 1962 : coupé et cabriolet très élégants (produits chez Pininfarina) et break (familiale ou commerciale). De quoi répondre largement à la demande, d’autant qu’à cette époque, Peugeot n’a pas une gamme très développée : il faudra attendre 1965 pour voir la 204 épauler sa grande soeur. Autant dire que la 404 est cruciale pour le Lion.

Injection et diesel

Peugeot, avec cette nouvelle voiture, faisait en même temps preuve de sa légendaire prudence, tout en étant capable d’innover : l’injection n’est pas courante à l’époque, et dès 1964 le constructeur va s’engager sérieusement dans la voie du diesel, avec le fameux Indenor XD 85 1,8 litre de 55 chevaux puis XD 88 2 litres et 68 chevaux. Tout au long de la carrière de la 404, l’offre moteur évoluera, le 4 cylindres recevant un vilebrequin à 5 paliers permettant de passer à 76 chevaux avec carburateur (puis 80 chevaux en 1967) ou 96 chevaux avec l’injection. En 1967, la 404 reçoit un nouveau dérivé utilitaire, le pick-up, histoire de ratisser encore plus large.

Le Pick Up 404 sera produit jusqu’en 1989

Le lancement de la 504 à la fin de l’année 1968 ne va pas signer l’arrêt de la 404 pour autant. Certes, les coupés et cabriolets 404 cèdent définitivement leurs place à leurs équivalents 504 (coupé et cabriolet) sur les chaînes de Pininfarina, mais les berlines et break (et plus encore le pick-up) font de la résistance. Peugeot poursuivra la fabrication en France jusqu’en 1975, avec une offre moteur certes plus limitée et notamment un 1,5 litre de seulement 66 chevaux. 

Une production internationale

La production ne s’arrêtera pas pour autant tout à fait. Si la 404 tire sa révérence en France (le pick-up sort du catalogue en 1979), les usines étrangères continueront de produire ce best-seller français. Dès les années 60, le potentiel international de la Peugeot se révèle, et sa production locale ou en CKD (kit de production) va s’étendre en Argentine, au Chili, au Canada (dans l’usine SOMA), en Afrique du Sud, au Nigeria, en Malaisie, en Rhodésie, au Kenya ou à Madagascar (entre autres). La dernière 504 tombera des chaînes en 1989, soit près de 30 ans après son lancement.

Au total, 2 885 374 exemplaires sortiront des diverses chaînes d’assemblage à travers le monde, tandis que sa robustesse légendaire la fera durer y compris (voire surtout) sur le difficile continent africain. Sa réputation permettra à la 504 de perdurer la tradition, jusqu’à ce que Peugeot se désengage petit à petit de ces marchés étrangers. 

Aujourd’hui, si les versions coupé et cabriolet s’avèrent rares et plutôt cotées, les berlines, breaks et pick-up peuvent être une bonne introduction à la collection. Sans compter la nostalgie que procurent ces vestiges de notre passé collectif, que l’on ne voit plus beaucoup sur nos routes. Les “populaires de notre enfance” reviennent en force et malgré tout, n’oubliez pas que la 404 s’opposait à la Citroën DS, aujourd’hui star des rassemblements.

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3 commentaires

philippe

Le 20/09/2019 à 17:32

Bizarre d’évoquer les Fiat 1800 et 2100, les vraies inspratrices sont plutôt les Oxbridge ou les « grosses » Austin Westminster/VdP Princess 3 litre/Riley 6/110 toutes dûes à Pininfarina.
La 404 clône la dernière série Cambridge à l’exception du déflecteur de vitre avant.
Les coupé/cabriolet par contre sont très inspirés du design de leurs homologues Fiat 1500.

Jethro tull

Le 20/09/2019 à 19:37

Bonjour Paul,
Juste une question! Avais tu écrit un article sur la buick skylark 1980?
D’avance merci.

Eddy123

Le 23/09/2019 à 06:20

châssis X body…
J’ai sa sœur Citation coupé dans mon garage…
première traction avec V6 transversal!!

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