
Comme chacun sait, l’actuel roadster SL, présenté il y a quatre ans, a été développé par AMG – sa filiation avec les modèles développés à Affalterbach apparaît d’ailleurs sans ambiguïté dans sa dénomination commerciale. Pourtant, la sportivité exacerbée que recèle cette nouvelle génération, et qui contraste avec la philosophie plus « grand tourisme » de ses devancières, ne convient pas à tous les clients de la marque, pas forcément captivés par la perspective de se confronter sur la route à la première Porsche 911 venue. La SL 680, qui délaisse le logo AMG au profit de celui de Maybach et présente un typage inédit, tente de répondre aux attentes de ceux pour qui une Mercedes décapotable doit davantage exsuder le luxe que le sport…

Soixante-dix ans d’histoire
Sport Leicht : on l’a souvent rappelé, c’est cette expression, signifiant « sportive et légère », qui a forgé l’identité des premiers coupés et roadsters à caractère sportif lancés par Mercedes après la guerre. D’abord pensée pour la compétition, la première 300 SL (W198) de 1954 était un coupé à l’esthétique spectaculaire et dont les célébrissimes portes « papillon » ont établi la légende. Toutefois, l’auto et sa nombreuse descendance – exclusivement constituée de cabriolets depuis 1957, que la marque préfère nommer « roadsters » afin justement d’en renforcer le caractère sportif – ont toujours entretenu une certaine ambivalence quant à leur quiddité. Indéniablement plus sportives que le reste de la gamme Mercedes, ces voitures, luxueuses et puissantes, n’ont cependant cessé de s’embourgeoiser au fil du temps, s’adressant à une clientèle certes éprise de performances mais aussi d’un certain confort. On ne compte plus les essais critiques parus dans la presse spécialisée dans les années 1990 puis 2000, reprochant fréquemment aux SL un poids excessif, incompatible avec les joies du « vrai » pilotage et considérant volontiers que leur logo s’apparentait à une forme d’usurpation. À Stuttgart, on n'en faisait pas grand cas cependant, étant donné le succès commercial avéré du concept (les séries R107 et R129 s’étant notamment écoulées à plus de 200 000 unités chacune). Jusqu’au jour où la SL décida de se transformer en Porsche 911…
Entre sport et légèreté
Reconnaissons-le sans ambages, la génération R231 n’a pas rencontré le même engouement que ses devancières. Lancée en 2011, l’auto prenait la succession de la R230, restant fidèle au concept « coupé-cabriolet » inauguré par le petit roadster SLK en 1996 et adapté cinq ans plus tard dans la « grande » SL. Il faut le souligner, le relatif insuccès de la R231 ne rend pas justice à ses qualités ; le modèle corrigeait certaines approximations que la clientèle avait pu reprocher à la R230, singulièrement en matière de finition ; et les amateurs de performances n’avaient rien à lui reprocher non plus, la puissance de l’engin culminant, en toute simplicité, aux 630 chevaux de la SL 65 AMG ! Malheureusement, dotée d’un équipement pléthorique, celle-ci se signalait aussi par un poids frisant les deux tonnes à vide, ce qui ne lui permettait pas de semer une 991 Turbo contemporaine, moins puissante mais aussi plus légère de 300 kilos. Par surcroît, l’engouement pour les coupés-cabriolets étant peu à peu retombé, la SL de ces années-là tomba peu à peu dans l’anonymat, tandis que la plus célèbre des Porsche, gagnant de son côté en confort et en polyvalence, lui chipait quelques clients au passage… Chargés d’étudier sa remplaçante, les responsables du projet R232, entièrement conçu chez AMG, décidèrent alors de transformer l’identité de la future SL en s’en allant chasser sans vergogne sur les terres de Zuffenhausen !



Une silhouette qui change tout
Bien sûr, on ne se refait pas, et la Mercedes-AMG SL (sa dénomination officielle, désormais), présentée fin 2021 et destinée à remplacer également feu le roadster AMG GT de première génération, s’avère assez éloignée du côté spartiate que l’on associe volontiers aux machines uniquement vouées aux joies du pilotage. Revenant à une capote en toile et à la formule « 2+2 » (comme on s’en doute, les deux places arrière ressemblent davantage à des alibis qu’à autre chose), la nouvelle SL n’est pas plus austère que le modèle sortant et, contre toute attente, se montre même plus volumineuse encore, avec une longueur augmentée de douze centimètres. Par-dessus le marché, la plupart des versions embarquent une transmission intégrale inconnue des SL précédentes, sans parler de la variante la plus épicée, une hybride rechargeable forte de 816 ch en pic mais affichant tout de même 2,2 tonnes, le fautif n’étant autre que le moteur électrique doté d’une batterie de 6,1 kWh embarqué à l’arrière. Et pourtant, la suspension Active Ride Control, qui dispose d’un système de stabilisation active du roulis, compense en grande partie l’inertie due à une masse toujours bien plus élevée que chez Porsche. Pour avoir séjourné à bord de l’engin, nous pouvons confirmer sa capacité à se prêter à tous les styles de conduite, du cruising quiet à la grosse attaque – dans certaines limites néanmoins –, le tout dans un confort et un luxe proches de ceux d’une Bentley. Voilà un tableau qui fleure bon la GT contemporaine de haute volée, capable de satisfaire le sybarite comme le sportif – et pourtant, Mercedes a choisi d’aller encore plus loin…
Quand Maybach remplace AMG
Marque à part entière de 2002 à 2012, Maybach est devenue depuis lors le symbole du luxe ultime au firmament du catalogue Mercedes. La Classe S ou les SUV GLS et EQS en bénéficiaient déjà ; en 2025, de façon inattendue, la SL s’est jointe à la fête. Officiellement disjointes de la famille AMG, les Mercedes-Maybach SL 580 et 680 dérivent pourtant directement des SL 55 et SL 63, dotées du V8 4 litres biturbo AMG, ici dépourvu de toute hybridation. Présenté par le constructeur comme son « premier roadster de luxe », l’engin pousse le raffinement à des altitudes paroxystiques avec la nouvelle version « Monogram Series » qui nous intéresse ici. Avec son capot à peinture contrastée possiblement orné, à l’instar de la capote, d’une multitude de logos Maybach, l’auto se distingue semblablement par la présence, inédite pour une SL, d’une étoile de capot, la calandre traditionnelle du roadster étant remplacée par un élément chromé portant l’inscription « Maybach ». L’espace arrière est également revisité, l’auto redevenant une stricte biplace ; de la sorte, vêtements et bagages voyageront aussi somptueusement qu’il est possible. Offrant un large choix de coloris exclusifs issus de la ligne « Manufaktur », la Monogram Series se singularise également par deux versions de jantes au design spécifique, une instrumentation sur fond blanc – assez vintage dans l’esprit – et un habitacle encore plus luxueux et personnalisable que celui des SL « ordinaires ». En somme, un véritable petit yacht routier dont le seul tort est sans doute, en dépit d’une appellation trompeuse, d’avoir renoncé au V12…



