À cette vitesse, la Bugatti allait plus vite qu'un TGV
Le frisson de la conduite sportive réside généralement dans la manière dont une automobile parvient à évoluer dans des conditions dynamiques complexes, notamment en courbe. Pourtant, certaines voitures issues d'une époque déjà révolue continuent d'occuper une place à part dans le cœur des passionnés, surtout lorsque la débauche de puissance devient une expérience à part entière. C'est au printemps 2019 qu'une Bugatti Chiron Sport m'a offert ce privilège inouï : approcher les 356 km/h sur la célèbre ligne droite du Castellet, là où la route laisse place à l'exception.
Le plaisir de la conduite au-delà de la performance pure
Beaucoup d'amateurs de belles mécaniques s'accordent à dire que le bonheur au volant naît dans les enchaînements de virages, lorsque la voiture donne à ressentir chaque nuance du bitume et transmet, jusque dans le volant, toutes les subtilités de l'asphalte. Pourtant, même alors que les berlines les plus conventionnelles tendent à afficher en ligne droite des chiffres que seules les supercars atteignaient autrefois, le mythe de certaines mécaniques du passé demeure intact. Ces modèles, par leur caractère et leurs performances, continuent d'alimenter les fantasmes, loin des seules restrictions de la modernité.
La Bugatti Chiron, héritière d'une lignée iconique
Lancée en 2016 et directement issue de la Veyron révélée en 2005, la Chiron incarne l'audace technique et le luxe ultime. Un bloc W16 quadruturbo de 8,0 litres capable de développer 1 500 chevaux et 1 600 Nm de couple lui confère une stature sans égale au sein de la production mondiale de l'époque, alors que Xiaomi n'avait pas encore pris le virage de l'automobile survoltée. Contrairement à ses concurrentes que sont les Ferrari, Porsche ou McLaren, centrées sur la recherche d'efficacité sur piste, la Bugatti s'affranchit de la chasse au record de chrono pour s'imposer avant tout par sa majesté mécanique et la sensation de pénétrer dans un univers à part. Conduire une Chiron, c'est renouer avec cette magie rare que seules quelques voitures d'exception procurent encore aujourd'hui.
Des sensations à la hauteur de la légende
Si la Veyron fut parfois considérée comme une supercar manquant de caractère, il suffisait pourtant d'en prendre le volant pour comprendre le respect qu'elle imposait. La Chiron, qui la prend pour base tout en poussant encore plus loin la sophistication technique, s'avère bien plus précise et incisive dans les séquences rapides du circuit. Tout en ne cherchant pas le pur plaisir pilotage réservé à ses rivales de Maranello, Zuffenhausen ou Woking, elle brille dans les accélérations fracassantes et la poussée ressentie jusqu'au freinage, signant des chronos ahurissants entre deux courbes.
356 km/h sur le Circuit Paul Ricard : un moment hors du temps
Au printemps 2019, l'occasion m'a été donnée de dérouler toute la puissance d'une Chiron Sport sur la ligne droite du Mistral au Castellet. Approcher les 356 km/h, soit à seulement un kilomètre-heure du record du circuit à l'époque, sans même forcer ni prétendre à un quelconque don de pilotage, procure un mélange unique de fascination et de respect pour les lois de la physique. La décélération qui suit, sur une auto pesant 1 995 kg à sec, réclame de la concentration et une main ferme tant la violence de la manœuvre contraste avec la facilité déconcertante avec laquelle on atteint cette vitesse, dépassant même celle d'un TGV. Quelques années auparavant, j'avais déjà découvert les joies du freinage à 330 km/h au même endroit, à bord d'une Veyron Grand Sport Vitesse. Avec la Chiron Super Sport de 1 600 chevaux, certains confrères ont ensuite franchi le cap des 370 km/h, témoignant d'un progrès technique sans cesse repoussé.
L'impossible vitesse sur route ouverte
Dans les faits, jamais auparavant il ne m'avait été donné de conduire aussi vite. Et lorsqu'une portion illimitée d'autobahn allemande s'offre à moi, la circulation suffit toujours à empêcher d'approcher les 300 km/h. Comme si la destinée réservait ce type d'expérience à la quiétude sécurisée d'un circuit, loin de tout risque de sanction.
Oser frôler de telles barrières, même l'espace de quelques instants, permet de comprendre pourquoi certaines automobiles, héritières des plus grands noms, sont entrées dans la légende du pilotage moderne.
