
Même si cette dénomination a été, depuis lors, plusieurs fois réutilisée par la marque milanaise, évoquer le Spider Alfa renvoie spontanément au Duetto apparu pour la première fois au printemps de 1966 et qui, sous diverses appellations et au fil de quatre séries successives, a perduré vingt-huit années durant au catalogue. Si cette longévité est due tout autant aux difficultés financières récurrentes d’Alfa dans les années 70 et 80 qu’au charisme inhérent au modèle, elle n’en demeure pas moins impressionnante et offre aux collectionneurs d’aujourd’hui un choix extrêmement large. Ainsi, que vous soyez amateur de sensations vintage ou à la recherche d’une auto recelant les avantages d’une certaine modernité et pouvant assurer un service quotidien, vous trouverez forcément le Spider qui répondra à vos attentes. Pour une automobile aussi désirable, ce n’est pas si courant…


Trente ans d’histoire
« J’ai craqué pour un Spider Alfa ! » Voilà des mots si souvent prononcés ou écrits par un grand nombre de collectionneurs depuis des lustres – et, comme nous l’écrivions plus haut, si ceux-ci s’adressent à un connaisseur, le questionnement qui s’ensuivra ne concernera pas le modèle mais, le plus souvent, sa génération et/ou sa motorisation, dont la variété s’explique par une carrière hors normes. C’est que l’auto a connu plusieurs vies et autant d’époques ; songez, pour ne prendre que quelques repères historiques, qu’à sa sortie le général de Gaulle était encore au pouvoir en France et que la guerre du Vietnam venait tout juste de débuter ! Seul modèle décapotable du catalogue Alfa à partir de l’automne 1966, il est donc tout naturellement devenu pour tout un chacun « le » Spider, jusqu’à sa disparition au mitan des années 1990. Une retraite alors bien méritée pour celui qui avait vaillamment survécu aux deux décennies précédentes, difficiles pour la marque d’Arese mais aussi pour les cabriolets au sens large, l’espèce ayant été largement décimée au cours des seventies…
L’épopée d’une survivante
Il faut se rappeler : au début des années 70, plusieurs constructeurs de cabriolets décident de jeter l’éponge, dans la perspective du durcissement annoncé des normes de sécurité états-uniennes – marché stratégique pour bon nombre des marques concernées. Ainsi, entre 1965 et 1975, Jaguar, Aston, Ferrari, Porsche ou Maserati abandonnent peu à peu la formule du « vrai » cabriolet au profit, parfois, de solutions du type Targa ou autres découvrables combinant toit en dur et capote (cf. les réalisations de Baur sur base BMW ou bien encore la Lancia Beta Spider). Contre vents et marées, la valeureuse Alfa poursuit toutefois son bonhomme de chemin (et s’en trouve bien lorsque, en définitive, les marchés d’Amérique du Nord décident d’épargner les cabriolets). De la sorte, au début des années 80, le Spider milanais fait partie des rares survivants parmi les cabriolets de grande série, avec les vieillissantes Peugeot 504 et Pininfarina Spider Europa (ex- Fiat 124), la Mercedes SL jouant dans une tout autre catégorie tarifaire. Elle se trouve donc aux premières loges pour profiter, à sa manière, du revival inattendu qui survient alors.


Des heures sombres
En effet, la BMW Série 3 puis la Saab 900 débarquent sur un marché dont ces deux modèles vont enclencher la renaissance. Certes sensiblement plus onéreuses que l’Alfa, ces deux autos sont aussi bien plus modernes et leurs prestations soulignent cruellement la senescence de l’Italienne, qui fête alors ses vingt ans d’existence et dont les substrats sont ceux de la berline Giulia apparue en 1962. Hélas, Alfa Romeo, sur le point d’être racheté par Fiat Auto, traverse de graves difficultés financières et n’est alors pas en mesure de concevoir un successeur pour son Spider. Lequel va alors connaître des moments difficiles en étant la victime d’un restylage très contestable en 1983, se traduisant par l’adjonction d’un spoiler avant et, surtout, d’un becquet arrière totalement incongrus sur une carrosserie qui, une dizaine d’année auparavant, avait fort bien supporté la modification de sa poupe. Mais là, de l’avis général, trop c’est trop ; le manque de moyens ne justifie pas tout – et encore moins les appendices vulgaires de la version « Quadrifoglio Verde » présentée en 1986… laquelle présente néanmoins, de nos jours, l’avantage d’une cote très basse, pour ceux qui apprécient les créatures décalées ou avouent une coupable nostalgie pour les errements stylistiques de ce temps-là.
Les derniers feux d’une grande classique
Les choses auraient pu en rester là mais, peut-être sous l’influence d’un segment de marché redevenu très dynamique avec notamment l’apparition de la Mazda MX-5, le Spider Alfa va bénéficier, en 1990, d’une ultime refonte destinée à faire patienter la clientèle jusqu’à la commercialisation de son successeur éponyme – mais très différent dans sa conception, puisque le futur Spider sera une traction avant étroitement dérivée de la Fiat Tipo, synergie de groupe oblige… Après des années d’errance, Alfa retrouve une bienheureuse inspiration et corrige adroitement le tir avec une poupe redevenue enfin regardable, l’intégration de feux arrière rappelant ceux de la berline 164 s’avérant plutôt réussie. C’est dans cet équipage que le Spider achève son parcours, après 124 000 exemplaires produits, mettant un terme à une longue lignée – c’était alors la dernière Alfa encore dotée du légendaire double arbre maison. Pour autant, cette « série 4 » n’est pas la plus convaincante sur le plan esthétique, car sa relative modernité n’a pas que des avantages, avec en particulier un mobilier de bord taillé dans un plastique assez douteux. Mais l’auto supporte sans difficultés un service quotidien, tout en délivrant des sensations authentiques, le tout pour un prix encore très abordable. Entre nous, que demander de mieux ?




