Porsche 912 E : en attendant la 924
par Paul Clément-Collin le 3 juin 2019Oui, j’en conviens, la date de lancement de cette deuxième série de Porsche 912 (dite E donc, pour Einspritzung, soit injection en allemand) près de 7 ans après la disparition de la première fait « tilter » : à peine quelques mois avant la sortie de la 924, censée prendre la relève des 914 au bas de la gamme. Les stratèges de Porsche pédalaient parfois dans la semoule pour positionner leurs modèles mais n’étaient pas non plus des idiots. Malgré leurs ambitions pour la nouvelle “petite” 924, ils savaient qu’un modèle de transition destiné au marché américain pouvait être une solution intelligente et peu coûteuse.
De la 912 à la 912 E
Observer les chiffres est parfois utile : personne chez Porsche n’avait oublié le “camouflet” de la 912 première série, s’octroyant la primeur des ventes devant la 911 dès 1965, allant même jusqu’à représenter trois fois les ventes de sa grande soeur en 1966, et ce grâce au marché américain, grand pourvoyeur de clients adeptes (contrairement aux idées reçues) d’une allure sportive mais de 4 cylindres seulement : la flopée de roadsters anglais rapportés par les GI’s dans les années 50 avaient créé un marché dans lequel s’était engouffré la 356 mais dont s’éloignait la 911.
La concurrence interne s’arrêta net avec le lancement de la 911 T dotée d’un 6 à plat moins puissant, d’un équipement plus spartiate et d’un prix plus amical. Il n’empêche, la direction avait compris le message : pour ne pas cannibaliser les ventes de la 911, le futur “petit modèle” serait différent. Ainsi naquit la 914 qui, pourtant, proposait elle aussi une version 6 cylindres… Errements du marketing, cette dernière ne se vendit pratiquement pas (3 500 ex) comparée à sa soeur à 4 cylindres (115 000).
Transition entre 914 et 924
Bref, en 1975, la 914 s’apprêtait à tirer sa révérence tandis que la 924 pointait son nez, et que la 911 prenait vraiment son envol avec la type G. Pour Porsche, c’était l’occasion d’offrir un modèle “économique” (le E pouvait y faire penser) à sa clientèle américaine toujours friande de l’idée d’une sportive à 4 cylindres mais ressemblant à une vraie 911 (pas comme la 914 donc, ni la 924). D’ailleurs, la direction a conscience que la 924 à venir risque de plus séduire les européens que les américains.
La 912 E fut donc présentée en mai 1975 (923 dans la nomenclature Porsche) soit quelques mois avant la 924 (présentée en novembre de la même année mais commercialisée aux USA qu’en juillet 1976). Pour Porsche, il s’agissait donc de satisfaire une petite frange de clientèle en assurant la transition vers la 924. Mais il fallait bien l’avouer… la 912 n’était pas un foudre de guerre…
Look de 911 mais puissance limitée
Avec son flat 4 issu de la 914 (lui-même issu des 411/412) mais porté à 2 litres, elle ne proposait que 87 petits chevaux pour un poids relativement conséquent, elle atteignait seulement les 176 km/h pour un 0 à 100 faiblard de 13,5 secondes… Non, définitivement, ce n’était pas une sportive. Seuls 2 092 clients furent séduits par la proposition sur un seul millésime (1976). Un échec ? Oui si l’on considère que Porsche attendait plus. Non car l’opération était rentable et que la 924, l’année suivante, arrivait tout juste à doubler ce chiffre malgré l’attrait de la nouveauté.
Aujourd’hui, la 912 E reste méconnue. On connaît mieux les 912 des années 60 alors que cette resucée des 70’s exclusivement américaine demeure dans l’ombre. Pourtant, sa rareté, sa production sur une seule année, son histoire singulière, son look de 911 G mais avec un 4 cylindres lui donnent toute sa singularité. Et en collection, c’est cela qui compte : avoir des pièces qui sortent du lot, avec une histoire… A vous de voir.

Paul Clément-Collin


