Trois exemplaires seulement avaient existé : la première McLaren de route renaît 60 ans après
Le Goodwood Festival of Speed, rendez-vous incontournable des passionnés d'automobiles depuis 1993, accueille cette année un événement exceptionnel : McLaren y présente la version restaurée de sa toute première voiture de route, la mythique M6GT. Ce projet hors du commun réanime un rêve suspendu depuis la fin des années 1960, offrant au public l’occasion de voir pour la première fois un exemplaire totalement achevé d’une supercar née de la vision de Bruce McLaren.
Quand le rêve de Bruce McLaren rencontre la réalité
À la fin des années 60, Bruce McLaren nourrit une ambition rare pour un constructeur : créer une voiture de route capable de rivaliser avec ses bolides de compétition. En prenant pour base le châssis de la M6A, victorieuse sur les circuits, il imagine la première supercar frappée du nom McLaren, dotée d’un toit fermé et d’une puissance remarquable, qu’il pilote lui-même lors de ses trajets personnels. Baptisée M6GT, cette auto devait ouvrir une nouvelle ère pour la marque britannique.
Un modèle devenu légende inachevée
Mais la destinée de la M6GT bascule en 1970. Un bouleversement réglementaire au sein du Groupe 4 rend son homologation impossible et, surtout, la disparition tragique de Bruce McLaren lors d’un test sur le circuit de Goodwood met brutalement un terme au projet. Seuls trois exemplaires voient alors le jour : le prototype personnel du fondateur et deux voitures produites à des fins promotionnelles en partenariat avec Trojan.
Une reconstruction sous le sceau de l'authenticité
La renaissance de la M6GT s’appuie sur l’expertise de McLaren Special Operations (MSO), département dédié aux projets exclusifs de la marque. Pour ce chantier, MSO a soigneusement utilisé les moules de carrosserie d'origine, s’appuyant sur des archives précieuses pour retrouver matériaux et schémas d’époque. Des composants historiques ont été restaurés, tandis que certaines pièces, introuvables aujourd’hui, ont été reproduites sur-mesure grâce à des spécialistes issus du secteur aéronautique.
Technique, performances et hommage chromatique
La base de cette M6GT version 2024 repose sur un châssis authentique issu de la M6A. La suspension conserve ses caractéristiques originales, mais a exigé un travail méticuleux pour retrouver des dimensions disparues de l’industrie actuelle. Sous la carrosserie bat un V8 Chevrolet LT1 de 5,7 litres, identique à la configuration de l’époque, doté de culasses "camel hump" et délivrant 370 chevaux. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : le 0 à 100 km/h est bouclé en 4,2 secondes et la vitesse de pointe atteint 290 km/h, ce qui faisait d’elle, en 1969, la voiture de route la plus rapide de la planète.
Un intérieur chargé de symboles
L’exemplaire restauré arbore une teinte crème baptisée "Colnbrook", en hommage à l’usine où Bruce McLaren dessinait ses créations. L’habitacle se pare d’un vert inédit, inspiré de la M2B, première Formule 1 de McLaren lancée en 1966. Les sièges en vinyle reçoivent des coutures vertes assorties, tandis que la noblesse du bois s’invite sur le pommeau du levier de vitesses, façonné en noyer massif. Les fameuses portes papillon, signature de la marque, complètent cet ensemble raffiné.
Le mystère plane sur la suite du programme McLaren
La marque de Woking ne compte pas s'arrêter là : à l'occasion de ce même festival, elle promet de lever le voile sur ce qu’elle nomme "le point culminant de son ère supercar actuelle". Les spéculations s’intensifient autour d’une possible 788 HS, évolution affûtée de la 750S orientée circuit, mais McLaren entretient le suspense jusqu’aux révélations officielles. McLaren ravive son histoire à Goodwood en redonnant vie à une supercar née d’un rêve inachevé, symbole d’excellence et d’audace technique.


