
Une marque de luxe chinoise débarque en Europe en 2026… et elle ne vise pas petit
En juillet 2025, BYD a confirmé l’arrivée en Europe de sa marque ultra-luxe Yangwang pour 2026. Après avoir investi le marché généraliste puis premium avec Denza, le géant chinois vise désormais le sommet, celui occupé par Range Rover, Mercedes Maybach ou même certaines Bentley. Derrière l’effet d’annonce et les démonstrations spectaculaires, une question se pose : Yangwang est-elle un simple laboratoire technologique destiné à impressionner, ou une véritable menace pour les références du luxe automobile européen ?
BYD ne monte pas en gamme, il change d’étage
Denza représentait déjà une montée en gamme pour BYD. Yangwang, c’est autre chose. Créée en 2023 en Chine, la marque se positionne d’emblée sur l’ultra-premium technologique. Le modèle le plus emblématique, le SUV U8, ne se contente pas d’afficher un gabarit imposant et une présentation luxueuse. Il repose sur une architecture à quatre moteurs électriques indépendants. Pourquoi est-ce important ? Parce que chaque roue peut être contrôlée séparément. Résultat : le véhicule peut effectuer un demi-tour sur place, comme un char pivotant sur lui-même. Ce que l’on appelle le « tank turn ». Ce n’est pas un gadget marketing, c’est la démonstration d’un contrôle vectoriel de couple extrêmement avancé. Autre particularité du U8 : il s’agit d’un électrique à prolongateur d’autonomie. Concrètement, les roues sont toujours entraînées par les moteurs électriques, mais un moteur thermique sert de générateur pour recharger la batterie. Cela permet d’éviter l’angoisse de la recharge tout en conservant la souplesse d’un véhicule électrique.
Le U8, concurrent direct du Range Rover électrique
Avec son positionnement, le U8 vise clairement le Range Rover, dont la version 100 % électrique a vu son lancement retardé. Le choix du SUV pour entrer en Europe n’a rien d’un hasard. C’est aujourd’hui le segment le plus porteur dans le luxe. Les clients veulent de la présence, du confort et de la technologie. En Chine, le U8 a surtout fait parler de lui pour ses capacités à flotter temporairement en cas d’inondation. Il ne s’agit pas d’un amphibie au sens classique, mais d’une fonction de survie conçue pour maintenir le véhicule à flot quelques minutes. Démonstratif, certes. Mais révélateur d’une approche très technologique du produit.
La supercar U9, vitrine plus que best-seller
La Yangwang U9 affiche plus de 1 000 chevaux. Sur le papier, elle entre dans le club des hypercars électriques. Dans les faits, elle communique davantage sur sa capacité à « danser » grâce à sa suspension active que sur ses chronos sur circuit. Cela peut surprendre. Mais la stratégie est claire. En Chine, la démonstration technologique spectaculaire fait partie intégrante de la communication produit. En Europe, le défi sera différent. Le client de Ferrari ou de Lamborghini n’achète pas seulement des performances. Il achète une histoire, un héritage, un blason. Or Yangwang n’a pas encore ce capital émotionnel.
Une offensive stratégique, pas anecdotique
Il serait pourtant imprudent de réduire Yangwang à une curiosité. BYD maîtrise sa chaîne de valeur, notamment la production de batteries. Le groupe dispose d’une puissance industrielle que peu de constructeurs européens peuvent revendiquer. Et contrairement à certaines tentatives chinoises du passé, l’arrivée en Europe est structurée, progressive, avec un réseau et une stratégie de marque différenciée. Reste l’obstacle réglementaire et culturel. Les normes européennes de sécurité, d’homologation et d’émissions sont exigeantes. L’image d’une marque de luxe ne se décrète pas, elle se construit. Mais en visant directement le sommet plutôt que d’attaquer par le bas, BYD envoie un message clair : la Chine ne veut plus seulement concurrencer les généralistes européens. Elle veut rivaliser avec leurs icônes. Yangwang ne vient pas pour faire de la figuration, elle vient tester la capacité de l’Europe à défendre son territoire du luxe automobile.