Il faut sauver le soldat Maserati
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Il faut sauver le soldat Maserati

Par Nicolas Fourny - 10/04/2026

"Maserati s’est directement inspirée de la stratégie de Porsche, mais sans y consacrer les mêmes moyens"

Ce n’est pas un scoop, Maserati ne va pas bien. Pas bien du tout, même. En 2025, les ventes du constructeur italien ont sérieusement dévissé (- 30 % par rapport à l’année précédente) et le tableau est plus sombre encore lorsqu’on élargit la focale. En 2017, la filiale de Stellantis parvenait encore à écouler plus de 50 000 voitures ; l’an dernier, les volumes se sont littéralement effondrés avec seulement 7900 exemplaires construits. La sanction du marché est rude pour un label que ses dirigeants espéraient jadis pouvoir positionner face à Porsche, et les difficultés actuelles de l’impotent conglomérat auquel Maserati appartient ne laissent augurer rien de bon pour son avenir. Cession à un groupe chinois ou liquidation pure et simple, de sinistres options semblent à présent envisagées pour la firme centenaire. Est-il vraiment trop tard pour la sauver ?

La vie n’est pas un long fleuve tranquille

Oh, bien sûr, ce n’est pas la première crise que Maserati doit affronter ; fondé en 1914, le constructeur a, depuis cette date, traversé bien des tempêtes. Marqué par des difficultés financières plus ou moins récurrentes, des rachats successifs et d’innombrables virages stratégiques, le destin de l’entreprise ressemble, en définitive, à une longue série de tourments divers, entrecoupée çà et là de périodes de grâce. C’est à ces dernières que l’on doit d’authentiques chefs-d’œuvre tels que la Mistral de 1963, la Ghibli de 1966 ou la Bora de 1971. Dessinées par les plus grands stylistes de leur temps et noblement motorisées par des six-cylindres ou des V8 dont la tessiture suffit aujourd’hui encore à émouvoir le connaisseur, les Maserati de haute lignée, si elles n’ont pas tout à fait l’aura des Ferrari contemporaines, suscitent toujours l’intérêt des collectionneurs les plus avertis. Malheureusement, il y a longtemps déjà que la marque n’a pas réellement ébloui les amateurs d’automobiles d’exception…

Les mésaventures d’une légende

Entendons-nous bien : des modèles désirables, la firme au trident en a commis bien d’autres, que l’on songe à la 3200 GT, à la cinquième génération de Quattroporte ou à l’actuelle MCPura – qui n’est autre qu’une MC20 sommairement restylée et mécaniquement identique à sa devancière, ce qui, au passage, en dit long quant aux moyens dont Maserati dispose pour animer valablement son catalogue à l’heure actuelle. Mais une GT ou une sportive susceptible de renverser la table et de réellement marquer son époque, comme une Ferrari 458 par exemple, on cherche encore… Au vrai, le constructeur modénais a perdu une bonne part de sa crédibilité durant les années Biturbo, série aux multiples déclinaisons – plus de cinquante itérations en tout ! – produite de 1981 à 1998 et dont le principal mérite réside dans la survie même de la marque. Voulue par Alejandro de Tomaso, propriétaire de Maserati de 1975 à 1993, cette réorientation vers des modèles plus « passe-partout » et moins onéreux a surtout coïncidé avec une descente en gamme qu’il est permis de déplorer.

Retour au grand tourisme

De la sorte, alors qu’en leur temps les Ghibli et Bora rivalisaient sans complexe avec les Ferrari Daytona ou BB, la Biturbo et sa nombreuse descendance se repositionnèrent face à de plus anodines berlines de luxe à caractère sportif, telles que les BMW Série 3. Difficile, on en conviendra, de revenir dans le jeu du grand tourisme après un si long intermède même si, entretemps, d’approximatifs morceaux de bravoure tels que la Shamal tentèrent vaillamment de donner le change. La très réussie 3200 GT, lancée cinq ans après la prise de contrôle de Maserati par Fiat, s’efforça par la suite de restaurer l’image de son constructeur, initiant un nouveau lignage de coupés et cabriolets qui dure encore aujourd’hui avec les GranTurismo et GranCabrio lancés en 2023 – et qui, malheureusement, ne rencontrent pas le même succès que leurs devanciers. Un constat préoccupant qui, de surcroît, concerne aussi les autres modèles lancés depuis plusieurs années : les dernières berlines Ghibli et Quattroporte ont déçu et ont quitté la scène sans descendance ; les SUV Levante puis Grecale ont peiné à convaincre ; et la MC20, pourtant unanimement saluée par la presse spécialisée, ne trouve pas son public.

N'est pas Porsche qui veut

Souhaitant, aux dires mêmes de ses dirigeants, concurrencer Porsche, Maserati s’est directement inspirée de la stratégie de la firme allemande – mais, hélas, sans y consacrer les mêmes moyens. Candidement persuadé qu’il suffisait d’apposer un logo prestigieux sur un SUV de luxe pour qu’il puisse reproduire les performances commerciales d’un Cayenne, le management du Trident s’est cassé les dents sur la réalité d’un marché bien plus difficile à appréhender qu’il ne le pensait. Ses atermoiements l’ont conduit à introduire un très incongru V6 Diesel dans les Ghibli et Quattroporte, suivi d’un quatre-cylindres hybride qui n’a pas davantage séduit la clientèle. Des motorisations indignes de Maserati, alors que l’abandon du V8 Ferrari au profit du V6 « Nettuno » a engendré bien des regrets, quelles que soient les qualités objectives du nouveau moteur. Tout cela a fini par brouiller durablement l’image de la firme, qui souffre beaucoup sur ses marchés les plus cruciaux, à commencer par celui des États-Unis où, désormais, ses voitures ne s’écoulent qu’en consentant des remises surréalistes, tandis que ses modèles électriques sont soit abandonnés (comme la MC20 Folgore), soit ne se vendent pas (comme le Grecale éponyme).

Il est donc urgent de redéfinir une stratégie cohérente et ambitieuse pour Maserati, alors que Stellantis a annoncé, il y a déjà un an, l’annulation d’un investissement de 1,5 milliard d’euros destiné à financer les projets du constructeur. Le départ tumultueux de Carlos Tavares, remplacé par Antonio Filosa à la tête du groupe en 2025, n’a pour l’instant pas permis de redonner de la lisibilité à l’avenir de la marque, dont le positionnement demeure flou, dans un contexte rendu lui-même incertain par l’évolution réglementaire en Europe, l’impact des droits de douane états-uniens et la désaffection progressive du marché chinois pour les marques de prestige européennes. Prions en chœur pour que ce ne soient pas là les ultimes chapitres d’une histoire qui fut si belle…

Nicolas Fourny

Nicolas Fourny

Nicolas Fourny est rédacteur indépendant pour Car Jager, diplômé de l'ESJ Paris (École Supérieure de Journalisme). Passionné par l'automobile sous toutes ses formes, il explore le passé et le présent des plus grandes mécaniques avec une plume exigeante et documentée. Nicolas met son expérience journalistique au service d'une écriture à la fois précise, évocatrice et fiable. Chaque article est le fruit d'une recherche approfondie et d'un regard passionné, porté par une connaissance fine de l'histoire automobile. Rigueur, style et curiosité guident son travail, dans une quête permanente de justesse éditoriale, au service des lecteurs exigeants et des passionnés.

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