« Super » Panhard 24 CT : la sportive abordable refusée par Citroën

Publié le lundi 24 août 2015.
Mis à jour le lundi 8 juillet 2019.
Retour

C’est en juillet 1967 que les dernières Panhard 24 tombèrent des chaînes (lire aussi : Panhard 24), signant la fin de la marque doyenne passée totalement dans le giron de Citroën deux ans plus tôt, en 1965 (Citroën était déjà actionnaire minoritaire de Panhard depuis la fin des années 50. La firme du Quai d’Ivry, trop petite et sans moyens financiers, n’avait d’autre choix que de se laisser croquer par les chevrons. Pourtant, son dernier modèle, la 24, semblait posséder un potentiel intéressant et aurait pu survivre aux côté des ID, DS, Ami6 et 2CV de Citroën.

24 DS 01

Dès le lancement de la 24 en 1963, des déclinaisons sont imaginées, que ce soit en berline 4 portes ou cabriolet. Le manque de moyen empêcha de développer tout de suite une gamme, et la prise de contrôle de Citroën changea la donne. Avec le recul, le rachat par Citroën donne l’impression d’un rachat pur et simple des moyens de production de Panhard sans volonté de faire perdurer la marque. Pourtant, en cette année 1967, il subsite encore des espoirs de prolonger la carrière de la 24.

Dans l’idée de certains chez Panhard, mais aussi chez Citroën, l’alliance des deux marques pourrait donner naissance à un modèle inexistant dans la gamme : un coupé 4 places haute performance. C’est ainsi que deux prototypes seront réalisés cette année là, mélangeant la technologie des uns et des autres.

24 DS 02

L’idée est simple : positionner Panhard comme la marque « sport et luxe » abordable du nouveau groupe automobile, en adaptant à la 24 CT des mécaniques Citroën plus puissantes, une suspension hydraulique et la direction Diravi par exemple. Dans l’idée des défenseurs du projet, une production de 15 000 exemplaires serait possible (notamment grâce à Chausson qui produit les carrosseries de 24), et permettrait une homologation pour des déclinaisons sportives.

Côté moteur, le premier prototype (toujours conservé au conservatoire Citroën), immatriculé 5269 UP 75, reçoit le 4 cylindres 2,1 litres de la DS21, offrant 123 ch SAE. Il sera ensuite modifié pour obtenir 130 ch SAE. Le deuxième prototype recevra lui un inédit 4 cylindres 2 litres développant 143 ch SAE. Pas mal quant on connaît la légèreté de la 24, et sa tenue de route. Sans compter la suspension hydropneumatique ! Le tout permettant d’atteindre 200 km/h pour le premier proto, et 208 pour le second. Les deux modèles se caractérisent par un capot avant allongé permettant d’acccueillir ces « gros moteurs » ainsi que par des ouïes d’aération latérales, l’arrière restant inchangé mis à part l’échapppement.

24 DS 04 panhard dot racing dot free dot fr

Pourtant, ces deux 24 « spéciales » ne furent jamais produites. Plusieurs raisons à cela : d’abord, Pierre Bercot, le patron de Citroën, n’a pas beaucoup d’estime pour Panhard ; ensuite se profile la possibilité de créer une Super DS (qui deviendra la SM) qui n’aura surement pas besoin d’une concurrence interne moins chère et presque aussi performante.

En fait tout est bien une affaire de calendrier (même si les choses sont floues) : les contacts avec Maserati sont pris dès 1966 (et le rachat sera acté en janvier 1968, lire aussi : Maserati Khamsin). On comprend bien qu’en cette année 1967, les efforts de Panhard pour survivre n’ont que peu de poids face au développement d’un V6 Maserati et les projets qui donneront naissance à la SM. C’est la 24 qui en fera les frais, et par là même Panhard. Pierre Bercot a désormais d’ambitieux projets, et s’apprête à prendre le contrôle d’une marque autrement plus prestigieuse (à ses yeux), permettant de hisser Citroën vers le haut de gamme.

24 DS 05

Le premier prototype sera donc remisé, tandis que le deuxième recevra en 1970 un moteur V6 de 240 ch (d’origine Maserati), sans doute pour servir de mulet à la futuer SM (lire aussi : Citroën SM). Dommage, car une association de 3 marques complémentaires – Citroën (généraliste), Panhard (sportive populaire) et Maserati (grand tourisme) – aurait été intelligente. Hélas, l’histoire s’écrira autrement !

Pour en savoir plus :

http://panhard.racing.free.fr/?page_id=1228

http://www.citroen-ds-id.com/ds/DS_Cit_Panhard_Proto.html

Images : Panhard Racing et Citroen-ds-id.com

 

Articles associés

8 commentaires

Luc

Le 24/08/2015 à 12:01

Je ne la connaissais pas et je le regrette, j’ai toujours aimé la 24 BT et CT. le capot long lui va bien et en effet le surcroît de puissance aurait pu être intéressant à une époque où ne trouvait cela que sous le capot de certaines allemandes et italiennes…

J2M

Le 24/08/2015 à 17:11

Il y avait aussi, à l’époque la gestation douloureuse de la Citroën de moyenne gamme. Le projet fut arrêté en catastrophe et ne se concrétisa qu’en 1970, sous la forme totalement différente de la GS. De ce qu’on peut en voir de ci de là, la Panhard était beaucoup plus sympa ! En 4 ou 5 portes, elle aurait enterré la concurrence.

Situation ingérable qui préfigure ce qui attendra le groupe en 1978, avec le rachat obligé de Chrysler. Trois gammes de produits concurrents, techniquement et industriellement (!) incompatibles. Il faudra une bonne dizaine d’années pour encaisser le choc.

Dire qu’aujourd’hui VW se contente de deux plateformes, de la Polo à la Passat, sans parler de leurs clones espagnols et tchèques…

zeboss

Le 03/03/2016 à 16:27

le moins que l’on puisse dire c’est que dans l’industrie automobile française de l’époque, l’ego des dirigeants pesaient nettement plus que les stratégies industrielles et que le marketing (inconnu chez nous, un peu plus développé aux USA d’alors…). C’était déjà un peu plus clair en Allemagne, totalement délirant en Angleterre et déjà zigzaguant en Italie… Bref, peu de changement jusqu’à présent, le nez fin et la persévérance pas toujours au rendez vous chez nous….

Lionel CH

Le 17/07/2016 à 23:12

J’avais un jeune voisin, charcutier de son état, qui s’était offert ce bijou dès l’obtention du permis de conduire. C’était une CT 24. Une très chouette voiture, souple et animée par le légendaire flat twin de la marque.
Je me souviens de reprises  » fulgurantes  » (j’avais douze ans peut-être) et de vitesses largement prohibées aujourd’hui. Son compteur à 200 un après midi sans collège et le bruit fabuleux de son échappement aux rétrogradages.

Dommage oui, que Citroën ait laissé la marque dépérir pour fabriquer des gominées sans âme.

Paul

Le 17/07/2016 à 23:42

Lionel… ah… je suis plus jeune que toi mais… je rêve de cette 24 (et de ce qu’elle aurait pu être) !

gérard morel

Le 18/10/2016 à 14:01

j’en ai eu une demie-douzaine de modèles BT ou CT,plus 2 CD panhard,sur les 160 fabriquées;

Defrance

Le 21/01/2018 à 21:50

J’en ai eut une ( 24 Ct Blanche pendant 3 ans une voiture sangsue qui collait a la route un train ar tiré, ne bronchant jamais en virage, une finission avec degivrages de toutes les vitres, ,même à larriere par l’air chaud circulant au travers des portières ! des feux a l’ouverture des portes pas enore actuelement de serie et 5- 6 l au 100 km en 1969 ! Mais dés 1972, les pieces de rchanges devenaient difficile, on m’acassé la lunette AR pour voler la radio ….. j’ai du, a regret l’abandonner !

FIOL Michel

Le 10/08/2019 à 15:33

très bon article, très belle voiture , n’ayant pas eu le moteur qu’elle méritait . Citroen avait , dans ses cartons un 4 cylindres , prévu pour la BX, c’est ce moteur « super carré » comme on dit en mécanique ,qui aurait dû équiper la 24 .Panhard, hélas , doyenne des marques , n’a pas su évoluer au bon moment .

Laisser un commentaire