Achetée 8 millions d’euros, cette Bugatti vaut aujourd’hui presque le double
À Dubaï, l’exclusivité automobile se chiffre parfois comme l’immobilier de prestige. Chez Karabakh Motors, une Bugatti Centodieci fait actuellement parler d’elle avec un tarif affiché à 60 000 000 dirhams, soit environ 14 millions d’euros. Limitée à dix unités dans le monde, cette hypercar quasiment neuve illustre parfaitement la spéculation qui entoure les modèles les plus rares de Molsheim, tout en rappelant que les prix demandés en vitrine ne reflètent pas toujours les résultats obtenus aux enchères.
1Une Centodieci presque intacte chez Karabakh Motors
L’exemplaire proposé se trouve chez Karabakh Motors, dans le quartier de Dubai Investment Park. Sa configuration joue la carte du spectaculaire avec une carrosserie Quartz White, des éléments en carbone apparent et un habitacle habillé de cuir blanc. Le compteur reste presque vierge. La voiture affiche moins de 300 miles, soit environ 480 km. Autrement dit, cette Centodieci n’a pratiquement pas roulé, un argument de poids pour les collectionneurs qui recherchent des autos proches de leur état de livraison.
Le prix, lui, donne le ton. À 60 000 000 dirhams, cette Bugatti approche les 14 millions d’euros. C’est quasiment deux fois le tarif annoncé lors du lancement, fixé à 8 millions d’euros hors taxes. L’écart montre à quel point certaines hypercars limitées peuvent quitter le monde de la passion pure pour entrer dans celui de la valeur spéculative.
2Une Chiron transformée en hommage à l’EB110
La Centodieci a été présentée en 2019 pour célébrer les 110 ans de Bugatti. Son nom, qui signifie cent dix en italien, annonce directement l’intention. Le modèle rend hommage à l’EB110, la supercar Bugatti des années 1990. Les références sont nombreuses. On retrouve une prise d’air latérale inspirée de l’EB110, une signature lumineuse propre au modèle et un arrière ajouré très travaillé. Pourtant, sous cette carrosserie entièrement redessinée, la base reste celle de la Chiron, revue avec une approche plus radicale. Le résultat n’est pas une simple série spéciale décorative. Bugatti a retravaillé l’allure, l’aérodynamique et la masse pour donner à la Centodieci une identité à part dans la famille Chiron.
31 600 ch et une vitesse bridée à 380 km/h
La fiche technique conserve le grand spectacle mécanique propre à Bugatti. Le W16 8,0 litres quadri turbo développe ici 1 600 ch. La Centodieci revendique un 0 à 100 km/h en 2,4 secondes. La vitesse maximale est limitée électroniquement à 380 km/h. Pour atteindre ce niveau de performance, Bugatti a notamment allégé la voiture d’environ 20 kg par rapport à une Chiron, tout en poussant le travail aérodynamique. Face à la puissance brute, la Centodieci ajoute donc la rareté absolue. Dix voitures seulement, un dessin spécifique et une filiation assumée avec l’EB110 suffisent à en faire un objet très recherché.
4Les enchères racontent une autre histoire
Le tarif demandé à Dubaï impressionne, mais le marché réel reste plus nuancé. Lors d’une vente parisienne organisée par RM Sotheby’s, une Centodieci faiblement kilométrée a déjà été présentée aux collectionneurs. Les enchères se sont arrêtées autour de 9 millions de dollars, soit environ 7,7 millions d’euros, un niveau proche du prix neuf, et la voiture n’a pas été vendue. Pour une autre vente parisienne, RM Sotheby’s annonce une estimation comprise entre 8,5 et 12,5 millions de livres sterling. Avec la TVA, le haut de cette fourchette approche les 15 millions d’euros. Ces chiffres montrent bien la difficulté à fixer une valeur incontestable. Entre prix affiché, estimation de maison d’enchères et somme réellement acceptée par un acheteur, l’écart peut être considérable.
5Dubaï, scène logique pour une telle annonce
La présence de cette Centodieci à Dubaï n’a rien d’anodin. L’émirat occupe une place importante dans l’univers Bugatti, au point d’avoir accueilli le plus grand showroom de la marque au monde. La clientèle locale et régionale connaît parfaitement ce type d’objet. Les séries très limitées y trouvent un public capable de payer très cher une configuration rare, surtout lorsqu’elle réunit faible kilométrage, production confidentielle et prestige Bugatti.
Reste que le marché des hypercars de ce niveau demeure minuscule. Quelques acheteurs seulement peuvent réellement faire bouger les prix. Cette Centodieci à 14 millions d’euros rappelle donc une chose simple : dans ce cercle fermé, la valeur tient autant à la voiture qu’au désir de celui qui veut absolument la posséder. Une Bugatti Centodieci aussi rare, aussi peu utilisée et aussi chère résume à elle seule la frontière fragile entre passion automobile, prestige et spéculation.
