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Alfa Romeo 156 : l’effet de style

PAUL CLÉMENT-COLLIN - 11 févr. 2020

Sans avoir démérité au début des années 90, la gamme Alfa Romeo manquait de sex-appeal et peinait à convaincre les Alfistes purs et durs du passage à la traction et de l’intégration au groupe Fiat. D’une certaine façon, ces aficionados refusaient le changement tout en considérant que la firme milanaise avait vendu son âme en 1986. C’était oublier un peu vite les errements du Biscione avant de passer sous la coupe turinoise mais, que voulez-vous, la mémoire joue parfois des tours. Aussi fallait-il regagner le cœur d’une partie des puristes avec une nouvelle voiture tout en conservant les acquis de la fusion. Grâce à un dessin subtil et à l’amélioration de la base technique, l’Alfa Romeo 156 allait enfin séduire largement et se poser en concurrente crédible aux berlines allemandes.

A la fin des années 90, Alfa Romeo proposait enfin une gamme complète, cohérente et séduisante, emmenée par l’Alfa Romeo 156 !

Lors du rachat d’Alfa Romeo par Fiat, les choses étaient allées plutôt vite au début. Profitant du programme Tipo 4 destiné à produire la Lancia Thema, la Fiat Croma et la Saab 9000, Alfa se décidait à remplacer sa très fade 90 et sa calamiteuse Alfa 6 par une 164 au style moderne et affirmé signé Pininfarina, en 1987. Problème : bien que particulièrement réussie, elle restait aux yeux des amateurs l’annonciatrice d’un passage à la traction et l’adoption de plateformes Fiat. Certes, l’Arna avait déjà étrenné le partage de composants avec un autre constructeur mais elle restait un produit d’opportunité et de conquête, en aucun cas une vraie Alfa. Le lancement de la 164 était justement une opportunité (une plateforme moderne et prête à l’emploi), Fiat se laissant le temps de voir et de laisser reposer le soufflé. Ainsi perdurèrent quelques années encore les vieillissantes 33 et 75, le temps d’enclencher les grandes manœuvres. Ironie du sort : c’est en 1989 que les chiffres de production d’Alfa furent les meilleurs de toute son existence, avec 233 207 exemplaires fabriqués.

Renouvellement de la gamme et passage à la traction

Après le lancement de la 164, c’était au tour de la 75 d’être remplacée. On étudia donc une nouvelle berline, traction elle aussi, sur la nouvelle plateforme de la Fiat Tipo lancée en 1988. L’Alfa Romeo 155, lancée en 1992, n’était pas foncièrement mauvaise, loin de là, et son design très carré se redécouvre aujourd’hui (tout comme sa version Q4 basée sur la transmission et la mécanique de la Lancia Delta HF Integrale, voire ses étonnantes et rares versions Zagato), mais le passage à la traction du coeur de gamme de la marque en aura refroidi plus d’un, regrettant la 75, certes attachante mais pleine de défauts. Mais d’une certaine manière, la 155 n’était qu’une voiture de transition, comme le prouve sa courte carrière car, dès 1993, on étudiait déjà sa remplaçante. Entretemps, Fiat se décidait à remplacer la vénérable 33 par une pimpante 145, bientôt rejointe par la 146. Mais surtout, on stoppait enfin la carrière de l’antédiluvien Spider pour le remplacer par un GTV et un Spider 916, certes traction là encore, mais hautement désirables, prouvant par là qu’il était possible de réaliser de beaux produits malgré une approche technique différente.

En ce milieu des années 90, la volonté de Fiat était affichée : relancer Alfa Romeo et développer sa gamme. Ne restait plus qu’à enfoncer le clou en  renouvelant précocement la 155 incomprise. C’est ainsi que naquit la 156, présentée en septembre 1997 (en version berline uniquement) au Salon de Francfort (un lieu tout sauf anodin, montrant les nouvelles ambitions d’Alfa Romeo d’aller titiller les Allemands sur leur terrain). Avec la 156, l’opération reconquête était lancée : malgré les efforts, les ventes étaient tombées à moins de 110 000 exemplaires, tous modèles confondus, en 1992 et 1993. Ces mauvais résultats eurent un mérite : précipiter l’étude de la 156.

Une 156 destinée à affirmer l’esprit Alfa Romeo

Pour être tout à fait honnête, c’est essentiellement à son style que l’Alfa 156 doit son succès. Sa base technique restait assez proche de la 155, même si le châssis était retravaillé. Ses motorisations restaient pour partie les mêmes, notamment pour les 4 cylindres Twin Spark. On retrouvait aussi le fabuleux V6 Busso dans sa version 2,5 litres (et même 3,2 litres avec la très désirable GTA), sans compter les excellents diesels Fiat JTD en 4 ou 5 cylindres. Rien de très nouveau donc, si ce n’est une ligne à couper le souffle signée Walter de Silva (qui deviendra plus tard le responsable du style d’Audi puis du groupe Volkswagen dans son ensemble, signe d’un certain talent).

Toute la force de cette voiture vient de là : son dessin qui la rend extrêmement désirable, que ce soit en berline ou en break (Station Wagon) à partir de 2000. Alors qu’à l’époque apparaissait le néo-rétro, avec des New Beetle ou des Mini s’inspirant directement de leurs prédécesseurs, de Silva s’attacha plutôt à évoquer le passé sans le recopier. Au premier coup d’œil, la 156 s’affirmait comme une véritable Alfa alors que depuis des années, le style du Biscione se cherchait. On peut voir dans sa ligne un peu de 1900 Berlina, de Giulietta et de Giulia, voire de coupé Bertone, sans pour autant qu’elle n’en singe l’une ou l’autre. Visuellement c’était (et c’est encore) une réussite : la preuve, une 156 dans la circulation d’aujourd’hui reste tout à fait dans le coup.

L’Alfa Romeo 156 GTA est sans aucun doute la plus désirable de la gamme !

Un coup de fouet pour les ventes

Cette arrivée dans la gamme allait se ressentir aussitôt dans les ventes, rebondissant à près de 200 000 exemplaires en 1998, alors qu’elles étaient tombées à moins de 115 000 en 1996. Dès 1999, la barre fatidique est franchie et durant deux ans, les ventes flirtent avec les 215 000 unités (2000 et 2001). Autre explication du succès de la 156 : elle se positionnait explicitement “premium”, en concurrence directe avec les Allemandes de même catégorie (BMW Série 3, Mercedes Classe C, Audi A4), en offrant une alternative à tous ceux pour qui rouler en teutonne n’allait pas de soi. À l’intérieur, les couleurs et les matières étaient chaudes, les cuirs rouges ou fauves mis en exergue tout comme l’alcantara suivant les versions. Évidemment, la qualité de fabrication n’atteignait pas les standards germaniques mais les progrès étaient appréciables tandis qu’à l’œil, la finition restait flatteuse. Enfin, la tenue de route s’avérait tout à fait correcte (même si la GTA peinait un peu avec ses presque 250 chevaux sur le train avant).

Le restylage de la 156 fait perdre un peu de personnalité à la voiture, dommage !

La 156 était devenue la locomotive de la gamme, épaulée par une discrète mais réussie 166. Un restylage vint rafraîchir la belle en 2002, complété par un second en 2003, lui permettant de tenir jusqu’en 2005, voire même jusqu’en 2007 pour sa version “baroudeuse” Q4 Crosswagon. Au total, 654 147 exemplaires furent produits, dont quelques exemplaires exotiques en Thaïlande. Elle fut remplacée par une 159 certes bien dessinée mais beaucoup plus fade : il est toujours difficile de succéder à un best-seller. Surtout qu’elle perdait encore un peu plus d’âme en remplaçant le Busso par un V6 Holden aux antipodes du “style” Alfa.

La baroudeuse 156 Crosswagon restera au catalogue deux ans de plus

De l’occasion au collector, il n’y a qu’un pas !

Une chose est sûre : quelle que soit la version, la 156 plaît encore à beaucoup. Il suffit de voir le nombre d’exemplaires encore en circulation sur les routes françaises et qui semblent en bon état de conservation. Il existe des amoureux de ce modèle, ce qui explique des tarifs certes acceptables mais plutôt élevés pour un véhicule encore considéré comme une occasion. Évidemment, les versions les plus hautes comme les V6 Busso sont particulièrement recherchées. Quant à la GTA, on peut d’ores-et-déjà dire qu’elle est collector et s’avère rare et chère : un choix de spécialiste amoureux fou de la marque.

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