Audi Nuvolari : une Lamborghini sauce bavaroise
par Nicolas Fourny le 7 juillet 2026Deux ans après avoir trucidé la R8, qui partageait déjà bon nombre de composants avec les Lamborghini Gallardo puis Huracán, voici qu’Audi, dans la perspective de son arrivée en Formule 1, remet le couvert dans la catégorie des supercars. De fait si la Nuvolari de 2026 n’a aucun rapport avec le concept car éponyme de 2003, qui préfigurait la première génération d’A5, elle doit beaucoup, en revanche, à la Lamborghini Temerario présentée en 2024. Pourtant, si la berlinette italienne a bel et bien légué son châssis ainsi que l’ensemble de sa mécanique à sa cousine allemande, l’Audi affiche un design divergent et très engagé, dont le vocabulaire délivre de précieux indices quant aux prochaines orientations stylistiques de la firme aux quatre anneaux…


Un nouveau départ
Décidément, le nom de Tazio Nuvolari aura beaucoup servi chez Audi – mais, cette fois, les mânes du grand pilote italien n’ont pas été sollicités pour désigner un prototype de salon. La Nuvolari que la firme d’Ingolstadt vient de révéler pourra en effet être commandée par tout un chacun, à condition toutefois de pouvoir signer un chèque de 500 000 euros… et de ne pas perdre de temps car, contrairement à feue la R8, la production de l’engin sera limitée à 499 exemplaires. On l’aura compris, le constructeur allemand ne ménage pas ses efforts pour différencier son bolide d’une Temerario qui – c’est un peu le monde à l’envers – s’avère tout à la fois plus répandue, moins puissante et moins onéreuse que la Nuvolari ! À l’évidence, la destinée d’icelle s’annonce très différente de celle de la R8, qui trôna dix-huit années durant, au fil de deux générations successives, au faîte du catalogue Audi. Après des années difficiles, marquées par une certaine banalisation du design, le phagocytage de la gamme par des SUV de plus en plus envahissants et l’abandon des modèles « récréatifs » tels que la TT, la filiale premium de Volkswagen semble vouloir revenir au premier plan en renouvelant son vocabulaire stylistique. Et la Nuvolari, manifeste éphémère affiché à un tarif extravagant pour une Audi, constitue l’un des premiers signaux de la transformation à venir…
Une opération de commando
La nouvelle berlinette aux anneaux s’inscrit dans le droit fil du Concept C présenté à l’automne 2025, mais se montre plus ambitieuse, plus affirmée aussi, en revendiquant un charisme inédit qui, par sa désinhibition technique et un style bien plus personnel et enthousiasmant que celui de presque toutes les Audi de série lancées depuis quinze ans, rappelle les grandes heures des premiers concept cars de la marque quand, sous la férule quelque peu mégalomaniaque du professeur Piëch, celle-ci paraissait lancée dans une irrésistible ascension. Bien sûr, le Dieselgate, les errements du marketing et les affres d’une électrification pas toujours bien maîtrisée sont passées par là, mais on ne peut pas dire que la firme bavaroise ne se démène pas pour s’extraire du début de marasme dans lequel la décennie 2020 l’avait jusqu’ici rejetée. À cette aune, la Nuvolari, développée en seulement dix-huit mois et à laquelle personne ne s’attendait, prodigue un réconfort bienvenu aux amoureux de la marque ; elle démontre aussi qu’Audi est encore capable d’accélérer notre rythme cardiaque et de concevoir autre chose que des SUV familiaux qui ne dénoteraient pas dans la gamme d’un constructeur coréen. En parallèle, l’engagement en Formule 1 intervient à point nommé pour acter ce qui ressemble fort à une renaissance ; en ce sens, la mutation qu’incarne la Nuvolari apparaît d’autant plus passionnante à explorer.

Ceci n’est pas une Lamborghini
On n’a pas fini d’entendre cette assertion dans la bouche des dirigeants d’Audi, bien décidés, comme du temps des R8 et Gallardo, à souligner auprès de qui voudra les entendre les différences cardinales existant entre la Temerario et leur nouvelle voiture de sport. Pour autant, les plus observateurs auront déjà repéré la similitude des vitrages et des rétroviseurs, mais il faudrait être de mauvaise foi pour prétendre que la Nuvolari n’est qu’une Lamborghini recarrossée. Dans le numéro 774 de la revue Sport Auto, Rouven Mohr, le tout récent directeur technique de la firme – qui vient de passer quatre ans chez Lamborghini, soit dit en passant –, insiste sur le typage spécifique de l’auto : « La Nuvolari offre des sensations totalement différentes de celles de la Temerario (…) la connexion à la route n’a rien à voir : c’est une pure Audi, à la puissance souveraine, à la maîtrise hors pair. » On attend avec impatience les premiers essais du modèle, dont la production devrait démarrer fin 2026… D’ici là, nous n’avons pas fini de nous ébaubir en détaillant sa fiche technique !
Dix mille tours/minute et 1001 chevaux
De la voiture italienne, la Nuvolari reprend donc l’intégralité du châssis et du groupe motopropulseur. On retrouve donc avec plaisir le V8 4 litres biturbo capable de prendre 10 000 tours/minute, associé à pas moins de trois moteurs électriques (un pour chacune des roues avant, plus un dernier situé au-dessus de la boîte huit rapports à double embrayage). Développant toujours 800 chevaux à soi seul, le huit-cylindres voit progresser le renfort de la puissance électrique par le truchement d’une batterie de plus forte capacité par rapport à celle de la Lamborghini. Fort de 7,3 kWh versus 3,8 kWh pour la Temerario, l’accumulateur de l’Audi lui permet de toiser sa cousine en matière de puissance brute, celle-ci passant de 920 à 1001 chevaux dans les meilleures conditions. Est-ce tout à fait un hasard si ce niveau de puissance correspond, au cheval près, à celui de la Bugatti Veyron commercialisée il y a un peu plus de vingt ans ? Pour autant, l’Audi reste relativement modeste en matière de vitesse de pointe : on en reste « sagement » à 350 km/h (fun fact : la Lamborghini roule sept kilomètres/heure moins vite…).



Post-scriptum : faite de carbone et d’aluminium, la Nuvolari a également séduit l’auteur de ces lignes par son habitacle, d’une qualité de finition digne des Audi d’autrefois (nostalgie facile, je l’admets) et d’une sobriété exemplaire, par bonheur très éloignée des planches de bord saturées d’écrans vulgaires qui caractérisent les derniers modèles de la marque. Puisse cette très prometteuse création inspirer les Audi des années 2030…

Nicolas Fourny







