Il possède 8 Ferrari F40, 8 McLaren F1 et 600 Rolls-Royce, la moitié rouille dans des hangars
La collection automobile du sultan de Brunei a longtemps vécu dans un brouillard de chiffres vertigineux et de récits invérifiables. On évoquait un ensemble privé sans équivalent, composé de milliers de Ferrari, Rolls Royce, Porsche, Bugatti ou McLaren, pour une valeur estimée à 5 milliards de dollars, soit environ 4,2 milliards d’euros. Des médias comme Supercar Blondie et le quotidien espagnol 20minutos avaient contribué à entretenir ce mythe. Aujourd’hui, la fuite de centaines d’images sur Instagram et sur plusieurs sites automobiles donne enfin un visage concret à ce garage hors de toute mesure.
Un fantasme devenu visible
Pendant des années, la collection du sultan de Brunei a surtout existé par les chiffres. On parlait d’environ 7 000 véhicules de luxe, mais sans véritable reportage complet ni galerie claire permettant de mesurer l’étendue du phénomène. Les clichés désormais en circulation changent la perception. Ils montrent des alignements entiers de voitures prestigieuses dans de vastes hangars, parfois rangées comme dans un salon privé, parfois oubliées dans une atmosphère beaucoup moins flatteuse. Le chiffre global supposé, 7 000 autos pour 5 milliards de dollars, donne une moyenne théorique supérieure à 700 000 dollars par voiture.
Ferrari, Rolls Royce, McLaren et Bugatti en quantité folle
Selon 20minutos, l’ensemble comprendrait plus de 400 Ferrari et plus de 600 Rolls Royce. À cela s’ajouteraient plusieurs McLaren F1 et des Bugatti EB110, deux modèles déjà très recherchés lorsqu’ils apparaissent seuls dans une collection classique. Dans les photos analysées par Supercar Blondie, on distingue notamment huit Ferrari F40, une série de Porsche 959 aux couleurs variées, quatre Bugatti EB110 et jusqu’à huit McLaren F1. Ce dernier chiffre donne le vertige, puisque la supercar britannique n’a été produite qu’à 106 exemplaires. On y aperçoit aussi un rarissime Ferrari 288 GTO Evoluzione et même une Batmobile.
Le rôle central de Prince Jefri Bolkiah
Motor1 rappelle que cette flotte s’est principalement constituée dans les années 1990. Le personnage clé serait Prince Jefri Bolkiah, frère du souverain, qui aurait passé de nombreuses commandes spéciales auprès des grands constructeurs.
The Drive ajoute un volet beaucoup moins glamour à cette histoire. Prince Jefri a ensuite été accusé d’avoir détourné plusieurs milliards de dollars. Cette affaire aurait conduit l’État de Brunei à confisquer puis revendre une partie des voitures, parmi lesquelles figuraient des pièces uniques comme le Bentley Dominator ou plusieurs Ferrari 456 GT converties en break.
Une fuite partie d’Instagram
Les images qui agitent aujourd’hui les passionnés proviennent surtout du compte Instagram @brunei_cars_2001. D’après un site spécialisé, ce compte a publié 95 publications, chacune composée de plusieurs photos, accompagnées d’un dossier Google Drive organisé par marque. Un autre média explique que ces clichés auraient été pris au début des années 2000. Ils auraient ensuite circulé discrètement pendant près de vingt ans au sein d’un petit groupe, avant qu’un désaccord interne pousse l’un de ses membres à tout rendre public. Le résultat ressemble à une capsule temporelle ouverte avec beaucoup de retard.
Un paradis automobile pas toujours entretenu
Certaines photos donnent exactement ce que les amateurs espéraient. Des rangées de supercars et de limousines exceptionnelles, posées les unes à côté des autres, avec cette sensation étrange de voir réunies des machines que l’on croise d’ordinaire seulement dans les concours, les musées ou les ventes les plus sélectives.
Mais d’autres images racontent une histoire moins brillante. On y voit de la poussière, des pneus dégonflés, des peintures fatiguées et des voitures garées si près les unes des autres qu’elles semblent ne pas avoir bougé depuis des années. Supercar Blondie décrit même des modèles passant du simple état poussiéreux à la rouille.
Le rêve et le malaise
Cette collection impressionne par son échelle, mais elle interroge aussi sur le destin de ces automobiles. Une valeur supposée de 5 milliards de dollars ne signifie pas que les voitures roulent, ni même qu’elles soient correctement entretenues.
C’est sans doute ce qui rend ces images si puissantes. Elles ne montrent pas seulement une richesse automobile presque irréelle. Elles révèlent aussi l’autre face d’une accumulation extrême, où des machines conçues pour rouler, rugir et être admirées peuvent finir immobiles, serrées dans des hangars, entre trésor privé et patrimoine en sommeil.
La collection du sultan de Brunei vient enfin de quitter le domaine de la rumeur, mais ses photos laissent derrière elles autant d’émerveillement que de questions.
