Cette voiture à moteur de tondeuse et carrosserie en bouteille d'eau a failli être produite en série
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Cette voiture à moteur de tondeuse et carrosserie en bouteille d'eau a failli être produite en série

Par Camille Delcourt - 18/06/2026

Et si l’esprit de la Citroën 2CV avait failli renaître chez Chrysler ? En 1997, au salon de Francfort, le concept CCV défendait une idée simple : une voiture légère, économique et facile à produire. Pensée pour la Chine à 5 000 dollars, elle avait pourtant tout pour devenir un vrai modèle de série. Mais le public visé n’en a pas voulu.

L’histoire a de quoi surprendre, surtout aujourd’hui que Chrysler appartient à Stellantis, comme Citroën. Pourtant, lorsque le concept CCV apparaît au milieu des années 1990, les deux marques ne partagent encore aucun groupe. Derrière ce projet se cache François Castaing, ingénieur français passé par AMC avant de rejoindre Chrysler, et grand admirateur de la 2CV. Son idée était claire : reprendre l’intelligence rustique de la petite Citroën pour imaginer une voiture mondiale, très simple et surtout très abordable.

Une 2CV envoyée aux ingénieurs américains

L’origine du projet remonte à 1987. Cette année-là, François Castaing fait venir une Citroën 2CV aux États Unis. Il veut montrer aux équipes de Chrysler qu’une automobile peut être pensée autrement. La française n’a rien d’une voiture spectaculaire. Justement, c’est ce qui la rend intéressante. Elle prouve qu’avec de l’astuce, peu de moyens et beaucoup de cohérence, on peut créer un véhicule pratique, robuste et facile à vivre. L’exemple marque les esprits. Dix ans plus tard, cette petite leçon venue de France ressurgit sous la forme d’un concept très sérieux.

Une voiture à 5 000 dollars pour la Chine

Au milieu des années 1990, Chrysler envisage un modèle de grande diffusion destiné à un marché en pleine expansion : la Chine. L’objectif est ambitieux, mais limpide. Il faut concevoir une voiture vendue environ 5 000 dollars, capable de répondre aux besoins de conducteurs éloignés des grands centres urbains. Le projet doit rester simple à entretenir, peu gourmand et assez habitable pour transporter cinq personnes avec leurs bagages. Difficile de ne pas penser à la mission initiale de la 2CV, née pour motoriser une France encore rurale après guerre. En interne, l’auto reçoit d’ailleurs un surnom révélateur : China Car.

Bryan Nesbitt modernise l’esprit 2CV

Le dessin est confié à Bryan Nesbitt. Plutôt que de copier directement la Citroën, il en reprend l’idée générale. La silhouette évoque une voiture légère, sans prétention, mais remise au goût du jour. Dans un pays automobile habitué aux grands formats, ce choix minimaliste étonne. Chrysler explore pourtant cette voie avec sérieux. Pour alléger la voiture et simplifier son industrialisation, la carrosserie est en plastique. Elle doit aussi utiliser de grands éléments emboutis afin de réduire la complexité de fabrication. Même l’architecture rappelle la petite française. La CCV reçoit une capote en toile et un moteur à deux cylindres. Celui-ci vient de chez Briggs & Stratton, un fournisseur plus connu pour ses mécaniques de tondeuses que pour les voitures de tourisme.

CCV, un nom qui joue avec la 2CV

Le concept est présenté en 1996 sous le nom CCV. Officiellement, ces trois lettres signifient Composite Concept Vehicle. Mais la sonorité n’est pas innocente. En anglais, CCV se prononce comme « two C V », ce qui renvoie directement à 2CV. Chrysler ne revendique pas frontalement l’inspiration Citroën, mais le clin d’œil est difficile à manquer. Le projet va bien plus loin qu’un simple exercice de style. Les équipes imaginent même le mode de production. La voiture doit utiliser du Polyéthylène téréphtalate, plus connu sous le sigle PET, le même plastique que celui employé pour les bouteilles d’eau.

Francfort 1997, puis le silence

En 1997, la Chrysler CCV est exposée au salon de Francfort. Sur le papier, le concept semble tenir debout. Il combine faible coût, fabrication simplifiée, entretien accessible et usage familial. Puis le projet s’arrête. Les études de marché contredisent l’intuition de départ. Les clients chinois ne veulent pas d’une voiture trop dépouillée. Contrairement aux Français de 1948, ils ne cherchent pas seulement un moyen de transport économique.

Ils veulent aussi une voiture valorisante. Quitte à payer plus cher, l’automobile doit montrer une réussite sociale. Même dans un pays communiste, l’image compte.

Une occasion manquée pour Chrysler

Chrysler avait pourtant investi des moyens importants dans cette CCV. Mais face au rejet du public visé, le constructeur abandonne l’idée d’une production en série. La voiture restera donc un concept. Une curiosité intelligente, presque paradoxale, née chez un constructeur américain mais guidée par une philosophie très proche de celle de Citroën.

La 2CV continue d’inspirer

L’histoire prend une autre saveur aujourd’hui, alors que Citroën annonce vouloir relancer une sorte de 2CV. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que la marque tente de renouer avec cet héritage, puisque la C3 de 2002 devait déjà en proposer une nouvelle lecture.

Reste à voir ce que donnera cette future descendante spirituelle. Elle n’aura probablement rien d’indigent. Elle pourrait même assumer une forme de chic décalé, un peu à la manière de l’étonnante Nissan S Cargo. La Chrysler CCV rappelle surtout qu’imiter l’esprit de la 2CV ne suffit pas : encore faut il que l’époque et le public aient envie d’une voiture simple.

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