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Isotta Fraschini T8/T12 : beaucoup de bruit pour rien

PAUL CLÉMENT-COLLIN - 26 mai 2014

En 1993, deux italiens nostalgiques de la marque Isotta Fraschini, Gian Mario Rossignolo et Giovanni Malvino, deux industriels « millionnaires », décident de relancer la marque italienne près de 40 ans après son extinction. Leur idée ? Réaliser un coupé /cabriolet luxueux et puissant sur la base d’un vehicule de grande série. Un premier prototype est réalisé par Italdesign, gris argenté, reprennant la calandre un brin massive des anciennes Isotta Fraschini.

Pendant ce temps, les deux compères engagent des discussions avec Audi pour une collaboration technique, obtiennent les droits de la marque pour l’automobile, et trouvent même une ancienne usine d’armement dans l’extrême sud de l’Italie, à Gioia Tauro. Tout semble sourire à la nouvelle entreprise.

Un deuxième prototype, réalisé par Rayton Fissore (dont Malvino est l’un des financiers), est présenté en grande pompe au Salon de Genève 1996. Il s’agit de l’Isotta Fraschini T8, basée sur l’Audi A8, dotée d’une carrosserie aluminium et de nombreux éléments techniques Audi, notamment le fameux V8 4,2 litres de 300 ch. C’est un peu une déception, car il y a peu de changements par rapport au proto de 1993, et pour tout dire, la voiture n’est pas moche loin de là, mais manque cruellement d’originalité.

Cela dit, quand on s’attaque au marché du luxe automobile, il vaut mieux éviter de choquer. Malvino et Rossignolo parie donc sur l’image de fiabilité d’Audi alliée à celle encore vivace d’Isotta Fraschini. L’ambition est grande puisque dans la nouvelle usine, il est prévu de produire pas moins de 5 000 exemplaires par an, notamment à destination du marché américain.

Pourtant, les choses ne semblent pas aussi évidentes que cela. Entre 1996 et 1998, silence radio, jusqu’à ce qu’un nouveau proto soit dévoilé, l’Isotta Fraschini T12, dotée d’un mystérieux V12 de 400 ch. L’ambition semble toujours là, mais la production ni même l’aménagement de l’usine n’ont commencé. Le manque d’argent semble flagrant. Les commanditaires de cette renaissances ont-ils l’argent qu’ils semblent avoir ?

Sans doute pas puisqu’en 1999, la société est liquidée. Les deux hommes étaient-ils aussi sérieux et aussi riches qu’ils prétendaient l’être ? Rien n’est moins sûr car dix ans plus tard, on retrouvera Rossignolo dans une autre aventure automobile qui elle se terminera mal. Décidé à relancer la marque De Tomaso, avec dans un premier temps un SUV/Berline Deauville au look fadasse, notre ami italien rachète l’usine Pininfarina de Grugliasco à grand coup d’aides publiques en échange du maintien de 1000 emplois. Cette aventure l’enverra en prison en 2012 après la faillite de son entreprise et l’accusation de détournement de 7,5 millions d’euros d’aides publiques à des fins personnelles…

Restent que 3 exemplaires de cette T8/T12 furent construits (certains parlent de 4, mais il semblerait que l’exemplaire noir à l’origine ait été repeint en jaune) : le proto de 93, celui de 96 et celui de 98.

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