
Si vous avez visité le dernier salon Rétromobile, vous avez pu admirer une splendide Revuelto bleue sur le stand CarJager. À l’autre bout de celui-ci trônait une Countach blanche – somptueux dialogue entre deux époques. Entre ces deux modèles tout a changé, bien sûr, et cependant la philosophie générale et le concept sont restés les mêmes : depuis la Miura, qui fête ses soixante ans cette année, la firme de Sant’Agata Bolognese a toujours recelé, sans la moindre discontinuité et contre vents et marées, une berlinette à moteur douze-cylindres au sommet de sa gamme. C’est là une forme de survivance unique dans l’industrie automobile mais, comme on va le voir, cette pérennité exige à présent des adaptations très significatives…



En constante évolution
Tout a changé, écrivons-nous plus haut ; c’est sans doute une formulation excessive, car certains fondamentaux, quant à eux, n’ont pas bougé. De la sorte, le sommet du catalogue Lamborghini est, depuis soixante ans, occupé avec une constance sans égale par une berlinette à moteur V12 implanté longitudinalement. D’où ces initiales fameuses, « LP », pour Longitudinale Posteriore – qui ont d’ailleurs disparu, sans doute de façon momentanée, de la dénomination officielle de la Revuelto. Laquelle perpétue, depuis le printemps de 2023, cette tradition désormais sexagénaire et un concept dont la firme italienne a été la pionnière. Dans l’absolu, en six décennies peu de modèles ont joué ce rôle et, en substance, seuls deux douze-cylindres se sont succédé sous leurs capots. L’actuel V12 date de l’Aventador, qui l’a inauguré en 2011. Depuis lors, sa cylindrée n’a pas changé (6498 cm3 depuis l’origine), mais il n’a cessé d’évoluer, culminant à 780 chevaux dans la bien nommée LP 780-4 Ultimae développée pour conclure en beauté la carrière de l’auto. Un niveau de puissance qui suscite toujours le respect, mais que la Revuelto s’est chargée de pulvériser…
Sans électricité, point de salut
Mais oui, beaucoup de choses ont changé. S’il voulait survivre encore un peu à la tyrannie des normes de dépollution et à l’électrification massive qui, même si elle avance moins vite que prévu, finira par tout emporter, le V12 Lamborghini n’avait pas le choix : il devait impérativement muter, et non pas se contenter des modifications usuellement constatées lors d’un changement de génération. Il suffit de consulter la fiche technique de la Revuelto pour s’en persuader : si le moteur thermique en tant que tel présente, certes, une puissance accrue (825 chevaux à 9250 tours/minute), l’essentiel de la progression est ailleurs. Pour la première fois, le V12 voisine avec pas moins de trois moteurs électriques développant 150 chevaux chacun. Deux d’entre eux se situent à l’avant – tout comme l’Aventador et la Murciélago, la Revuelto n’existe donc qu’avec une transmission intégrale – et le troisième à l’arrière. Le cumul de l’ensemble franchit la barre symbolique des mille chevaux, celle-là même qu’une certaine Bugatti Veyron dépassa il y a plus de vingt ans, sans watts mais avec quatre turbos, absents ici : contrairement à la Temerario, la Revuelto conserve un propulseur atmosphérique.


Le poids, cet ennemi
L’électricité aidant, on en arrive donc à la puissance d’une supercar de jadis… ou d’aujourd’hui. « Et aussi à son poids », grifferont les persifleurs… qui, en l’espèce, n’auront pas tort. Si la fiche technique officielle de la Revuelto parle de 1772 kilos, la revue Sport Auto l’a pour sa part pesée à… 1981 kilos dans les mêmes conditions ! On se situe là dans les mêmes eaux que la Chiron ; mais l’Alsacienne disposait, quant à elle, de 1500 chevaux au minimum. Dans les colonnes du magazine précité, le pilote Christophe Tinceau n’est pas particulièrement tendre avec l’auto : « La boîte est vive, les performances sont là, mais il y a un réel déficit de train avant, surtout lorsqu’on arrive rapidement sur les freins. C’est lourd et ça embarque, ce qui oblige à réduire considérablement la vitesse en milieu de virage (…) C’est une auto compliquée à conduire vite, qui demande un peu de bagage et d’expérience en track days pour l’exploiter. »
L’hybridation, ça a du bon (ou pas)
Bien sûr, l’on pourra toujours objecter qu’un circuit n’est probablement pas le terrain d’expression idéal pour un engin de près de cinq mètres de long, deux de large et frisant les deux tonnes à vide. C’est que la grande Lamborghini n’a pas réussi à échapper à l’inflation généralisée qui affecte pratiquement tous les types de voitures, de la plus humble des citadines à la plus volcanique des voitures de sport. Il s’agit d’une auto imposante, qui demande un minimum d’espace pour pouvoir s’exprimer, comme en témoignent ses chronos : si les plus de 350 km/h revendiqués apparaissent presque anecdotiques, les 2,6 secondes qu’exige l’exercice du 0 à 100 km/h ont de quoi laisser pantois Les quatre moteurs travaillent fort bien de concert et l’efficacité est là, c’est indéniable ; en parallèle, l’agrément d’utilisation sur route s’avère également en progrès, avec une meilleure habitabilité et une finition plus convaincante qu’auparavant. Mais la sauvagerie débridée de l’Aventador appartient désormais au passé, et il est permis de le regretter…




