
Lancé en 2024, le Macan électrique semble trouver sa clientèle mais s’avère, à ce jour, incapable de reproduire entièrement le succès obtenu par son prédécesseur thermique. « C’était prévisible », grifferont certains – et, au vrai, il sera difficile de leur donner tort, tant le marché semble difficilement saisissable pour ce genre de machine, à laquelle les puristes reprochent à peu près tous les défauts de la terre. Absence de (vraies) sensations mécaniques, sportivité contestable, poids excessif, autonomie insuffisante limitant la polyvalence d’usage : nombreux sont les griefs qu’énoncent les contempteurs de l’engin. Et apparemment, Porsche les a entendus puisque, contrairement à ce qui était prévu, le Macan thermique aura finalement une descendance… Son homologue à piles doit-il être définitivement voué aux gémonies pour autant ?


La transition est engagée
En 2025 – première année pleine de commercialisation du Macan électrique –, la gamme Macan s’est écoulée à un peu plus de 84 000 unités dans le monde, dont 60 % en électrique. Rappelons que, en dehors de l’Union européenne, Porsche continue de proposer le Macan thermique en parallèle de son évolution électrique, ce qui relativise quelque peu le succès de cette dernière ; mais l’auto se vend cependant correctement, les deux Macan proposés de concert reproduisant peu ou prou le niveau de ventes obtenu en moyenne par la seule version thermique entre 2014 et 2023. Jusqu’à l’année dernière, l’on pouvait toutefois se demander ce qui allait se passer lorsque lors de l’arrêt de la production des Macan carburant au sans plomb ; la montée en puissance de la version électrique allait-elle alors se trouver en mesure de compenser en totalité la disparition du SUV Porsche le plus abordable, et dont l’attachante version GTS (animée, pour mémoire, par un V6 turbocompressé de 440 chevaux) est toujours commercialisée en Amérique du Nord à l’heure où ces lignes sont écrites ?
Le thermique n’est pas mort
C’est là une question à laquelle le patron du groupe Volkswagen, Oliver Blume, a apporté une réponse très pragmatique durant l’été 2025, en indiquant que Porsche lancerait dans les trois ans, aux côtés du Macan électrique, un autre SUV de format comparable, mais animé par des moteurs thermiques (et probablement hybrides). Comme d’autres – Bentley ou Rolls-Royce par exemple, mais aussi des généralistes comme Peugeot suivent le même chemin –, Porsche analyse son marché et adapte sa stratégie. Ainsi, le Cayenne électrique continuera d’être accompagné de son homologue thermique ; la famille 718 (Boxster et Cayman) ne sera pas remplacée, comme il était prévu initialement, par une gamme électrique, mais par un roadster et un coupé hybrides ; et l’on vient d’apprendre que les futures Panamera et Taycan fusionneraient pour aboutir à un seul et même modèle, que l’on devine « multi-énergies ». Un tel revirement a de quoi surprendre, après les investissements considérables consentis pour négocier le virage de Porsche vers l’électrification. C’est que la firme allemande, à l’instar des autres constructeurs européens, doit faire avec l’inconséquence des décisions de Bruxelles en la matière…

Atermoiements réglementaires
Alors qu’en 2021, la Commission avait décrété l’interdiction totale de la vente de véhicules thermiques ou hybrides à partir de 2035, les perspectives réglementaires ont récemment évolué sous la pression de certains constructeurs, qui constatent une appétence du marché pour les véhicules électriques bien inférieure aux prévisions fantaisistes évoquées par les lobbyistes de l’électrification à outrance il y a cinq ans. Pour les constructeurs généralistes, le problème concerne avant tout le prix d’achat – l’écart tarifaire entre une citadine ou compacte thermique et son homologue à piles variant de 20 à 30 % – et la polyvalence d’usage avec, en guise de principal grief, une autonomie souvent ridicule en comparaison de ce qu’une bonne voiture thermique peut offrir. Mais pour une marque comme Porsche, la question se pose différemment. Aux niveaux de prix usuellement pratiqués par la firme de Zuffenhausen, l’inflation constatée entre thermique et électrique prend naturellement moins de relief et, de surcroît, un tarif élevé favorise l’intégration de solutions techniques certes onéreuses, mais rendant possibles les longs trajets autoroutiers (architecture 800 volts par exemple). La raison pour laquelle un heureux conducteur de Macan thermique pourrait hésiter à le délaisser au profit de son successeur électrique se trouve donc ailleurs…
Et les sensations de conduite ?
Même si un SUV ne saurait être considéré comme une authentique voiture de sport, et en tenant compte du fait que le Macan de première génération n’était, somme toute, qu’un Audi Q5 habilement recarrossé, l’auto a dû sa grande popularité au prestige de son blason, bien sûr, mais aussi à ses qualités intrinsèques. À certains égards, un Macan thermique – surtout lorsqu’il dispose de six cylindres – procure des sensations et un plaisir de conduite inaccessibles à son équivalent électrique. Le chant d’un « vrai » moteur, par exemple, que les grotesques systèmes de simulation sonore restituée via les haut-parleurs du Macan électrique ne savent reproduire que de façon caricaturale. Pourtant, les essayeurs se sont montrés plutôt convaincus par les prestations de l’engin ; sur le site suisse sport-auto.ch, Sébastien Moulin écrit : « Pour un SUV électrique de ce gabarit et de ce poids (2295 kg), le châssis se montre agile et bien équilibré, même si un roulis perceptible vient tempérer les ambitions purement sportives ». Avant de conclure que le Macan électrique « conserve l’ADN Porsche ». L’on peut donc considérer que, d’un point de vue strictement objectif, la transition est réussie.

Et néanmoins, on l’a vu, Porsche n’a pas l’intention de mettre tous ses œufs dans le même panier et a donc choisi de réinvestir dans le développement de véhicules thermiques. Le temps, sans doute, d’accompagner en douceur un passage vers l’électrique qui, s’il demeure inéluctable aux yeux de beaucoup, s’annonce plus long que prévu et qui, pour un nombre non négligeable de porschistes, sera plus difficile à admettre que pour des acheteurs d’Opel ou de Hyundai. L’autonomie, le temps de charge, la puissance brute, les performances chiffrées – tout cela est bel et bon mais ce qui rend une Porsche désirable, c’est quelque chose qu’aucune fiche technique ne pourra jamais retranscrire : une âme… Tout l’enjeu, dans les années qui viennent, consistera donc à ne pas la perdre !



