Que peut bien cacher une option à 109 000 € sur une Porsche électrique ?
Quand le haut de gamme électrique refuse de baisser la garde
Dans l’univers automobile, les options affichant six chiffres restent une exception, réservée aux modèles les plus exclusifs des noms comme Ferrari ou Lamborghini. Mais Porsche s’invite dans cette cour avec une offre qui interpelle tous ceux qui craquent pour l’innovation. On connaissait déjà le très apprécié kit Manthey sur la 911 GT3 RS, référence absolue des circuits. La grande nouveauté : ce kit arrive pour la première fois sur une voiture électrique, en l’occurrence la Taycan.
Cette berline, qui pâtit d’un essoufflement sur de nombreux marchés haut de gamme, propose désormais une option à plus de 100 000 €, soit un coût qui relègue la rareté des Ferrari de collection au rang d’anecdote. Voilà de quoi interroger : malgré la promesse de voitures électriques plus simples à assembler avec 30 à 40 % de pièces en moins par rapport à un modèle thermique équivalent les prix n’ont pas dégringolé. Les marques de prestige, comme Lotus, Ferrari Luce ou Porsche, restent fidèles à leurs tarifs élitistes, sans concession sur la facture.
Le kit Manthey, l’option qui affole les compteurs
Porsche intensifie cette tendance avec des packs de performance extrême, pensés pour les amateurs de sensations fortes. Sur la Taycan Turbo GT, le classique pack Weissach était déjà disponible, mais une nouvelle marche est franchie : le kit Manthey, vendu à 109 816 €, fait figure de pièce maîtresse. Pour mieux valoriser l’investissement, Porsche a propulsé sa Taycan Turbo GT équipée de ce kit sur la fameuse boucle du Nürburgring, s’offrant la légitimité d’un nouveau record à la clé. Résultat ? Le prix total grimpe à plus de 357 000 €, soit davantage qu’une Taycan d’entrée de gamme neuve, mais sans avoir à subir de malus écologique.
Cette somme faramineuse se justifie-t-elle ? D’un point de vue technique, la transformation est profonde. Les modifications sont dans leur grande majorité structurelles et mécaniques, participant à l’accroissement notable des performances d’une berline déjà redoutable, dont la puissance de pointe dépasse les 1000 chevaux.
Carbone à tous les étages et préparation sur-mesure
Le secret du tarif se trouve aussi dans la finition. Les pièces en fibre de carbone pullulent autour de la voiture : diffuseur avant réglable, volets latéraux, lame frontale, prises d’air spécifiques, lames latérales… Ici, ce n’est pas une question d’esthétique mais bien de fonctionnalité. La réalisation de ces éléments nécessite une main-d’oeuvre spécifiquement formée, car l’automatisation ne concerne que la découpe de très grandes pièces, principalement pour l’aéronautique. Chaque fibre doit être tressée et alignée à la perfection, opération chronophage qui fait bondir le coût pour de si petites séries.
À l’arrière, l’espace passagers cède la place à une structure en carbone pensée pour accueillir… des casques, preuve que cette Taycan s’adresse d’abord aux amateurs de piste. Porsche ne s’arrête pas là : suspensions retravaillées, jantes de 21 pouces ultra-légères, freins composites spécifiques, tout est mis en œuvre pour repousser les limites sur circuit.
Côté moteur, Porsche a même amélioré la performance électrique. Dans le mode « Attack », le courant maximal délivré par la batterie grimpe à 1300 A alors qu’il plafonnait à 1100 A sur la Taycan Turbo GT classique, ce qui permet de gagner jusqu’à 41 chevaux supplémentaires. Malgré ce raffinement technologique, certains observateurs s’étonnent encore que le kit Manthey coûte 30 000 € de plus que pour la 911 GT3 RS équivalente. La dernière question qui plane : s’agit-il uniquement de l’inflation, ou bien est-ce le prix de l’innovation ultime ?
Ce que l’on retient de cette démesure électrique
Alors que l’on espérait voir s’assagir les folies financières à l’ère de l’électrique, les modèles d’élite ne semblent pas près de s’aligner. Une chose est sûre : la quête de performance, chez Porsche et consorts, impose ses propres codes et perpétue l’exclusivité. Désormais, les options à plus de 100 000 € ne sont plus réservées aux mythiques V12 italiens, mais aussi aux nouvelles icônes branchées, pour quelques initiés seulement. Cela invite à se demander si l’innovation a toujours vocation à démocratiser… ou si elle ne fait que déplacer les sommets.


