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Sunbeam Alpine et Tiger : l’alternative anglaise

PAUL CLÉMENT-COLLIN - 2 août 2022

Si vous vous demandiez pourquoi Renault ne disposait pas de la marque Alpine en Angleterre, voici la coupable : depuis 1953, la marque Sunbeam exploite le nom d’Alpine pour sa gamme de cabriolet. Si la première Alpine produite entre 1953 et 1955 était un cabriolet 2 places assez grand et classique, à l’ancienne, la génération suivante qui nous intéresse se distingue par sa compacité. Souvent oubliée lorsque l’on évoque l’automobile britannique des années 60, la Sunbeam Alpine n’en demeure pas moins un choix très intéressant, surtout dans sa version sportive Tiger équipée d’un V8 Ford.

La marque Sunbeam se lance en 1953 avec un cabriolet dénommé Alpine, dérivé d’une berline Talbot (de la branche anglaise, à ne pas confondre avec Talbot-Lago en France). Il s’agit alors d’une voiture très classique, encore très marquée par le passé. Elle ne restera en production que jusqu’en 1955. Sa seule heure de gloire sera son apparition dans “La Main au collet”, d’Hitchcock. Cependant le nom d’Alpine est déposé en Grande-Bretagne à cette époque là, deux ans avant que Jean Rédélé ne crée sa marque en France et ne lance l’Alpine A106.

Concurrencer MG et Triumph

L’Alpine reste sans descendance durant quelques années, mais chez Sunbeam, on abandonne pas pour autant l’idée d’un cabriolet, mais cette fois-ci moderne, capable de rivaliser avec les roadsters de chez Triumph ou MG. Pour cela, les ingénieurs Kenneth Howes (transfuge de chez Ford) et Jeff Crompton vont plancher sur ce nouveau modèle à partir de 1956, avec des moyens limités. Ils vont alors se servir d’un maximum de pièces déjà existantes au sein du groupe Rootes : châssis modifié du Hillman Husky (un petit break trois portes), trains roulants de Sunbeam Rapier et 4 cylindres maison de 1,5 litre et 83 chevaux (SAE) accolé à une boîte 4 vitesses à 1ère non synchronisée. Elle dispose d’une suspension avant indépendante, mais surtout de 4 freins à disque.

Lancée en 1959, la Sunbeam Alpine rencontre un certain succès. Moins exubérante que ses compatriotes Triumph ou MG, elle offre 4 places mais surtout une qualité de fabrication bien supérieure. Dès 1960, l’Alpine évolue avec un 1,6 litre poussé à 85 chevaux. Cette Série II est bien connu des amateurs de James Bond puisqu’il s’agit de sa monture en 1962 dans le fameux opus “Dr No”. En 1961, après la participation d’une Subeam Alpine au Mans dotée d’un toit en dur (abandon), le carrossier Harrington commercialise sa version “coupé” avec l’aval de la marque. Entre 1961 et 1964, 400 Alpine seront transformées en coupé Le Mans.

Du gracieux cabriolet au méchant Tiger façon Shelby

En 1963, la Série III s’offre 3 petits chevaux SAE de plus pour atteindre les 88 mais elle s’offre surtout une nouvelle suspension arrière plus moderne. En 1964, la Série IV revient à 86 chevaux mais reçoit un lifting et une boîte automatique en option. Evoluant comme une américaine, l’Alpine devient Série V en 1965 : nouveau moteur 1,7 litre de 100 chevaux et boîte 4 vitesses entièrement synchronisée rendent le modèle encore plus désirable. Mais une année plus tôt, l’Alpine avait fait sa révolution avec sa version Tiger.

Une Sunbeam Alpine Harrington Coupé, rarissime.

Afin de séduire le marché américain, la direction de Rootes décide d’implanter un gros V8 sous le capot de son petit cabriolet, à l’image d’AC qui transforme sa Bristol en furieuse Cobra avec le concours de Caroll Shelby. C’est d’ailleurs ce dernier que Rootes va contacter pour booster sa voiture. La Sunbeam Alpine devient alors Tiger mais, contrairement à la Cobra, elle conserve sa frêle carrosserie. D’abord équipée du V8 Ford 260ci (4,2 litres) de 164 chevaux, elle reçoit dès 1965 une version encore plus poussée, le V8 289ci (4,7 litres) de 203 chevaux. De quoi sévèrement muscler une voiture jusque là plutôt placide.

La Sunbeam Tiger, version de l’Alpine dotée d’un V8 Ford façon Shelby

Une carrière discrète

La Sunbeam Alpine, relativement discrète, restera en production jusqu’en 1968, quittant une dernière fois les chaînes après 69 251 exemplaires à 4 cylindres et 7 066 versions Tiger à moteur V8. Bien entendu, ce sont les versions Tiger qui sont les plus recherchées et qui cotent le plus. Pourtant, le choix le plus cohérent reste une version 4 cylindres, certes moins puissantes mais bien plus équilibrée et homogène.

C’est en tout cas une excellente alternative aux sempiternelles Triumph TR4, TR5 ou Spitfire, aux vues et revues MG B. Pour susciter curiosité, questions et bienveillance, la Sunbeam est la solution, pour un coût bien inférieur. Sauf si, bien entendu, vous voulez vraiment vous démarquer : un coupé Harrington vous coûtera les yeux de la tête mais vous assurera le succès dans les rassemblements d’anglaises. Après, si vous désirez vraiment la puissance, jouer des bras pour rester sur la route et que votre compte en banque vous le permet, optez pour la Tiger, à vos risques et périls.

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