Alfa Romeo 166: une affaire à saisir
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Alfa Romeo 166: une affaire à saisir

Par Paul Clément-Collin - 31/08/2022

Lorsqu’en 2012 je m’étais mis en quête d’une 2ème voiture « plaisir » en complément du monospace familial, je m’étais fait une petite liste de modèles susceptibles d’intégrer ma vie pour un budget raisonnable. Bien entendu, la Saab 9-5 était en bonne place (et emporta ma décision, lire aussi : La Saab 9-5 de Boîtier Rouge), mais n’étant pas sectaire, j’avais sélectionné bien d’autres modèles de toutes sortes. Mes critères principaux : suffisamment de place et de confort pour 4, dont deux enfants avec sièges auto, de la puissance, une certaine discrétion, un intérêt historique ou, à défaut, sentimental, un moteur puissant (et si possible avec au moins 6 cylindres), et un haut d’équipement.

Certaines voitures ne résistèrent pas à la réalité, car bien que rentrant dans le budget imparti, elles m’auraient mis dans le rouge avec un budget d’entretien énorme : exit donc la Lancia Thema 8.32 qui me faisait de l’oeil (lire aussi : Lancia Thema 8.32), la Maserati 430 de mes rêves (lire aussi : Maserati 430) ou la Jaguar XJR. J’éliminais aussi la Peugeot 605 SV24 faute d’en trouver une en bon état (lire aussi : Peugeot 605 SV24), pour ne garder dans ma short list que la Saab 9-5 (deux modèles me titillaient, la V6 Griffin et l’Aero) et contre toute attente l’Alfa Romeo 166 (dans plusieurs versions V6). Oui vous avez bien lu : l’Alfa 166 se retrouvait en final avec la Saab. Incroyable ! Enfin pas tant que cela. Voyez plutôt.

3 Alfa Romeo 166 avec 3 couleurs différentes vue du dessus 3 Alfa Romeo 166 dans une cours, une blanche, une grise et une noire Intérieur de l'Alfa Romeo 166 Sellerie de l'Alfa Romeo 166

C’est en 1998 que cette remplaçante de la 164 (lire aussi : Alfa Romeo 164) fait son apparition sur le marché européen, reprenant la plate-forme de la si discrète Lancia Kappa (lire aussi : Lancia Kappa). Elle fait le choix d’une ligne atypique, dérangeante au premier abord avec ses yeux froncés à l’avant et sa calandre plongeante, mais non dénuée d’une certaine classe. Elle est en tout cas dans la tradition des grandes berlines italiennes cherchant à tailler des croupières aux allemandes de tout poil. Elle fait partie du grand renouveau d’Alfa depuis le lancement de la 156 un an plus tôt (et qui deviendra voiture de l’année en 1998 justement).

Alfa Romeo 166 blanche roulant sur route Alfa Romeo 166 sur un point de vue avec les montagnes en arrière plan

A l’intérieur, c’est le grand luxe à l’italienne, loin de la rigueur germanique certes, mais bien plus chaleureux. Si le cuir noir est disponible, nombre d’Alfistes choisiront les cuirs crèmes, marrons ou rouges donnant à l’italienne un charme fou. Pour le reste, tout y est, cuir donc, fauteuils électriques chauffants, bref toute la panoplie de la berline haut de gamme.

Alfa Romeo 166 grise dans un quartier d'affaire Alfa Romeo 166 avec un homme d'affaire a côté

Mais ne tournons pas autour du pot, l’intérêt de cette bagnole n’est pas vraiment à l’intérieur. Ou plutôt si, mais à l’intérieur du berceau moteur ! Si la 166 a été proposée en différentes motorisations 4 cylindres (Twin Spark 2 litres de 155 ch, puis 150 à partir de 2004) ou diesel (2,4 JTD de 136 ch, puis 150, 175 et 185 ch à partir de 2004), elle a surtout reçu toute une panoplie de fabuleux V6, tous dérivés du fameux Busso ! Car mes amis je vous le dis, c’est là que réside le véritable intérêt de la 166 : ses V6 chantants, rageurs, tellement italiens et tellement Alfa. Lorsqu’on y a goûté, difficile de repasser à autre chose.

Alfa Romeo 166 blanche de profil

Au programme en 1998 : deux V6, l’un de 2,5 litres 24 soupapes de 190 ch (188 à partir de 2004), l’autre de 3 litres (et toujours 24 soupapes) de 226 ch (220 à partir de 2004). Tout cela sur une traction. Autant dire qu’il peut y avoir du sport, surtout avec le 3 litres. Mieux, en 2004, profitant d’un restylage (à mon sens malheureux, mais chacun ses goûts), la 166 recevra l’ultime évolution du légendaire Busso avec un 3,2 litres poussé à 240 chevaux. Largement de quoi aller titiller les allemandes sur l’Autobahn !

Alfa Romeo 166 de trois quarts avant Alfa Romeo 166 vue de derrière La version restylée de 2003, beaucoup moins réussie

A l’époque, la 166 se vendit moins bien que prévu, sans doute à cause d’un prix élevé et d’une finition un peu légère (qui a dit « à l’italienne » ? Mais cela fait partie du charme non?). Si en 1999, 26 537 exemplaires trouvèrent preneurs, le soufflet retomba à 18 928 exemplaires en 2000, pour tomber à des scores très modestes (5 682 ex en 2003). Le restylage de 2004 permit un léger mieux avec 7 501 exemplaires vendus, mais dès 2005, la 166 retrouva les abysses, pour s’écouler péniblement à 726 exemplaires en 2007, date du clap de fin pour une grande berline qui n’aura pas de descendante. Au total, 89 594 Alfa 166 auront été produites. Cependant, la carrière de la 166 ne s’arrête pas là. Comme la 9-5 qui dort désormais chez moi (lire aussi : Saab 9-5 chinoise), elle connaîtra une carrière chinoise après que Fiat eut revendu les droits à Guangzhou Automobiles.

Difficile de croire que sous cette ligne se cache une Alfa 166 ! Difficile de croire que sous cette ligne se cache une Alfa 166 !

C’est aujourd’hui que l’Alfa 166 devient intéressante. Encore perdue dans les méandres de l’occasion, sa côte est au plus bas. Trop jeune pour être youngtimer, pas assez moderne pour séduire en occasion, elle reste séduisante pour un frange d’acheteurs avertis : car pour quelques milliers d’euros, vous pourrez vous offrir le luxe d’un Busso puissant dans une berline moderne et attrayante, encore tout à fait à la page en terme de design et de performance, avec ce petit plus qu’est son moteur mythique. Encore aujourd’hui, je regrette un peu sa sonorité typique et historique que le V6 de ma Saab, à la philosophie différente, ne parvient pas à faire oublier.

Paul Clément-Collin

Paul Clément-Collin

Paul Clément-Collin est une figure reconnue du journalisme automobile français. Fondateur du site culte Boîtier Rouge, sacré meilleur blog auto aux Golden Blog Awards 2014 et cité parmi les médias auto les plus influents par Teads/eBuzzing et l’étude Scanblog Advent, il a ensuite été rédacteur en chef de CarJager et collaborateur de Top Gear Magazine France. Journaliste indépendant, spécialiste des voitures oubliées, rares, iconiques ou mal-aimées, il cultive une écriture passionnée et documentée, mêlant culture auto, design, histoire et anecdotes authentiques, et intervient également sur des événements majeurs comme le Mondial de l’Auto.

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