Maserati Ghibli (Tipo 115M) : vent chaud sur Modène !

Mardi 6 novembre 2018
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Le nom de Ghibli est revenu plusieurs fois sur l’établi, soit avec la 2ème du nom soit avec la plus contemporaine 3ème du nom, mais il faut bien l’avouer, seule la première a véritablement marqué les esprits. Certes, la Ghibli II possède son charme, mais cela reste une Biturbo « évoluée », tandis que la III s’est transformée en berline, niant l’histoire même du modèle malgré ses qualités. La Ghibli originelle, elle, peut se targuer d’être une réussite esthétique grâce au génie du jeune Giugiaro (il n’a pas encore 30 ans) qui venait de quitter Bertone pour Ghia.

Le dessin de la Ghibli est du à Giugiaro, alors chez Ghia

Dans les années 60, les officines italiennes allaient produire certaines des plus mythiques sportives. Lamborghini ouvrait le bal fin 1965 en présentant la Miura, stricte 2 places à moteur arrière (un V12) tandis que Ferrari fermait le ban avec une Daytona en 1968 (12 cylindres aussi, mais à l’avant). A cette époque, Maserati était toujours sous le contrôle de la famille Orsi, et en particulier du fils d’Adolfo, Omer « Omar » Orsi. Ce dernier voulait lui-aussi son grand coupé au long capot : hors de question de laisser seul Lamborghini sur le créneau. Fasciné par les réalisations de Giugiaro chez Bertone, notamment l’Iso Rivolta Grifo, Omar Orsi ne jurait que par lui. Il commanda donc auprès de Ghia, le nouvel employeur du designer, le dessin de son futur coupé.

La Ghibli séduira les stars de l’époque, Jean-Paul Belmondo ou Claude François en France (photo : Sam Lévin)

La Tipo 115M (tel était son nom de code) récupérait le châssis tubulaire raccourci des 3500 GT et Mexico, tandis que son moteur (légèrement gonflé) provenait de la Quattroporte et (encore) de la Mexico : contrairement à Lamborghini avec la Miura ou à Ferrari peu après avec la Daytona, ici point de V12, mais un V8 de 4719 cc développant 310 chevaux. Mais ce qui la distinguait particulièrement, c’était bel et bien sa ligne. Par rapport à une Miura excentrique, ou à une Daytona futuriste, la Ghibli réussissait l’impossible : concilier modernité et classicisme grâce au coup de crayon de Giugiaro et de sa ligne de caisse relativement haute appuyant son dynamisme.

La voiture fut présentée en novembre 1966 à Turin, quelques temps après la Miura, mais devançant la Daytona de presque 2 années. Moins prestigieuse « a priori » à cause de ses quatre cylindres en moins, elle sortait son épingle du jeu grâce à son style plus consensuel et à sa forte cylindrée, synonyme de couple (surtout dans sa version SS de 4.9 litres et 335 chevaux). Des trois italiennes, la Ferrari devancera de peu la Maserati (1406 exemplaires pour l’une contre 1295 pour l’autre), tandis que la Miura malgré son succès d’estime, sera distancée largement (764 unités).

A partir de 1969, la Ghibli sera disponible en version Spyder (125 exemplaires, dont 25 SS)

La Ghibli se déclinait, à partir de 1969, en une charmante version Spyder, concurrente directe (et tout aussi anecdotique) de la Daytona Spider, tandis qu’elle s’offrait un peu de gonflette la même année avec la version SS déjà citée, histoire de se rapprocher de la puissance des V12. Entre temps, la famille Orsi avait cédé en 1968 aux sirènes françaises en revendant Maserati à Citroën. La nouvelle direction allait certes faire évoluer la Ghibli, mais préférait se concentrer sur les « nouvelles » Maserati-Citroën : la SM en France, la Quattroporte ou la Khamsin en Italie ! En 1973, la Ghibli prenait une retraite anticipée (comme ses concurrentes), la faute à la crise pétrolière, certes, mais aussi aux difficultés de la maison mère. De toute façon, les coupés sportifs à gros moteurs à l’avant étaient déjà passés de mode : l’heure était au moteur central arrière pour les sportives, notamment chez Ferrari mais aussi chez Maserati.

En fait, la Ghibli est un instantané d’une époque automobile, faite de concurrence entre les constructeurs italiens, de gros moteurs, et d’une clientèle encore peu regardante sur les consommations. Elle est aussi la confirmation de la tradition du trident de baptiser ses modèles du nom d’un vent, initiée par la 3500 Mistral. Mais à cette occasion, on alla chercher un vent plus évocateur, en provenance d’Egypte, au lieu d’un basique vent français qui avait déjà donné son nom à un avion (un De Haviland Vampire fabriqué sous licence par la SNCASE en France).

Aujourd’hui, la Ghibli subit de plein fouet la fascination des collectionneurs pour cette époque et pour ce trio d’italiennes. La cote s’en ressent forcément, en atteignant des sommes folles : un coupé 4700 se négocie aux alentours de 300 000 euros en 2018 (selon LVA), tandis qu’un Spyder monte à 550 000 euros (100 unités). Les versions SS sont encore plus chères (jusqu’à 600 000 euros pour un des 25 exemplaires de Spyder SS).

Crédit Photo : DR, Maserati, Sam Lévin

 

 

CARACTERISTIQUES TECHNIQUES MASERATI GHIBLI (Tipo 115M)

Motorisation

Moteur V8 à 90°, 16 soupapes
Cylindrée 4719 cc (SS : 4930 cc)
Alimentation 4 carburateurs Weber
Puissance 310 ch à 6000 trs/mn (SS : 335 ch à 5500 trs/mn)
Couple 390 Nm à 3500 trs/mn (SS : 480 Nm à 4000 trs/mn)

Transmission

Roues motrices Arrière
Boîte de vitesses Manuelle 5 vitesses

Dimensions

Longueur 4700 mm
Largeur 1790 mm
Hauteur 1160 mm
Poids à vide 1650 kg

Performances

Vitesse maxi 248 km/h (SS : 278 km/h)
Production 1295 coupés, 125 Spyders

Tarif

Cote moyenne 2018 de 300 000 à 600 000 euros

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8 commentaires

Choco

Le 06/11/2018 à 13:44

Quel style quand même ! Quand on voit ce qu’il reste de Maserati aujourd’hui hormis le coupé on est loin de cette époque bénie.
L’arrière de la voiture a des faux airs d’Aston Martin je trouve.

Greg

Le 06/11/2018 à 14:36

IL y a chaque époque comme un « courant de pensée » qui fait que des voitures issues d’horizons différents se ressemblent!
Ainsi à la fin des années 60, les carrosseries aux formes arrondies passent de mode, laissant place à des lignes tendues représentant l’avenir.
On ne peut certes pas nier une ressemblance troublante entre la Ghibli de Giugiaro (1966) et la DB-S de William Towns (1967) 😉
Comme Maserati, Aston Martin met fin à une dynastie d’autos aux formes arrondies ayant pris naissance des les années 50!

Iflur

Le 07/11/2018 à 08:24

Amusant, de trois quart arrière le spyder Ghibli a un petit air de Fiat 850 spider.
Rien d’étonnant puisque Giorgetto Giugiaro a défini le style des deux cabrios.

Greg

Le 06/11/2018 à 14:30

L’officine Maserati avait été contrainte de faire avec les maigres moyens du bord:
ce que l’on avait dépensé pour une robe haute couture venue de l’un des meilleurs faiseurs, on n’avait pas pu l’investir dans une suspension arrière à roues indépendantes… au grand dam de l’Ingeniere Alfieri!
La Daytona a du lui filer de l’urticaire, avec ses 4 roues indépendantes et sa boite pont!
Pour les cinéphiles: apparition remarquée dans le film La Piscine d’une Ghibli, rudement menée par Alain Delon 😉

Wolfgang

Le 06/11/2018 à 23:21

Je ne savais pas qu’elle existait en cab. Elle est superbe.

Whealer

Le 07/11/2018 à 00:57

Très rare en effet, le spyder était relayé au triste sort de faire-valoir(sans doute dû au coût de réalisation bien supérieur au coupé), d’où notamment la rareté des photos couleurs de l’époque (à noter que le Trident proposait aussi un hardtop à lui seul devenu soit introuvable, soit le prix d’un châssis déjà inaccessible pour le commun des mortels).
http://club.caradisiac.com/whealer/maseratici-121941/photo/maserati-ghibli-1972-6753009.html
Au fait pour rebondir, qui connaît le fabricant de ce hardtop ?

jean philippe

Le 06/11/2018 à 23:27

Lamborghini Miura a moteur avant?
en fait c’est un v12 central et transversal arrière
Paul nous as tu fait un boitier rouge sur cette légende?

Greg

Le 08/11/2018 à 09:52

La Ghibli Spider j’ai eu l’occasion d’une suivre une, un dimanche matin où je « montais » au circuit Paul Ricard pour assister aux « 10000 Tours ».
C’était Jean Guikas qui lui faisait prendre l’air: je l’ai retrouvée plus tard dans la journée, garée dans le paddock, non loin de son auto de course!
IL a actuellement, 2 spiders proposés à la vente (et 2 coupés pour faire bonne mesure)
http://www.gtc-collection-cars.com/

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