Alfa Romeo 1900 M AR51 "Matta": le premier 4x4 au trèfle
Classics
4x4
Alfa Romeo
Italienne

Alfa Romeo 1900 M AR51 "Matta": le premier 4x4 au trèfle

Par Paul Clément-Collin - 17/11/2016

Lorsque Alpine sortira son SUV, je serai bien en mal de trouver un ancêtre dans l’historique de la marque. Mais lorsque c’est Alfa Romeo qui s’y colle avec son nouveau Stelvio, c’est tout de suite plus facile (même s’il m’a fallu la complicité d’un lecteur pour m’y faire repenser). Et oui, si Alfa Romeo nous a plus fait rêver avec ses berlines sportives, ses cabriolets et ses moteurs enchanteurs, la marque s’est aussi coltiné le marché des utilitaires, des camions, et, brièvement, celui du 4×4. Voici l’histoire de l’Alfa Romeo 1900 M AR51, affectueusement surnommée « Matta » (la folle en rital).

Bon ok, il m’a fallu remonter assez loin pour trouver autre chose qu’un prototype. Dans les années 80, Alfa avait présenté les AR146 et AR148, sans lendemain, tandis qu’en 1951, l’AR51, elle, entrait en production. Tout commence à l’automne 1950. Les temps sont durs pour les constructeurs italiens, qui doivent faire feu de tout bois dans une période de reconstruction encore loin du faste des années 60. Cette année-là, l’Armée italienne lance un appel d’offre pour un véhicule de reconnaissance (Autoveiculo da Ricognizione, AR quoi, vous suivez?) en remplacement des Jeeps américaines : l’heure est encore à la préférence nationale. La Fiat est inévitablement sur les rangs, mais Alfa veut sa part du gâteau et va elle-aussi proposer sa vision de la Jeep à l’italienne

Enfin, au départ, plutôt à l’anglaise. Chez Alfa Romeo, on y connaît rien, certes, mais on sait réagir rapidement. Aussitôt, on achète un Land Rover chez un concessionnaire en Suisse, pour le désosser, l’étudier sous toutes les coutures, et fortement s’en inspirer, dans un premier temps. Pourtant, le résultat final sera loin d’être une simple copie. D’abord, le moteur : il s’agit du nouveau 4 cylindres 1884 cm3 qui équipe la toute nouvelle berline 1900, tout juste présentée en octobre 1950. Un moteur retravaillé pour l’occasion avec un taux de compression réduit, plus de couple à bas régime et 65 chevaux seulement. Le moteur AR1306 garde cependant son caractère sportif, inédit pour un tel véhicule. Pour le reste, les choix sont assez sophistiqués : train avant craboté par levier, et blocage de différentiel sur les roues arrières.

Les ingénieurs de chez Alfa, dont Giuseppe Busso, auront fait vite, car le premier prototype destiné aux épreuves de qualifications fut présenté en mai 1951 (soit à peine 8 mois après l’appel d’offre), tandis que le premier modèle dans sa version définitive sera présenté en septembre 1951 à la foire de Bari. Autant dire que les hommes aux trèfles n’auront pas chômé ! Fiat, qui était sur le coup depuis plus longtemps (car contacté plus en amont par l’Armée) présente son Campagnola au même moment.

La lutte est serrée, et l’enjeu de taille, entre les deux constructeurs. Mais malheureusement pour Alfa, c’est le Campagnola de chez Fiat qui sera choisi par l’Armée, avec à la clé une petite rente annuelle (au total, 39 076 exemplaires, entre 1951 et 1974). Il faut dire que l’AR51 « Matta » s’avère presque 3 fois plus cher que son compatriote, à cause de l’utilisation de nombreuses pièces spécifiques, et de sa sophistication. Le Campagnola, plus rustique, semble plus adapté aux besoins de l’Armée qui cherche un véhicule, simple, efficace et pas cher.

Pourtant l’Etat italien ne sera pas en reste, et attribuera un lot de consolation à Alfa Romeo, en passant de petites commandes. Le ministère de la Défense en commandera 1281 exemplaires, le ministère de l’Intérieur 457, la Marine 29, l’Aviation 11, le ministère des Finances 3, l’Agriculture et les Transports 1 chacun. En 1952, une version « civile » AR52 disposant d’un moteur porté à 1975 cm3 sera lancé. En tout, 2059 exemplaires seront produits entre mars 1952 et 1954, dont 6 prototypes, 116 AR51 vendus à des clients civils, et 154 AR52.

Mais alors, pourquoi ce surnom, « Matta »… Tout simplement parce que, pour promouvoir l’AR51, Alfa Romeo fit une démonstration un peu folle en lançant la bête à l’assaut des marches permettant l’accès à la basilique d’Assise, démontrant les qualités de franchissement de l’AR51. Ce petit nom lui restera, y compris en interne. L’AR51 connaîtra aussi une carrière sportive en gagnant les Mille Miglia 1952, en accompagnant le Tour de France cycliste, ou comme voiture d’assistance du “Raid della Fratellanza e della Pace Roma-Pechino” quelques années plus tard, aux côtés de Giulias.


L’AR51 pendant le tour de France (en haut) et le raid Rome Pékin (en bas)

Vue la faible production, l’AR51 est aujourd’hui une pièce rare et donc relativement chère. On en trouve cependant quelques unes un peu partout en Europe, et particulièrement en Italie. Des modèles souvent restaurés amoureusement, mais vous pouvez espérer une sortie de grange avec un gros boulot de restauration qui sera de toute façon passionnant. En tout cas, vous épaterez sûrement plus la galerie (ou du moins les connaisseurs) qu’avec votre Stelvio flambant neuf (mais sûrement beaucoup plus confortable).

L'AR51 pendant le tour de France (en haut) et le raid Rome Pékin (en bas)
Paul Clément-Collin

Paul Clément-Collin

Paul Clément-Collin est une figure reconnue du journalisme automobile français. Fondateur du site culte Boîtier Rouge, sacré meilleur blog auto aux Golden Blog Awards 2014 et cité parmi les médias auto les plus influents par Teads/eBuzzing et l’étude Scanblog Advent, il a ensuite été rédacteur en chef de CarJager et collaborateur de Top Gear Magazine France. Journaliste indépendant, spécialiste des voitures oubliées, rares, iconiques ou mal-aimées, il cultive une écriture passionnée et documentée, mêlant culture auto, design, histoire et anecdotes authentiques, et intervient également sur des événements majeurs comme le Mondial de l’Auto.

Autos similaires en vente

Alfa Romeo 1900 Super Sprint Touring
Alfa Romeo 1900 Super Sprint Touring
Alfa Romeo 1900 Super Sprint Touring
Alfa Romeo 1900 Super Sprint Touring
Alfa Romeo 1900 Super Sprint Touring
Alfa Romeo Giulietta Sprint Veloce “alleggerita”
Alfa Romeo Giulietta Sprint Veloce “alleggerita”
Alfa Romeo Giulietta Sprint Veloce “alleggerita”
Alfa Romeo Giulietta Sprint Veloce “alleggerita”
Alfa Romeo Giulietta Sprint Veloce “alleggerita”
Alfa Romeo Spider Coda Longa
Alfa Romeo Spider Coda Longa
Alfa Romeo Spider Coda Longa
Alfa Romeo Spider Coda Longa
Alfa Romeo Spider Coda Longa
Barnes Exclusive
Alfa Romeo 1900 C Super Sprint Touring
Alfa Romeo 1900 C Super Sprint Touring
Alfa Romeo 1900 C Super Sprint Touring
Alfa Romeo 1900 C Super Sprint Touring
Alfa Romeo 1900 C Super Sprint Touring

Carjager vous recommande

Nicolas Fourny / 12 nov. 2025

Epoqu'Auto 2023 : dix voitures de sport et de rêve chez CarJager !

Retrouvez-nous sur notre stand – passage 34 (entre les halls 3 et 4)
Allemande
Classic
Italienne
Vladimir Grudzinski / 12 nov. 2025

Pourquoi nous aimons les autos

« Au climax de l’admiration, l’acte de possession devient secondaire ; le précède, et d’assez loin, la fête pour l’esprit et les sens dont chacun peut se repaître, même fugitivement, lorsque l’on se trouve en présence d’une automobile »
Classic
Youngtimers
Carjager / 12 nov. 2025

Participer aux Mille Miglia pour la première fois

Il est six heures lorsque je me réveille dans ma chambre d’hôtel à Viareggio. C’est le matin, avec sa lumière jaune qui filtre à travers des lames des volets, mais sans le silence qui accompagne habituellement cette heure de la journée. J’entends distinctement le rugissement d’un grand nombre de moteurs qui démarrent et qui tournent, littéralement des centaines de voitures historiques qui chauffent leurs mécaniques après la nuit passée sur le boulevard du bord de mer. Ce sont donc les Mille Miglia, et la deuxième journée est sur le point de commencer. Il y a tout juste deux semaines, j’ai eu l’opportunité de suivre cette course de quatre jours. C’était la première fois pour moi, et même s’il a été immédiatement clair qu’il s’agissait davantage d’une fête que d’une compétition, j’arrivais à ressentir l’esprit des Mille Miglia anciennes dans l’air.
Classic
Témoignage
Carjager / 12 nov. 2025

Alfa Romeo 1750 Berlina : « L’Alfamiliale »

Alfa Romeo vit des temps difficiles. L’ancien petit constructeur au prestige acquis en compétition avant-guerre, aux si désirables autos Dolce Vita, a construit de dynamiques familiales, que l’on chercherait plutôt dans la production germanique actuelle. L’Alfa Romeo 1750 berline était une routière confortable et énergique, construite autour d’un moteur brillant dont peu de constructeurs pouvaient alors faire le pendant dans ce registre de véhicule.
1750
Alfa Romeo
Berlina
Paul Clément-Collin / 12 nov. 2025

Alfa Romeo Tipo 33 Stradale : rêve inaccessible ?

Pour ceux qui, comme moi, sont nés au mitan des années 70, une Alfa nommée 33 ressemblait plus à une honnête berline taillée à la serpe lancée en 1983, à l’âge où l’on regarde les compteurs pour imaginer la vitesse de pointe ! Forcément, une Tipo 33 dite “Stradale”, née en 1967, ça courait moins les rues pardi ! Quand un médecin me susurre : “dites 33”, c’est donc à la young banale que je songe plus qu’à la fabuleuse sportive des sixties, honte à moi. Revenons donc sur cette dernière qui, bien que rare, marqua son époque.
Alfa Romeo
Classic
Italienne
Nicolas Fourny / 12 nov. 2025

Alfa Romeo Giulietta Sprint : bonsoir les choses de la vie

À chaque fois qu’ils ont travaillé ensemble — ou presque — Alfa Romeo et Bertone ont commis des chefs-d’œuvre et, à l’heure actuelle, le coupé Giulia apparu en 1963 et que, par commodité sémantique, tout le monde désigne par le nom du carrossier, est sans conteste l’une des créations les plus populaires de la marque. Bien plus répandu et plus accessible financièrement que son aînée, il lui doit cependant beaucoup et, en somme, il en constitue une réinterprétation plus moderne. Au beau milieu des années 50, la Giulietta Sprint posa en effet les fondamentaux d’un concept qui, malgré les vicissitudes matérielles et un inévitable embourgeoisement, a réussi à perdurer plus de trois décennies durant : celui du coupé noblement motorisé et dessiné avec virtuosité, tout cela pour une fraction du prix d’une Maserati ou d’une Porsche, sans pour autant dispenser de moindres plaisirs. Il était donc essentiel de revenir sur cette captivante petite automobile qui, mine de rien, avance gaillardement vers ses soixante ans…
Alfa Romeo
Bertone
Giulietta
Paul Clément-Collin / 12 nov. 2025

Vidéo Alfa Romeo 1750 GT Am #TAO2019 : taillée pour la course

Avec la Giulia Sprint GT née en 1963 et surnommée “Coupé Bertone”, Alfa Romeo avait signé un coup de maître. Le dessin, dû à Giugiaro, à la fois moderne, sensuel et musclé, inspirait la sportivité que ses dessous de Giulia berline raccourcie et ses moteurs rageurs confirmaient irrémédiablement. Pour affirmer encore ses dispositions sportives, Autodelta et Carlo Chiti proposaient la Giulia GTA en 1965, taillée pour la course. Rapidement, la petite au Biscione s’imposait en compétition jusqu’à ce que la concurrence se mette au niveau : il fallait aller plus loin. Voilà comment naquit l’Alfa Romeo Giulia GTAm, encore plus affutée que sa soeur.
Autodelta
Bertone
Carlo Chiti
Paul Clément-Collin / 12 nov. 2025

Alfa Romeo 2600 Sprint : à l’ombre de la Giulia

Alors que la Giulietta avait montré la voie à Alfa Romeo dans un positionnement milieu de gamme sportif et un poil luxueux, la marque au Biscione ne désespère pas de maintenir sa place un peu plus haut dans la gamme avec l’Alfa Romeo 2000 déclinée en berline, spider et Sprint (coupé). Mais au début des années 60, Alfa décide d’aller encore plus loin en offrant à son porte-étendard un 6 cylindres tout de même plus valorisant et surtout plus performant. Tout comme la 2000, la 2600 sera déclinée en berline, spider et Sprint. C’est cette dernière qui nous intéresse aujourd’hui.
Alfa Romeo
Bertone
Sprint

Vendre avec CarJager ?

Voir toutes nos offres de vente