Ce n'est pas Citroën qui a voulu ressusciter la 2CV, mais une marque américaine
En 1997, Chrysler frappe les esprits en dévoilant la CCV au salon de Francfort, un concept-car inspiré de la légendaire Citroën 2CV. Derrière cette création, l'objectif était clair : séduire les marchés émergents à travers une voiture minimaliste et abordable, un choix technique et stratégique qui, pourtant, ne trouvera jamais son public.
Une inspiration puisée au cœur de la France
Le point de départ de cette aventure insolite provient d’un ingénieur français, François Castaing, figure passée d’AMC à Chrysler. Amateur de la simplicité mécanique de la Citroën 2CV, il fait importer dès 1987 un exemplaire de la petite française aux États-Unis pour en décrypter la philosophie aux équipes américaines. L’idée fait doucement son chemin jusqu’à germer sous la forme d’un projet plus ambitieux une dizaine d’années plus tard.
Naissance du concept CCV : la Chine en ligne de mire
Au milieu des années 1990, l’équipe de Chrysler, menée par le designer Bryan Nesbitt, imagine un véhicule à l’esprit minimaliste, dont les lignes évoquent clairement la célèbre 2CV. L’intention : proposer une voiture neuve à 5 000 dollars pour conquérir la Chine, alors vaste marché émergent. Pour limiter les coûts et alléger l’auto, la carrosserie est pensée en plastique moulé (PET, matériau utilisé pour les bouteilles d’eau), fabriquée à partir de larges emboutis afin de simplifier la production. La CCV se distingue par cette carrosserie ne pesant que 95 kg.
Détails techniques et clin d’œil à la 2CV
La Chrysler CCV partage plusieurs solutions techniques avec la Citroën d’origine. On retrouve notamment une capote en toile enveloppant la lunette arrière et, sous le capot, un bicylindre fourni par Briggs & Stratton, habituellement employé sur des tondeuses. Le nom CCV, pour Composite Concept Vehicle, est habilement choisi : il se prononce « two C-V » à l’anglaise, à la manière de « 2CV ». Ce prototype visait à répondre aux attentes d’utilisateurs en zones rurales, réclamant une auto robuste, simple à entretenir, peu gourmande et suffisamment spacieuse pour cinq occupants et leurs bagages, renouant ainsi avec l’esprit d’origine de la deudeuche.
Un projet stoppé par un malentendu culturel
Lorsque la CCV est exposée à Francfort en 1997, tout semble réuni pour lancer la production. Chrysler va même jusqu’à établir un processus industriel adapté, malgré la nécessité d’investir dans des équipements très lourds et coûteux. Pourtant, l’aventure s’arrête net. Les études menées sur place révèlent que, contrairement aux attentes, le public chinois refuse un véhicule symbolisant la frugalité. Là-bas, l’automobile doit refléter un statut social, quitte à en payer le prix fort, même dans un contexte communiste.
Une icône réinterprétée et des ambitions éteintes
Malgré des investissements conséquents, la CCV ne dépassera jamais le stade du prototype. Ce coup d’arrêt ne freine pas pour autant la tentation de revisiter la 2CV : Citroën tentera de réinventer le mythe avec la C3 en 2002, et évoque encore aujourd’hui une nouvelle version, qui devrait emprunter une voie plus raffinée, bien loin de l’austérité technique du projet de Chrysler et à l’opposé de références insolites telles que la Nissan S-Cargo.
Sortie de l’ombre puis condamnée par un contexte socio-culturel inattendu, la Chrysler CCV restera l’incarnation discrète d’une vision audacieuse, plus proche du rêve industriel que de la réalité routière.
