Ils pensaient trouver une vieille Alfa dans un hangar, elle cachait un moteur Ferrari
Au fil des décennies, certains véhicules quittent doucement la scène pour s’effacer derrière la poussière et le temps. Pourtant, dans de rares cas, un exemplaire atypique revient sur le devant de la scène, révélant une histoire à peine croyable. C’est le cas de cette Alfa Romeo apparemment anodine, qui cache sous ses lignes classiques le fruit d’un assemblage audacieux mené dans les années 1980 par le britannique Andrew Burton, bien décidé à donner vie à un projet aussi extrême qu’unique sur la scène des rallyes.
Un assemblage inattendu né de deux épaves
L’origine du projet remonte à la volonté farouche d’Andrew Burton, pilote et passionné, de fusionner deux mondes que tout opposait. Son idée : prendre une Alfa Romeo Alfasud Sprint et une Ferrari 308 accidentée, deux voitures en état désastreux, pour n’en faire plus qu’une. Naît alors une création résolument atypique, une « Frankenstein » automobile qui marie éléments d’origines diverses dans une configuration totalement inédite pour son époque.
Architecture sur mesure pour une machine de course
Le cœur de ce prototype d’exception est un V8 Ferrari de 3,0 litres placé en position centrale, affichant une puissance d’environ 252 chevaux. Afin d’adapter l’ensemble à la compétition, chaque composant a été sélectionné ou retravaillé spécifiquement : la suspension arrière vient d’une Ford RS200, le capot est repris d’une Opel Manta 400, des éléments de moto peuplent la mécanique, et nombre de pièces sont issues de la fabrique maison. Le dessin général prend racine dans la mythique Lancia 037, sans oublier l’influence de l’Alfa Sprint 6C développée par Autodelta et jamais produite en série. Même l’aileron arrière est un ouvrage unique, taillé dans l’aluminium.
Une décennie de compétition et un palmarès unique
Si l’on pourrait croire que ce prototype est resté à l’état de curiosité clandestine, il n’en est rien. Dès 1986 et sur près de dix années, la voiture s’est affichée sur les routes et pistes britanniques, rivalisant dans de nombreuses épreuves. Son bilan sportif impressionne : sept victoires de classe à son actif, puis le titre BTRDA Silver Star décroché en 1995. L’unicité du châssis, tout autant que la signature sonore de son V8 Ferrari, fait de cette Alfa remixée un véritable ovni du rallye amateur britannique.
Une succession de succès soudainement interrompue
L’histoire aurait pu se poursuivre, mais une casse moteur provoquée par la rupture d’une bielle marque la fin brutale de l’aventure, lors d’une spéciale disputée dans une forêt. Sans ressources suffisantes ou disponibilité pour remettre le projet sur pied, Burton se voit contraint de mettre sa création à l’abri dans un hangar, repoussant sine die toute restauration ou retour à la compétition. Le temps va alors s’étirer indéfiniment.
Redécouverte lors d’un centenaire et sortie de l’oubli
Plus rien ne sera visible durant près de trente ans. La voiture se couvre de poussière et son existence se fond dans l’oubli collectif. Ce n’est qu’à l’occasion des cent ans du Brecon Motor Club, au Royaume-Uni, que l’incroyable machine refait surface. Invitée à prendre part à une exposition au sein de la Brecon Market Hall, la carrosserie patinée et la mécanique figée sont dévoilées telles qu’abandonnées. Un vidéaste immortalise cet instant unique, tandis qu’Andrew Burton livre témoignages et clichés rares, rompant avec des décennies de silence. Si la poussière, l’usure et la nécessité d’une restauration complète ne passent pas inaperçues, l’essentiel reste intact : moteur Ferrari d’origine, architecture singulière et héritage d’une époque téméraire.
Cette Alfa Ferrari Alfasud Sprint, témoignant d’une époque révolue d’ingéniosité sauvage, nous rappelle que certaines histoires de l’automobile n’attendent qu’un peu de curiosité pour ressurgir et faire rêver à nouveau.


