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L'Affaire de la DS7 Crossback "présidentielle"

PAUL CLÉMENT-COLLIN - 18 mai 2017

La descente des Champs-Elysées en DS7 Crossback par notre nouveau Président de la République a semble-t-il surpris certains, et curieusement, a amené des commentaires complètement hors de propos sur Facebook, Twitter ou bien sur les sites qui partageaient l’information : « encore de l’argent public dépensé inutilement » pouvait-on lire à de nombreuses reprises, prouvant encore une fois que le commentaire est souvent plus prompt que la lecture réel de l’article relayant l’information.

Qu’en est-il vraiment de cette DS7 Crossback : « nouvelle voiture présidentielle » à la façon des SM Chapron datant de l’époque Pompidou (et qui auront été largement amortie en plus de 30 ans d’utilisation, lire aussi : la SM présidentielle) ? Ou coup de pub habile de la part de la jeune marque DS, dont les deux lettres sont fortement liées à l’Elysée depuis le Général de Gaulle ? Evidemment, c’est la deuxième réponse qui est la bonne : DS a tout simplement renouvelé ce qu’elle avait fait il y a 5 ans avec François Hollande, en lui fournissant une DS5 exclusive (lire aussi : DS5 Présidentielle).

Levons tout de suite le premier doute : non, la République Française n’a pas acheté une DS7 Crossback pour l’occasion, et non, l’argent public n’a pas été dépensé en lésant le contribuable. Premier indice, une plaque de garage en W indiquant clairement que l’Elysée n’en était pas le propriétaire : la voiture n’étant pas encore commercialisée, seul le constructeur pouvait l’immatriculer pour une circulation limitée dans le temps.

Si elle n’est pas commercialisée, d’où vient cette voiture ? En fait, il s’agit d’un véhicule de pré-série (que DS commence à construire pour ses besoins de test, d’homologation puis sans doute de présentation à la presse ou autres), ponctionné sur les chaînes de production de Mulhouse et « travaillé à la main » pour ce coup de pub : un modèle spécifique à la présidence de la République, avec un certains nombres de détails rigolos (le sigle RF, les petits drapeaux français y compris sur le logo DS, le toit en toile à la place du toit en verre, la barre de maintien pour le nouveau Président, etc).

Le Palais de l’Elysée va-t-il garder cette voiture dans son parc ? Non. Il ne s’agit pas d’un cadeau, mais d’un coup de pub, on le répète. Outre les retombées presse assez incroyables pour une voiture pas encore commercialisée, DS va capitaliser sur cette DS7 Crossback un peu particulière : elle est désormais exposé au DS World rue François 1er à Paris. Une fois son petit show médiatique terminé, elle rejoindra la DS5 Présidentielle dans les réserves de la marque.

Est-ce que DS roule pour Macron ? Non, la voiture n’a pas été réalisée en une semaine. Il s’agit d’un travail de long terme. Le travail a commencé en septembre 2016, et à cette époque, tout était encore possible. Alain Juppé semblait tenir la corde. Entre temps, Fillon a créé la surprise, Hamon aussi, dans les primaires de la Droite et de la Gauche, puis Emmanuel Macron et Marine Le Pen ont eux aussi percé pour finir au deuxième tour. Reste une question importante : est-ce que DS aurait maintenu sa proposition si Marine Le Pen avait été élue ?

D’où vient cette idée de fournir une voiture « publicitaire » au nouveau locataire de l’Elysée ? En fait, on va dire que l’idée vient de… Nicolas Sarkozy. Le 23ème président de la République Française voulait une voiture plus moderne que les SM datant des 70’s, et peut-être un peu plus « bling bling », tout en restant dans un véhicule français. Peugeot avait présenté en 2000 à Genève une 607 Paladine en pleine folie des « Coupés-Cabriolets » et la présidence s’en est souvenu : d’une certaine manière, cette première fois aura donné des idées, ensuite, à DS (qui fait partie du même groupe que Peugeot, dois-je le rappeler) pour 2012, puis 2017. Si certains peuvent s’émouvoir du coût pour la marque, je leur rappellerai que c’est pourtant très rentable en terme de visibilité et de publicité, bien plus que des spots de pub pourtant bien plus chers !

Faut-il voir un sens dans tout cela ? Non. Le fait que ce soit un SUV n’est pas un message envoyé par le président de la République, ni même le fait que ce soit un diesel (un blue-HDI de 180 ch) : croyez-vous vraiment qu’Emmanuel Macron a eu le temps de réfléchir à d’autres symboles qu’une voiture moderne fabriquée en France. Il n’y a pas à creuser plus loin qu’une proposition bien ficelée par DS et acceptée par le nouveau président.

Photo: Le parisien (c)

Quel était l’autre véhicule transportant le Président ce jour-là ? Une voiture française, rassurez-vous, même s’il faudrait plutôt parler de poids-lourd en l’espèce : un ACMAT VLRA fabriqué à Saint Nazaire par une filiale aujourd’hui de Renault Truck Défense (RTD), elle-même filiale (en vente) du groupe Volvo Trucks (indépendant de Volvo Cars). Un véhicule qui sévit dans les armées françaises depuis les années 60 et qui sert, comme son nom l’indique, de véhicule léger de reconnaissance et d’appui (c’est aussi le « command car » traditionnel du défilé du 14 juillet par exemple, lire aussi : ACMAT VLRA).

Clin d’œil: Bernard #Cazeneuve repartira de #Matignon en #DS. Elle vient tout juste de pénétrer dans la cour. @CitroenFrance @DS_Official pic.twitter.com/ToN7YtSG21

— Guillaume Daret (@GuillaumeDaret) May 15, 2017

Et la DS de Bernard Cazeneuve alors ? Le jour même, les réseaux sociaux n’ont pas manqué de relever l’arrivée d’une DS « old school » à Matignon pour la passation de pouvoir entre Cazeneuve et Philippe. Une DS qui finalement ne servira pas, l’ancien Premier Ministre quittant Matignon en Renault Talisman (lire aussi : Renault Talisman). Il faut dire que Cazeneuve avait avoué sa passion pour la DS (il possédait un modèle de 68 revendu avant son entrée au gouvernement) : a-t-il tenté un ultime « coup de pub » puis reculé devant les risques de récupérations ?

Pouquoi Emmanuel Macron roule finalement en Vel Satis ? Depuis le 7 mai au soir, Macron est notre nouveau Président, et nécessite une protection encore plus particulière, et notamment une voiture blindée. Aujourd’hui le parc de l’Elysée dispose de véhicules blindés, dont cette Vel Satis, aussitôt mise à sa disposition. Il est loin le temps où Chirac pouvait traverser Paris dans sa CX Prestige personnelle toutes fenêtres ouvertes. En ces temps troublés, l’heure n’est plus à la sécurité « légère ».

Reverra-t-on un jour des « commandes spéciales » de l’Elysée en matière de véhicules ? Rien n’est moins sûr. Justement, l’heure n’est plus aux dépenses somptuaires même si on peut le regretter. La dernière commande date de Pompidou (hors véhicules blindés) avec les SM : une époque d’avant la crise pétrolière, quand le président de la République était ouvertement « bagnolard » (lire aussi: Pompidou et sa Porsche 356), où Citroën disposait encore d’un vrai véhicule de prestige (la SM) et où il existait encore des artisans comme Chapron pour faire du sur-mesure (qui d’ailleurs donnera une descendance, avec la SM Opéra, lire aussi : SM Opéra). Aujourd’hui, le Président de la République doit marcher sur un fil, entre les exigeances écologiques, de limite des dépenses et de soutien à nos constructeurs nationaux : en faire un peu, donc, mais pas trop, bref savoir ménager la chèvre et le chou !

Une chose est sûre : DS aura réussi un joli coup de pub malgré les incompréhensions de certains internautes prompts à tout mélanger sans chercher à lire, à comprendre, ou tout bêtement à prendre un peu de recul.

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