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Léonce Bobrie et la Torpille : un constructeur automobile Saintongeais !

PAUL CLÉMENT-COLLIN - 24 nov. 2014

Pendant 4 ans, j’ai habité un petit village de Charente-Maritime, Romegoux, perdu entre Saintes et Rochefort. J’étais loin de me douter que dans ce bourg ultra rural dont l’entreprise principale est un producteur de pommes était né et mort l’un des pionniers de l’automobile, fondateur d’une des marques les plus anciennes de France : Léonce Bobrie (un nom bien charentais).

Le jeune Léonce commence à travailler dans la minoterie de son père (on voit bien le caractère rural de Romegoux), mais c’est la mécanique qui l’intéresse, et il finit par quitter l’entreprise familiale pour s’installer à Niort. Il a trouvé là-bas un emploi chez le constructeur automobile local Gaston Barré un emploi qui lui convient mieux : il livre les automobiles aux clients, et leur donne des cours de pilotage. Pas de doute, c’est l’automobile qui le passionne, et en cette fin de XIXème siècle, c’est pas banal.

Il quitte Barré pour la vie aventureuse du cirque ! Quel rapport me direz-vous ? Intégré au Cirque Bureau, il est chargé d’entretenir et de réparer le parc automobile de la troupe. Passionné d’auto, il se rend en 1900 au Salon de Paris, pour admirer les belles mécaniques, mais sans doute aussi pour discuter et apprendre. Il y fera une rencontre décisive avec un jeune constructeur fou d’auto comme lui, et qui deviendra son ami, un certain Louis Renault.

Léonce repart de ce salon avec l’idée ferme et définitive qu’il deviendra constructeur automobile.Il achète à Saumur un garage, qui dans un premier temps distribue les camions Berliet. Mais dans sa tête, il ne cesse d’inventer. Associé à son frère Camille qui s’occupe de gestion, il phosphore et créé à tout va. Une de ses invention le rendra célèbre pour son unique client : un appareil à gonfler les pneus appelé « La Tsarine » et vendu en tout simplicité au Tsar de Russie.

Surtout, Léonce créé une voiture, sobrement dénommée « La Torpille », un modèle biplace équipé d’un 1323 cm3 de 6 à 8CV. Entre 1906 et 1914, 14 exemplaires de ces « cyclecars » pouvant rouler jusqu’à 80 km/h seront construits. Après la parenthèse de la première guerre mondiale, Léonce revient à Saintes en 1919. Il continue la production de la Torpille dans la capitale de la Saintonge, et produira 10 autres exemplaires de la « Torpille », équipés de différents moteurs 1690 et 1950 cm3 allant jusqu’à 12CV et 115 km/h.

La Torpille se cache derrière le Crédit Mutuel de Saintes, ancien Garage Bobrie

L’aventure en tant que constructeur s’arrête donc en 1924. Léonce Bobrie n’abandonne pas l’automobile puisqu’il devient l’agent de son ami Louis Renault à Saintes, et ouvrira un beau garage que les Saintais connaissent tous, place Bassompierre (actuellement Crédit Mutuel). Un exemplaire de la Torpille y est encore conservé! Léonce inventera aussi une sorte de mobylette avant l’heure, et se diversifiera dans les années 30 dans la construction de char à voile. Vous le saurez désormais : il y eut bien un constructeur automobile à Saintes !

photos: Mini 43 et JC Cornet (collection cartes postales)


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