Personne ne croyait qu'on pouvait fabriquer ce moteur en série, Mercedes vient de le faire à Berlin
La plupart des voitures électriques utilisent encore une architecture de moteur issue de plus d’un siècle d’électrotechnique. Efficace, connue et largement maîtrisée, elle n’est pourtant pas idéale lorsqu’il faut chercher le maximum de puissance dans le minimum de place. Le 9 juin 2026, Mercedes a franchi une étape importante en lançant la production en série d’un moteur électrique à flux axial dans son usine historique de Berlin Marienfelde, ouverte en 1902, avec l’ambition de transformer d’abord les sportives électriques avant, peut être, de toucher des modèles plus accessibles.
Un moteur électrique pensé autrement
Dans un moteur électrique traditionnel à flux radial, le champ magnétique circule du centre vers l’extérieur. L’image la plus simple est celle d’une roue de vélo, avec des rayons partant du moyeu vers la jante. Le moteur à flux axial adopte une logique différente. Ici, le champ magnétique suit l’axe de rotation. Rotor et stator peuvent alors être disposés en couches plates, face à face, un peu comme les éléments d’un sandwich technique. À puissance identique, cette disposition permet d’obtenir un ensemble beaucoup plus compact et plus léger.
Des chiffres presque irréels
La technologie développée par YASA impressionne d’abord par son rapport entre poids et puissance. Dans sa version de développement, ce moteur ne pesait que 13,1 kg. Il délivrait pourtant 550 kW, soit 738 ch. À masse équivalente, ce résultat approche le double de la densité de puissance des meilleurs moteurs à flux radial. Depuis, YASA a encore progressé. Une version plus récente atteint 750 kW pour seulement 12,7 kg, ce qui la place tout près du seuil symbolique des 1 000 ch.
La Mercedes AMG GT 4 portes en première ligne
Mercedes réserve d’abord cette technologie à la performance. La Mercedes AMG GT 4 portes sera la première à profiter de ces moteurs à flux axial. Avec trois moteurs, la berline électrique abat le zéro à 100 km/h en 2,1 secondes. Dans sa configuration la plus puissante, elle dépasse 1 160 ch et 2 000 Nm de couple. Voilà de quoi rappeler que la voiture électrique n’a pas seulement besoin de grosses batteries pour impressionner, mais aussi de moteurs plus compacts, plus efficaces et mieux intégrés.
YASA, d’Oxford à Mercedes
Cette technologie n’arrive pas de nulle part. YASA est née en 2009 autour d’ingénieurs venus de l’écosystème d’Oxford. Avant son rachat par Mercedes en 2021, l’entreprise britannique fournissait déjà des marques prestigieuses comme Ferrari, Koenigsegg et Lamborghini. Le passage à la grande série représentait pourtant un défi majeur. Mercedes a longtemps considéré cette industrialisation comme à peine réalisable, tant la fabrication d’un tel moteur réclame de précision et de nouveaux procédés.
Une production en 98 étapes
L’assemblage du moteur à flux axial compte 98 étapes. D’après Mercedes, 65 de ces opérations sont utilisées pour la première fois au sein du groupe, tandis que 35 sont inédites à l’échelle mondiale. La phase la plus sensible porte un surnom étonnant dans l’usine : la noce. Elle correspond au moment où le stator vient s’insérer entre deux rotors aimantés. Les forces magnétiques en jeu équivalent à environ 900 kg, avec une tolérance inférieure au dixième de millimètre.
Une demi seconde pour éviter l’erreur
Pour réussir cette opération, Mercedes s’appuie sur un algorithme capable de corriger l’alignement au tout dernier instant. L’ajustement se joue dans la dernière demi seconde du processus. Ce détail dit beaucoup de la complexité industrielle du projet. Le moteur à flux axial n’est pas seulement une bonne idée sur le papier. Il exige une fabrication d’une précision extrême, surtout lorsqu’il doit quitter le monde des prototypes pour rejoindre celui de la production en série.
Une technologie appelée à descendre en gamme
L’intérêt de ce moteur ne se limite pas aux modèles très sportifs. Sa forme compacte, sa légèreté et sa conception modulaire peuvent aussi intéresser des plateformes plus classiques. À mesure que les volumes augmenteront, les coûts devraient logiquement baisser. Cette évolution pourrait permettre à la technologie de rejoindre un jour des voitures électriques plus abordables. La compacte CLA fait déjà partie des candidates possibles.
Une bataille qui dépasse Mercedes
Mercedes n’est pas seul à explorer cette voie. Ferrari, BMW, Koenigsegg et Alpine travaillent aussi sur l’architecture à flux axial. L’objectif est évident : gagner du poids et de l’espace sur des voitures électriques encore pénalisées par la masse de leurs batteries.
Tim Woolmer, fondateur de YASA, mise précisément sur ce changement d’échelle pour transformer le segment des hautes performances. Si la technologie tient ses promesses, elle pourrait devenir l’une des réponses les plus crédibles au problème du poids dans l’électrique sportive. En lançant la production en série du moteur à flux axial, Mercedes ne présente pas seulement une prouesse industrielle, mais peut être l’une des clés de la prochaine génération de voitures électriques performantes.


