Renault Dauphine USA : le fiasco du siècle
Classics
Française
Renault
Targa

Renault Dauphine USA : le fiasco du siècle

Par Paul Clément-Collin - 27/11/2016

La Renault Dauphine est un bon moyen de mesurer les différences automobiles entre européens et américains. Vendue (et parfois soldée) pendant presque dix ans aux Etats-Unis (1957-1966), la Dauphine réussit à se classer 9ème sur 51 au classement des « pires voitures de tous les temps » du magazine Time. Petit florilège des citations : « la chose la plus inefficace de l’ingénierie française depuis la Ligne Maginot » ; « si vous vous teniez à côté, vous pouviez l’entendre rouiller » ; « mettre 32 secondes pour atteindre 60 miles à l’heure donnait à la Dauphine un sérieux désavantage lors d’une course de vitesse avec du matériel agricole »… Sévère… mais finalement relativement juste vu les mésaventures de Renault aux USA durant cette période.

Dès le lancement de la 4CV, le gouvernement français, à la recherche de devises (et surtout de dollars), poussa la Régie désormais nationale à exporter vers les Etats-Unis. A partir de 1951, près de 170 000 exemplaires de la petite française se vendront aux USA, soit par le biais d’importateurs indépendants, soit via la société d’importation « officielle », Renault Incorporated. Lancée en France en 1956, la nouvelle Renault Dauphine est évidemment toute désignée pour continuer cette conquête de l’Ouest.

La Dauphine va recevoir des adaptations au marché américain : du chrome un peu partout (bah ouais, pas bête, c’est l’Amérique), un capot avant différent, des phares avant plus gros (on les retrouvera sur la 1093, lire aussi : Renault Dauphine 1093), pare-chocs plus imposant, avec des renforts tubulaires (qui lui vont pas mal d’ailleurs), chauffage « grand froid » sur certains modèles, filtre à air renforcé, feux arrières spécifiques à catadioptres séparés, éclairage de plaque, compteur en miles, et diverses petites différences (comme le renfort de la protection du réservoir, entre autre). Bref, on croit la Dauphine prête à conquérir l’Amérique.

Présentée le 22 mai 1957 dans un tout nouveau show room sur Park Avenue en présence de Pierre Dreyfus, le PDG d’alors, la Dauphine semble promise à une paisible carrière. Renault envisage un rythme de croisière à 25 000 exemplaires par an, un objectif pas si difficile à atteindre. Oui mais voilà, la Dauphine, ce sera un soufflet, qui gonflera, gonflera, gonflera, pour finir par s’écraser comme une crêpe. Car dans un premier temps, ce sera un succès incroyable. La petite voiture française, avec sa bouille craquante, sera l’icône des journaux de mode américains. Et le réseau de 900 dealers va réclamer de la Dauphine.

D’une certaine manière, on va plus se sentir pisser du côté de Billancourt, et les usines de Flins ou de Vilvorde vont produire à tout va des Dauphine « Export US », embarquées sur des Liberty Ships (des bateaux qui servaient au ravitaillement de l’Angleterre pendant la seconde guerre mondiale) achetés par Renault. Il faut dire que les ventes explosent entre 1957 et 1959 : cette année là, près de 100 000 Dauphine sont vendues sur le territoire américain (90 536 ex selon http://www.dauphinomaniac.org et 102 000 selon https://www.hemmings.com/). Cette euphorie conduira à commander et envoyer un paquet de bagnoles outre-atlantique.

Sauf que tout ne se passera pas comme prévu. Après l’enthousiasme du début viendra la Bérézina ! Fiabilité douteuse, certes, mais aussi rouille galopante pour les exemplaires en bord de mer ou régions humides, démarrage impossible pour les régions du Nord sujettes au grand froid, réseau bien en mal de fournir des pièces détachées, sans parler des voitures mal isolées qui laissent passer la poussière des régions désertiques.. Un vrai fiasco.

Avec les succès du début, la Régie a vu trop grand, à tel point qu’avec la chute des ventes dès 1960, les dealers se retrouvent avec l’équivalent d’une année de vente en stock. Cette année là, 62 177 Dauphine sont vendues, laissant près de 45 000 voitures sur les bras… Des voitures qui prennent la poussière, le vent, l’humidité, la rouille… Une perte sèche pour Renault, qui tentera de les reconditionner pour arriver à les vendre soit sur place, soit en Europe. Pire, en 1961, les ventes tombent à 28 000 ce qui est en soit un exploit vue la réputation déplorable de la voiture et de son réseau. Pour arriver à vendre, il faut baisser le prix de 200 $ (sachant que reconditionner les voitures coûte déjà 100 $).

Entre temps, la Régie aura tenté de refourguer la Floride, devenue Caravelle pour les Etats-Unis (lire aussi : Renault Floride/Caravelle) mais le mal était fait. Les exemplaires déjà fabriqués de la Dauphine et non rapatriés en France s’écouleront dès lors lentement mais sûrement jusqu’en 1966. L’engouement du départ laissera la place à un sentiment tenace aux USA : « les voitures françaises, c’est de la merde ». Malgré la ténacité de Renault à perdurer sur ce marché jusqu’à la vente d’AMC à Chrysler en 1987, et les tentatives de Peugeot pour s’imposer, les voitures françaises paieront toutes, d’une certaine manière, ce péché originel : une voiture pas préparée aux divers climats américains, pas adaptée dans certains cas, et surtout un réseau bâti de bric et de broc empêchant un suivi correct de la voiture. Vouloir voir trop grand, trop vite, trop tôt, aura privé Renault d’un enracinement américain que Volkswagen, le grand concurrent de l’époque avec sa Beetle, saura pérenniser ! Dont acte.

Paul Clément-Collin

Paul Clément-Collin

Paul Clément-Collin est une figure reconnue du journalisme automobile français. Fondateur du site culte Boîtier Rouge, sacré meilleur blog auto aux Golden Blog Awards 2014 et cité parmi les médias auto les plus influents par Teads/eBuzzing et l’étude Scanblog Advent, il a ensuite été rédacteur en chef de CarJager et collaborateur de Top Gear Magazine France. Journaliste indépendant, spécialiste des voitures oubliées, rares, iconiques ou mal-aimées, il cultive une écriture passionnée et documentée, mêlant culture auto, design, histoire et anecdotes authentiques, et intervient également sur des événements majeurs comme le Mondial de l’Auto.

Autos similaires en vente

Renault Dauphine 1093 Mille Miglia 2026
Renault Dauphine 1093 Mille Miglia 2026
Renault Dauphine 1093 Mille Miglia 2026
Renault Dauphine 1093 Mille Miglia 2026
Renault Dauphine 1093 Mille Miglia 2026
Renault R8 Gordini 1300
Renault R8 Gordini 1300
Renault R8 Gordini 1300
Renault R8 Gordini 1300
Renault R8 Gordini 1300
Renault R8 Gordini 1300 R1135
Renault R8 Gordini 1300 R1135
Renault R8 Gordini 1300 R1135
Renault R8 Gordini 1300 R1135
Renault R8 Gordini 1300 R1135
Barnes Exclusive
Renault R5 Turbo
Renault R5 Turbo
Renault R5 Turbo
Renault R5 Turbo
Renault R5 Turbo

Carjager vous recommande

Nicolas Fourny / 12 nov. 2025

La Renault Initiale concept, 30 ans après

« L’Initiale concept n’est pas seulement une automobile, ni un prototype, mais un véritable manifeste esthétique »
Concept Car
Française
Renault
Nicolas Fourny / 12 nov. 2025

Renault R17 electric restomod x Ora Ïto : inutile mais rafraîchissante

« La poupe et surtout la proue sont méconnaissables, transfigurées par les inévitables LED sans lesquelles plus aucun styliste ne semble capable de créer quoi que ce soit »
Concept Car
Française
R17
Nicolas Fourny / 12 nov. 2025

Renault Floride et Caravelle : c'est encore loin, l'Amérique ?

« La Floride est une stricte automobile de plaisance, calibrée pour le cruising (en ligne droite de préférence) plus que pour l’arsouille »
Classic
Floride
Française
Paul Clément-Collin / 12 nov. 2025

Renault (RTD) Sherpa Light : le gros contrat « français » dont personne ne parle !

Après le scandale du Ford Ranger, commandé en 2015 à 1000 exemplaires par l’armée française (lire aussi : Ford Ranger, le faux scandale !), j’attendais depuis janvier qu’un média non-spécialisé reprenne « l’autre information », celle qui prouve que, s’il le faut, on sait et peut acheter français. Mais comme rien n’est venu, et que j’avais envie depuis longtemps de parler du Renault Sherpa, il serait temps de vous le dire : l’armée française a passé commande à Renault Truck Defense (ex RVI, mais regroupant aussi Panhard General Defense et Acmat, le tout filiale de Volvo Trucks, donc sans lien avec Volvo Automobile qui appartient, de son côté, au chinois Geely) de 443 véhicules à destination des Forces Spéciales.
Française
Militaire
Renault
Carjager / 12 nov. 2025

La Cibi : réseau social de la route

“Appel général de Patrick54, sur le grand ruban, un barbecue aperçu au kilomètre 221, et 3 sauterelles prêtes à arrêter les mille-pattes, QRT”. Voilà le type de message que l’on peut encore entendre sur la Citizen’s band, alias Cibi, la bande du citoyen. La bande du 27 Mhz, abandonnée en 1947 par les autorités américaines car considérée comme peu fiable et instable, devient ainsi une zone d’espace de communication des citoyens en général, puis, avec la miniaturisation apportée par le transistor dans les années 50 et la généralisation des limitations de vitesse au début des années 70, un moyen de communication mobile particulièrement prisé des routiers. La Cibi est en quelque sorte le réseau social de la route, avec sa culture, ses codes, son vocabulaire.
Française
Paul Clément-Collin / 12 nov. 2025

Vidéo Alpine A110 1800 Groupe 4 #TAO2019 : berlinette de compétition

Créée en 1955 par Jean Rédélé dans les locaux de son beau-père rue Forest à Paris, la petite marque Alpine va rentrer dans la légende durant les années 60 avec l’A110 désormais fabriquée à Dieppe. Voiture de sport pour la route, diabolique compétitrice en rallye, l’A110 va conquérir le coeur des français jusqu’à gagner le championnat du monde des rallyes en 1973.
A110
Alpine
Tour Auto
Paul Clément-Collin / 12 nov. 2025

5 voitures “Turbo” originales à collectionner

A l’heure du Downsizing, l’heure est de plus en plus au turbo, histoire de rajouter des chevaux tout en baissant la cylindrée, mais voilà longtemps que ce petit artifice est utilisé pour rajouter encore toujours un peu de puissance. Après la mode du compresseur, c’est en 1962 qu’apparaît le turbo sur la Chevrolet Corvair Monza Spyder. En Europe, c’est BMW qui introduira en série son utilisation sur la 2002 Turbo. Depuis, chaque marque y est allée d’au moins un modèle, dont certains trouveront tout à fait leur place dans une collection originale.
Collection
Rare
Turbo
Paul Clément-Collin / 12 nov. 2025

La Girarderie et "Le Phaeton" : l'Auto-Journal et le Grand Palais du Berry

« Jeune homme beau garçon, sauf au point de vue physique, cherche jeune fille charmante possédant les mêmes qualités pour le suivre au bout du monde »…
8cv
Cx
Ds

Vendre avec CarJager ?

Voir toutes nos offres de vente