
Après le fiasco PureTech, Stellantis mise 13 milliards pour éviter la rechute
Le 21 février 2026, Stellantis a annoncé un investissement de 13 milliards de dollars aux États-Unis sur quatre ans, le plus important de son histoire. Sous l’impulsion de son nouveau PDG Antonio Filosa, le groupe ne mise pas d’abord sur un énième SUV électrique, mais sur le cœur mécanique de ses véhicules : moteurs et transmissions. Une décision qui intervient après plusieurs années marquées par des problèmes de fiabilité, notamment autour du très médiatisé 1.2 PureTech.
La fiabilité comme urgence stratégique
Il y a des moments où l’image d’un constructeur bascule. Le moteur PureTech, avec sa courroie de distribution à bain d’huile sujette à des défaillances prématurées, a généré rappels, prises en charge coûteuses et mécontentement client. En France, des plaintes ont été déposées et une enquête préliminaire a été ouverte par le parquet de Nanterre. Des milliers de propriétaires de Peugeot 208, 308, 2008, 3008 ou encore Citroën C3 ont été concernés. Quand un concurrent comme BYD se permet de tourner ces problèmes en dérision dans une campagne publicitaire, le signal est clair. La question n’est plus technique, elle devient réputationnelle.
GMET4 EVO, le moteur du renouveau
Le projet le plus scruté s’appelle GMET4 EVO. Il s’agit d’un nouveau moteur quatre cylindres destiné notamment à relancer Jeep et Dodge sur le marché américain. Ces marques ont souffert de coûts d’entretien élevés et d’une fiabilité contestée. L’objectif affiché est simple à formuler, beaucoup plus complexe à atteindre : offrir puissance, robustesse et maîtrise des coûts d’exploitation. La production doit débuter dès 2026 à Kokomo, dans l’Indiana, avec plus de 100 millions de dollars investis et une centaine d’emplois créés. Dans le même temps, Stellantis prévoit le retour du bloc HEMI V8 dans la gamme Ram, symbole fort pour une clientèle attachée à la tradition mécanique américaine. Un moteur hybride 1,6 litre de 210 chevaux est également annoncé.
Des transmissions dans le viseur
Au-delà des moteurs, les transmissions sont explicitement désignées comme un point faible à corriger. Antonio Filosa insiste sur une refonte complète, avec un accent mis sur la fiabilité et l’expérience de conduite plutôt que sur les effets d’annonce. C’est un changement de ton notable dans une industrie où l’innovation technologique et l’électrification ont parfois relégué la robustesse perçue au second plan.
Un virage assumé face à l’électrique
Depuis un an, Stellantis a revu à la baisse certaines de ses ambitions électriques. Le groupe estime que la transition vers le tout électrique prendra plus de temps que prévu, notamment aux États-Unis. L’investissement massif annoncé traduit cette nouvelle lecture du marché. Les ventes ne progressent pas partout au rythme espéré, et les clients restent très sensibles aux coûts d’usage et à la fiabilité. En Europe, aucun nouveau moteur n’est prévu en 2026. Les retombées industrielles ne sont attendues qu’à partir de 2027, dans un contexte où plusieurs sites cherchent à sécuriser leur avenir.
Un pari industriel colossal
La réouverture de l’usine de Belvidere dans l’Illinois, la modernisation de Toledo dans l’Ohio ou encore les investissements à Detroit illustrent la volonté de renforcer l’ancrage industriel américain du groupe. Des milliers d’emplois sont annoncés. Mais au-delà des chiffres, l’enjeu est clair. Stellantis joue sa crédibilité. Dans l’automobile, on peut rater un design ou se tromper de timing sur une technologie. En revanche, perdre la confiance sur la fiabilité mécanique est autrement plus long à réparer. Les 13 milliards annoncés ne sont pas seulement un plan d’investissement. Ils constituent une tentative de reconquête.