
Ce que cachent les batteries de voitures électriques pourrait rapporter des milliards à l’Europe
Recycler une voiture ne se limite plus à récupérer quelques pièces. Avec The Future is NEUTRAL, l’économie circulaire automobile veut passer à l’échelle industrielle. Et si les véhicules en fin de vie devenaient de véritables mines urbaines ? Pour Sophie Schmidtlin, CTO de l’entreprise, l’enjeu touche autant au prix des réparations qu’à l’environnement et à la souveraineté européenne.
The Future is NEUTRAL s’est donné une mission ambitieuse : structurer une économie circulaire automobile en boucle fermée, capable de servir l’ensemble de la filière. Derrière cette formule, il y a des activités très concrètes : collecter les véhicules en fin de vie, récupérer les pièces réutilisables, remettre en état certains composants et valoriser les matières stratégiques. Sophie Schmidtlin, Chief Technology Officer de l’entreprise, détaille une approche qui dépasse largement le simple recyclage.
Trois métiers pour prolonger la vie de l’automobile
La première activité de The Future is NEUTRAL concerne les véhicules en fin de vie. Ils sont collectés puis démantelés dans des centres spécialisés, notamment par INDRA en France et POLLINI en Italie. La deuxième étape consiste à récupérer les pièces et composants qui peuvent encore servir. Ce travail est assuré par INDRA, POLLINI et GAIA. Les éléments proviennent soit de véhicules hors d’usage, soit de stocks de pièces devenues obsolètes.
Une fois contrôlées et remises dans le circuit, ces pièces peuvent être revendues, notamment aux particuliers et aux compagnies d’assurance. L’ensemble participe à la valorisation des véhicules en fin de vie, un sujet devenu central pour limiter les pertes de matière et réduire les coûts. La troisième activité repose sur le remanufacturing. Cette remise à neuf industrielle est portée par THE REMAKERS, qui travaille sur des moteurs, des turbos ou encore des boîtes de vitesses. GAIA intervient de son côté sur la réparation des batteries de traction.
Réparer moins cher sans sacrifier la qualité
Pour Sophie Schmidtlin, le premier moteur de cette démarche est la compétitivité. Lorsqu’un véhicule est réparé avec une pièce de réemploi plutôt qu’une pièce neuve, l’effet sur la facture est immédiat. La pièce de réemploi permet environ 70 % d’économie par rapport au neuf. La pièce remanufacturée, utilisée en échange standard, offre pour sa part une économie d’environ 30 %. Et selon The Future is NEUTRAL, elle conserve le même niveau de qualité et de garantie qu’une pièce neuve. Cette logique intéresse directement les automobilistes, mais aussi les assureurs. Dans un contexte où le coût des réparations augmente, la capacité à remettre des pièces fiables sur le marché devient un levier très concret.
Moins de déchets, moins de matières consommées
L’enjeu environnemental est tout aussi important. Réutiliser une pièce ou remettre un moteur en état permet d’éviter la fabrication d’un composant neuf, avec tout ce que cela implique en matières premières et en émissions de gaz à effet de serre. Sophie Schmidtlin donne un exemple parlant : dans le cas d’un moteur remanufacturé, au moins 50 % de la masse du moteur d’origine est réutilisée. Cela signifie moins de déchets, mais aussi moins de ressources à extraire, transformer et transporter. L’économie circulaire ne se contente donc pas de réparer. Elle réduit l’empreinte du produit automobile sur l’ensemble de son cycle de vie.
L’innovation comme accélérateur
The Future is NEUTRAL veut aussi faire progresser le champ technique de l’économie circulaire. THE REMAKERS a par exemple lancé ces derniers mois une offre de remanufacturing sur le moteur électrique et l’électronique de puissance de la Renault ZOE. Ce point est important. L’économie circulaire automobile ne concerne plus seulement les moteurs thermiques, les boîtes de vitesses ou les pièces mécaniques traditionnelles. Elle entre aussi dans l’univers de l’électrique, avec ses batteries, ses composants de puissance et ses nouveaux besoins de réparation.
Une question de souveraineté européenne
Pour Sophie Schmidtlin, l’économie circulaire répond également à un enjeu stratégique : l’autonomie de l’Europe sur les ressources. Le cuivre illustre bien cette tension. Ce matériau est essentiel à la transition énergétique et numérique, mais son marché est sous pression. Les batteries posent elles aussi une difficulté majeure, car l’Europe ne dispose pas de toutes les matières nécessaires, ni en extraction minière, ni en raffinage. Les terres rares entrent dans le même débat. Récupérer et valoriser les matières présentes dans les véhicules en fin de vie devient donc un moyen de réduire la dépendance à d’autres régions du monde.
Les voitures comme mines urbaines
L’image est forte, mais elle résume bien l’enjeu. Les véhicules en fin de vie contiennent des ressources qu’il faut apprendre à mieux exploiter. Une batterie lithium-ion de 60 kWh contient environ 40 kg de nickel, 6 kg de cobalt et 40 kg de carbonate de lithium. Rapporté au nombre de véhicules électriques et hybrides appelés à arriver en fin de vie dans les prochaines années, le potentiel devient considérable. Pour The Future is NEUTRAL, ces voitures constituent de véritables mines urbaines. Les valoriser sur le sol européen permettrait de sécuriser une partie des ressources nécessaires à l’industrie de demain.
Trouver plus de véhicules à traiter
Pour donner plus d’impact à l’économie circulaire, il faut d’abord augmenter les volumes. Le sourcing des véhicules en fin de vie devient donc un point clé.
The Future is NEUTRAL mène une stratégie de croissance par acquisition de centres de démantèlement. L’objectif concerne d’abord la France, mais aussi l’Europe. La prise de participation récente dans POLLINI, leader italien de la valorisation des véhicules en fin de vie, s’inscrit dans cette logique. Plus le réseau collecte de véhicules, plus il peut récupérer de pièces, de composants et de matières. L’échelle industrielle devient alors indispensable.
Le digital au service des pièces de réemploi
Le deuxième levier de croissance passe par l’innovation et l’élargissement de l’offre. The Future is NEUTRAL investit notamment dans les places de marché dédiées aux pièces de réemploi. INDRA a ainsi pris une participation dans Opisto. Cette entreprise est présentée comme le leader européen des systèmes de pilotage des lignes de démantèlement dans les centres VHU, mais aussi de la commercialisation des pièces de réemploi.
Ses clients sont les assureurs, le marché de l'après-vente et les particuliers. En clair, le digital permet de mieux connecter les pièces disponibles avec ceux qui en ont besoin.
Développer les offres matière
Le troisième axe repose sur les matières elles-mêmes. The Future is NEUTRAL a ouvert une offre de collecte autour de l’aluminium, par exemple pour les ouvrants ou les capots provenant de véhicules en fin de vie.
Ces éléments sont ensuite orientés vers des filières de production d’aluminium secondaire. L’objectif est d’éviter de perdre une matière valorisable et de la réinjecter dans des circuits industriels maîtrisés. L’entreprise a aussi lancé le recyclage des batteries lithium ion issues de véhicules électriques ou hybrides. Elle propose aux constructeurs d’organiser la collecte, la dépose des batteries sur les véhicules en fin de vie, puis leur recyclage dans des filières contrôlées.
Transmettre une expertise au reste de l’industrie
The Future is NEUTRAL ne veut pas seulement agir pour son propre périmètre. L’entreprise souhaite aider d’autres acteurs industriels à entrer dans l’économie circulaire. Elle développe donc une offre de conseil, destinée aux entreprises automobiles, mais aussi à des sociétés extérieures au secteur. L’idée est de partager une expérience acquise depuis près de 50 ans dans certains métiers.
Cette transmission passe aussi par les start up. L’Innovation Hub NEUTRAL accompagne les jeunes entreprises de l’économie circulaire, les incube, leur ouvre l’accès aux moyens industriels du site de Flins et les met en contact avec les métiers déjà présents sur place.
Une évolution culturelle de l’automobile
Sophie Schmidtlin explique avoir construit toute sa carrière dans l’industrie automobile, en travaillant sur des moteurs, des plateformes et différentes technologies. Aujourd’hui, elle veut consacrer son énergie à faire avancer l’économie circulaire, parce qu’elle la juge nécessaire.
Pour elle, l’industrie doit regarder le produit automobile autrement. Il ne suffit plus de penser à sa conception, à sa fabrication et à sa commercialisation. Il faut intégrer tout son cycle de vie, de l’usage jusqu’à la fin de vie, puis à la valorisation.
Cette approche demande une évolution culturelle. La voiture ne doit plus être seulement un objet fabriqué puis vendu, mais une réserve de composants, de matières et de valeur à gérer jusqu’au bout. The Future is NEUTRAL veut faire de la fin de vie automobile non pas une sortie de route, mais le point de départ d’une nouvelle boucle industrielle.