Heuliez Wind: sur les traces du Rancho !
par Paul Clément-Collin le 12 novembre 2025
La Gamme VF2 de Simca en 1977, fabriquée par Heuliez !
Si je vous parle de ces deux sous-traitants et « bureaux d’études » français, c’est que, dans l’affaire qui nous intéresse, les deux entreprises sont liées, et pendant que l’une fournissait l’autre, l’autre inspira l’une. Je m’explique. Depuis septembre 1967, Heuliez produit pour le compte de Simca la version tôlée commerciale de la 1100, la VF1, puis à partir de février 1973, elle en produit la version surélevée VF2, qui servira de base à la Matra-Simca (puis Talbot) Rancho.

Lorsqu’en 1977 Matra lançait pour le compte de Simca ce fameux Rancho, véhicule de loisir aux fausses allures de 4×4, Heuliez devient donc le fournisseur de Matra, envoyant à Romorantin les caisses de VF2 servant à réaliser les Rancho ! Ce mécano industriel inspire les gens de Cerizay : finalement, avec un peu d’imagination et peu de moyens, il est possible de sortir un véhicule de loisir capable de trouver son public. Ce que Matra a fait avec le Rancho, pourquoi Heuliez n’en serait-il pas capable ?

Si le Rancho inventait son marché, il fallait à Heuliez inventer le sien. A l’époque, le marché du véhicule de plage s’est développé autour de trois propositions : la Mehari de Citroën (lire aussi : Citroën Mehari), la Rodeo de Renault mais fabriquée par Teilhol (lire aussi : Renault Rodeo), et l’anglaise Mini Moke (lire aussi : Mini Moke). Il s’agit pourtant de véhicules soit peu valorisants (Mehari ou Rodeo, cela a bien changé), soit assez limités (Moke). La Rancho avait montré que la base VF2 pouvait facilement être rendue sexy, et Heuliez se dit qu’une déclinaison de loisir pourrait séduire Simca devenue Talbot après le rachat de Chrysler Europe par Peugeot (lire aussi : La rachat de Chrysler Europe).


Le cahier des charges des designers du Centre d’Etudes d’Heuliez est simple : il faut réaliser un véhicule sexy avec peu, voire pas de moyens, et facilement industrialisable. De fait, la méthode sera relativement proche de celle utilisée pour le Rancho. Sur la base d’un VF2 pick up, de subtiles modifications esthétiques vont transformer l’utilitaire en pick up de loisir. Sa couleur blanche et bleue suggère la mer, l’arceau arrière rigidifie l’ensemble tout en donnant un look sportif, comme sa calandre plus agressive protégée par un arceau de métal ou ses grosses roues aux jantes peintes en blanc. Sans compter ses phares longues portées sur le toit !

Mais le clou du spectacle sera sans doute le plus simple : en présentant en 1980 sa Wind, Heuliez va avoir un coup de génie, en rajoutant sur le toit une planche à voile. On est alors en plein essor du « windsurf » en France, et la présence de cette planche la rend immédiatement à la mode, alors que la base du véhicule date tout de même de près de 15 ans. Comme quoi quelques détails suffisent à changer l’image d’une voiture. Présentée au Salon de Paris, elle laisse entrevoir à Heuliez une production… qui ne viendra jamais.

D’une part Talbot, filiale de PSA, est déjà en mauvaise posture, et les risques de faillite du groupe ont rendu frileux les décisionnaires de chez Peugeot. Et d’autre part, le doute subsite sur la réalité d’un marché suffisant pour ce type de véhicule, et ce malgré les excellentes retombées presse et l’admiration du public. La Wind restera au stade de prototype, tandis qu’Heuliez se rattrapera en produisant pour le compte de Citroën les BX Evasion à partir de 1985, de façon beaucoup plus lucrative.

La Wind (qui n’a donc rien à voir avec la petite découvrable sur base Twingo des années 2000, lire aussi : Renault Wind) se verra remisée dans les réserves d’Heuliez, pour n’en ressortit qu’en 2012, lors de la vente organisée par Artcurial pour tenter de sauver la firme ! Sans succès. Estimée entre 15 et 25 000 euros, la Wind ne partira qu’à 8340 euros !

Paul Clément-Collin
