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Lotus Esprit GT3 : “Colin Chapman, es-tu là ?”

PAUL CLÉMENT-COLLIN - 14 mai 2019

La Lotus Esprit est une voiture de sport qui a eu l’une des plus longues carrières au monde avec 28 années de production entre 1976, l’année de son lancement, et 2004, celle de sa retraite. Durant ces longues années, l’Esprit aura toujours évolué, mécaniquement ou stylistiquement, même sur la fin puisque deux versions aux philosophies diamétralement opposées viendront égayer la fin de carrière de la GT britannique : la cossue V8 et la diabolique GT3 qui nous intéresse aujourd’hui.

D’une certaine manière, c’est la naissance de l’Esprit V8 qui entraîne celle de la GT3. Depuis de longues années, Lotus rêvait d’une mécanique plus noble pour son haut de gamme. General Motors, propriétaire de la marque à la fin des années 80 et au début des années 90, s’y refusa. L’arrivée de Bugatti et de son flamboyant patron Romano Artioli en 1993 changea la donne avec le lancement de deux chantiers : l’Elise, retour aux fondamentaux de Colin Chapman et de son light is right, et un tout nouveau V8 de 3.5 litres, gavé par deux turbos et crachant 350 chevaux.

Respect de l’ADN

Oui mais voilà : entre la “petite” Elise, pendant moderne de l’Elan, et la grande Esprit désormais bourgeoise mais noble grâce à ses 8 cylindres, il manquait quelque chose répondant aux desiderata de ceux qui ne voulaient rentrer ni dans une case, ni dans l’autre. Quelque soit le propriétaire de Lotus, la satisfaction du client et le respect de l’ADN restèrent présent : cette période là ne fit pas exception. Conscient du trop grand gap entre les deux modèles, la direction entreprit donc de lancer la GT3, une Esprit d’entrée de gamme fidèle à l’esprit (!) Lotus : une sportive d’entrée de gamme, “back to basis”, légère aguicheuse, dépouillée, équipée d’un 4 cylindres turbocompressé récupéré sur les modèles “export” italiens.

Adieu le 2.2 litres des S4, place donc à un 4 pattes de 2 litres, comme aux origines (bien qu’un peu plus gros) avec un Garrett TB03 pour le souffle, 240 poneys pour l’écurie, ainsi qu’un couple de 30 Mkg à 3 500 tours : de quoi rendre l’Esprit GT3 très compétitive. Avec une vitesse max équivalente à la S4 (avec 23 chevaux d’écart, mais plus de 30 kg de moins), elle procurait surtout des accélérations encore meilleures avec un 0 à 100 en 5,3 secondes seulement. Surtout, avec son dépouillement naturel (l’autoradio était même en option), elle affichait un tarif exceptionnellement bas dans sa catégorie, 365 000 francs (une Venturi 300 Atlantique qui partageait ses rétros de Citroën CX avec l’Esprit coûtait, la même année, un peu plus de 500 000 francs ; une Esprit V8, elle, vous soulageait de 525 000 francs).

Une longue carrière de 28 ans

La Lotus Esprit aura connu plusieurs vies : purement dessinée par Giugiaro en 76, agréablement modernisée en 1988 par Peter Stevens, puis remise au goût du jour au début des années 90 avec ses boucliers plus enveloppant, elle n’avait toujours pas pris de ride lorsqu’en 1996, la GT3 est présentée au salon de Paris. C’est assez rare pour souligner le génie du coup de crayon initial. Pire, il fonctionne encore en 2019 et bien des passants n’imaginent pas une seule seconde que cette voiture a 43 ans, en tout cas dans ses dernières évolutions.

Autant la V8 jouait la sobriété bourgeoise, autant la GT3 préférait enfiler le survêtement : trois couleurs bien voyantes (orange, jaune ou vert pomme), des strippings noirs sur les côtés, la GT3 s’offrait aux bad boys (fortunés). Loin, certes, de la distinction britannique, mais finalement tellement Lotus. 196 passionnés se laisseront tenter par cette étonnante et ultime évolution de l’Esprit entre 1997 et 1999, préférant le rugueux mais très sportif 4 cylindres au velouté du V8, la légèreté et l’efficacité plutôt que la reconnaissance sociale : une auto de connaisseur en somme.

C’est encore le cas aujourd’hui car la GT3, rare et peu connue, ne semble concerner que les spécialistes de la marque, ou bien ceux qui peinent à choisir entre deux mondes radicalement différents, celui de la petite Elise ou celui de la grande Esprit. La GT3, elle, ne se pose pas autant de questions philosophiques, véritable trait d’union entre les deux. Il faudra juste assumer la carrosserie un peu voyante (du moins dans ses teintes initiales, la phase 2 introduisant un rouge ou un gris plus discrets).

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