Citroën SM Espace : le grand air selon Heuliez !

Vendredi 23 octobre 2015
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Si la Citroën SM fait autant rêver les quadra et quinqua d’aujourd’hui, c’est parce que dans les années 70, elle représentait « la possibilité du luxe » à la française, alliée à l’exclusivité italienne (lire aussi : Citroën SM). Sans la crise pétrolière, l’échec de la voiture aux Etats-Unis, les difficultés financières de Citroën embourbé dans le moteur rotatif (lire aussi : Citroën GS Birotor et Citroën M35) et finalement le rachat par Peugeot sauvant in extremis la marque, le haut de gamme français aurait peut-être pu prendre une autre direction, emmené par une SM flamboyante.

l'exemplaire n°1 aujourd'hui disparu
l’exemplaire n°1 aujourd’hui disparu

Si la SM a aussi enthousiasmé toute une génération, c’est aussi grâce à ses dérivés, créés par des carrossiers indépendants comme Chapron (lire aussi : Citroën SM Opéra), ou des bricoleurs de génie comme Regembeau (lire aussi : Citroën SM RG « Régembeau »). D’autres, comme Heuliez, s’attaquèrent aussi au mythe naissant pour proposer des solutions de développement à Citroën.

La SM Espace n°1 dans sa belle teinte violette !
La SM Espace n°1 dans sa belle teinte violette !

Heuliez, l’entreprise de Cerizay (Deux-Sèvres), compte déjà la firme aux chevrons parmi ses clients. C’est en effet elle qui assembe les fameuse M35 à moteur rotatif. Avec Yves Dubernard, la société picto-charentaise compte bien proposer ses services sous deux formes : un bureau de style proposant des projets aux constructeurs, et une usine adaptée aux petites séries pour les produire. C’est tout naturellement vers Citroën qu’Heuliez se tourne en présentant la SM Espace en 1971. La SM n’a pas un an, et l’avenir paraît (à tort) radieux. Contrairement à Chapron, qui s’oriente vers une version cabriolet (le Mylord, qui sera produit à 8 exemplaires), Heuliez décide d’innover avec un hard top étonnant et novateur.

Espace 02

La SM Espace est dotée d’un « T-roof » déjà vu sur la Corvette, mais avec un ingénieux système de lamelles en alu se rétractant dans l’arrête centrale. Heuliez avait déjà planché sur un tel système, et prouvait ainsi ses capacité technologique (capacités qu’on retrouvera bien plus tard sur la Peugeot 206 CC dont le système de toit rétractable était du à Heuliez, lire aussi : Peugeot 206 CC). Le toit s’ouvre aussi bien sur les places avant qu’arrière, et la SM se voit offrir des vitres électriques à l’arrière. Côté mécanique, la SM Espace reste identique à une SM classique, avec son V6 2,7 litres Maserati de 170 ch.

Espace 01

La SM Espace fut présentée au salon de Paris 1971, avec une teinte particulière un peu violette, un intérieur en daim, et surtout des persiennes « so seventies » sur la bulle arrière, non sans mal puisqu’il fallut aux équipes d’Heuliez régler des problèmes d’étanchéité, puis un mécanisme de toit réclacitrant la veille même du salon. Heureusement, tout rentra dans l’ordre, et la voiture put être présentée (et faire sensation) en temps et en heure ! Si tous s’accordent à saluer l’ingéniosité du toit rétractable vers le montant central, l’intérieur baroque et les persiennes ne rencontrent pas l’unanimité.

Espace 07

Heuliez décide donc de revoir sa copie pour 1972, en construisant un deuxième exemplaire, plus sobre (l’intérieur redevient très classique, tandis que la SM Espace récupère sa bulle arrière caractéristique sans ornements). Elle sera présentée au Salon de Bruxelles et cette fois-ci, personne ne trouva rien à redire. A Cerizay, on se frotte les mains, persuadés que Citroën va sauter sur l’occasion de développer sa gamme SM à moindre frais. Robert Opron suivait de très près les travaux du bureau de style d’Heuliez, et beaucoup y voyait un signe favorable. C’était sans compter les difficultés d’un Citroën en déconfiture, et dont l’actionnaire, Michelin, voulait se débarrasser (à Fiat d’abord, puis finalement à Peugeot quelques temps plus tard). En 1973, les jours de la SM sont déjà comptés, et jamais la production de sa version Espace ne fut lancée.

L'intérieur bien moins exubérant de l'exemplaire n°2
L’intérieur bien moins exubérant de l’exemplaire n°2

Le 1er exemplaire de la SM Espace a disparu aujourd’hui. Certaines sources disent qu’il fut vendu, tandis que d’autres parlent d’une destruction (les archives d’Heuliez notamment). Le 2ème exemplaire lui a survécu. Il servit d’abord pour l’usage personnel du patron, Henri Heuliez, puis fut conservé dans le patrimoine de l’entreprise, aux côtés d’autres prototypes et concept-cars. C’est la faillite du constructeur de Cerizay qui la remit en circulation. En grande difficulté, et pour rentrer le cash nécessaire à sa survie (en vain), Heuliez vendit ses bijoux de famille en 2012, lors d’une vente organisée au Mans par Artcurial. Dans le lot, la fameuse SM Espace. Estimée entre 200 000 et 400 000 euros, elle ne se vendit que 109 605 euros.

Espace 06

Si rouler dans une SM unique et historique vous titille, vous pourrez toujours tenter de retrouver l’heureux propriétaire de l’exemplaire n°2 et lui faire une offre. Sinon, vous pouvez toujours partir à la recherche de l’exemplaire n°1, avec de fortes chances de vous rendre compte qu’elle a bien été détruite !

Photos : Artcurial

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7 commentaires

Medvejonoc

Le 23/10/2015 à 17:37

…. orthographe…

marchal

Le 24/10/2015 à 21:09

Bonjour,
Il existe toujours 2 SM Espace, la bleue de la collection Heuliez et une Blanche toit noir qui appartient à Philippe Beugin.
Le point de savoir laquelle est celle du salon de 71 n’est pas clair.
http://passion-citroen.forum-actif.net/t474p30-la-sm-espace
Il est possible que l’une des deux ait récupéré le toit de la voiture du salon qui aurait été vendue en épave à Romorantin.
Compte tenu de la valeur des voitures et de l’égo des proprio, la transparence n’est pas de mise.

Paul

Le 24/10/2015 à 21:56

Merci pour cette précision… c’est bien ce qu’il me semblait 😉

Dans le Rétro

Le 18/12/2016 à 19:58

La bleue initialement aubergine pour les salons, comme le précisait Yves DUBERNARD, qui appartient à un collectionneur français était celle de monsieur Heuliez. Son nouveau propriétaire a remplacé les 4 jantes d’origine par des RR et également les cabochons de feux de recul orange par des blancs, c’est sa manie sur toutes ses SM et elle a gardé son immatriculation d’origine…

La bicolore a eu une vie plus chaotique, car pour savoir vraiment si elle a subit une greffe du toit, il faudrait décaper la peinture par exemple, j’avais même retrouvé une photo de cette dernière avant de savoir a qui elle appartient actuellement.
Il y a des nuances dans certains détails sur le toit et à l’intérieur comme les pare-soleil. Je mettrais des images sur le compte FB « Dans le Rétro » que j’ai faite lors de la seule et unique réunion des deux SM et qui ont illustré le numéro de Citroscopie.

Eddy123

Le 25/10/2015 à 07:57

J’adore les enjoliveurs de la 1ere Espace…. mais, superbe auto en general…
Il ne reste plus que l’article sur la Maserati quattroporte II

essaisautos

Le 27/10/2015 à 11:58

Toujours superbe cette SM ! Il n’y a qu’une chose qui était dommage : son V6 Maserati manquait de fiabilité… Mais au moins, à cette période, Citroën savait proposer un véhicule haut de gamme avec un moteur digne de ce nom…

Dans le Rétro

Le 18/12/2016 à 11:27

Le moteur de la SM est aussi peu fiable que les autres moteurs italiens de cette époque sauf que les propriétaires de ces bolides transalpins ne s’en vantait pas car ils avaient bien payé chers leurs voitures.
En fait ce moteur est tout de même plus fiable qu’on ne le pense, il faut comme tous les moteurs et surtout époque les laisser chauffer normalement, suivre un entretien digne de ce nom et on peut faire 150 000km sans soucis et surtout aujourd’hui avec les « restrictions routières ».

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