Maserati Mexico : à la conquête du Nouveau Monde
Classics
Coupé
Italienne
Maserati

Maserati Mexico : à la conquête du Nouveau Monde

Par Paul Clément-Collin - 15/10/2019

En ce début des années 60, Maserati bénéficie d’un certain prestige malgré le départ de frères fondateurs à la fin des années 40. Elle reste cependant une petite officine soutenue au forceps par la famille Orsi. C’est pourtant à cette époque que la firme de Modène va multiplier les modèles au gré des marchés et selon les demandes d’outre-Atlantique. C’est ainsi que naîtra la Maserati Mexico, profitant du hasard d’une réparation pour devenir un modèle à part entière.

Le prototype réalisé par Vignale en 1965

A l’origine, on trouve un prototype de grand coupé 4 places dessiné par Vignale et son styliste Virginio Vairo. Basé sur un châssis de 5000 GT, il en reprend le V8 4,7 litres et offre un style particulièrement réussi, tout à fait dans la tendance des grands coupés destinés à l’Amérique (on trouvera notamment quelques similitudes, notamment intérieures, avec la Jensen Interceptor, produite par Vignale à la même période). Ce proto doit être présenté au Salon de Turin 1965, mais pour l’heure, il stationne dans les ateliers de Modène. Or, au même moment, un riche mexicain du nom de Diaz Barroso apporte sa 5000 GT (rachetée en seconde main en 1961 au président du Mexique de l’époque Adolfo Lopez Mateos) chez Maserati suite à un grave accident : il s’agit presque d’une reconstruction.

Vignale aux commandes

En apercevant le prototype Vignale, Barroso propose de le racheter, tout en y apportant le numéro de série de sa propre 5000 GT afin d’éviter les droits de douane. Le nom de la future voiture était tout trouvé : ce sera donc Mexico. Le hasard faisant bien les choses, John Surtees gagne l’année suivante le Grand Prix du Mexique pour Cooper-Maserati, permettant à la marque de conserver (par chance) la logique d’un nom de course gagnée initiée par la Sebring.

Présentée à Turin fin 1965 puis au concours d’élégance de Rimini d’août 1966, la Mexico fait un tabac auprès du public. Elle colle parfaitement à l’idée du Grand Tourisme de l’époque, tout en proposant 4 vraies places dans un confort de haut standing (cuir, bois, climatisation, vitres électriques le tout de série ; BVA, autoradio et direction assistée en option). Son style est moderne et élancé, tout à fait dans l’air du temps, et particulièrement adapté au marché américain justement visé.

Soeur de Quattroporte

Pour la voiture de série, Maserati va choisir le châssis raccourci de la Quattroporte plutôt que celui de la 5000 GT d’origine. Pour le moteur, c’est bien le V8 4,7 litres qu’on trouve sous le capot avant, développant 290 chevaux, mais rapidement, une version 4,2 litres de 260 chevaux (celle de la Quattroporte) s’ajoute au catalogue. A cette époque, la concurrence est anglaise (Aston Martin DB6, Jensen Interceptor) ou italienne (Ferrari 365 GT 2+2, Lamborghini Espada ou Iso Rivolta IR300). Comme ses adversaires, la Mexico est chère, coûtant 5 fois le prix d’une Citroën DS21 en 1969. Autant dire qu’elle se réserve à une élite.

A partir de 1969, la Mexico évolue un peu à l’extérieur (nouvelles poignées de portes) et à l’intérieur (tableau de bord modernisé)

La Mexico n’est pas un four : elle reste dans le “trend” de Maserati de l’époque. On était encore dans l’artisanat, le partenariat avec Citroën se profilait et, d’une certaine manière, la marque initiait ce qui deviendrait une habitude dans les années 80 avec la Biturbo et sa multiplication de modèles. A cette époque, la Sebring est encore au catalogue, la Quattroporte fait ses premiers pas, la 5000 GT tire sa révérence, mais la Mistral tient son rang. Une gamme presque pléthorique pour un si petit constructeur qui s’apprête cependant à lancer son chef d’oeuvre, la Ghibli, sur la base de cette Mexico.

Initiatrice d’une certaine Ghibli

La Mexico sera cependant un peu éclipsée par cette dernière : la Ghibli faisait passer un cap à Maserati : quant la Mexico se vendait à 482 exemplaires (entre 1966 et 1972) dont 305 unités de la 4.2 et 175 de la 4.7 (sans oublier une unique 4.9 et une L6 3.7), la Ghibli trouvait 1 295 clients et marquait définitivement les aficionados de la marque.

Elle n’est pas une sportive à proprement parlé, s’apparentant à la logique des GT britanniques : beau moteur, châssis correct, espace confortable. La Ghibli, pour cela, s’avère plus incisive, mais la Mexico a pour elle la rareté et l’antériorité, alors qu’elle coûte deux fois moins cher aujourd’hui. Certes, le physique peut jouer, la Mexico semblant plus datée ainsi que plus bourgeoise. Cependant elle est une belle transition entre la Quattroporte et la Ghibli de ces époques-là.

Paul Clément-Collin

Paul Clément-Collin

Paul Clément-Collin est une figure reconnue du journalisme automobile français. Fondateur du site culte Boîtier Rouge, sacré meilleur blog auto aux Golden Blog Awards 2014 et cité parmi les médias auto les plus influents par Teads/eBuzzing et l’étude Scanblog Advent, il a ensuite été rédacteur en chef de CarJager et collaborateur de Top Gear Magazine France. Journaliste indépendant, spécialiste des voitures oubliées, rares, iconiques ou mal-aimées, il cultive une écriture passionnée et documentée, mêlant culture auto, design, histoire et anecdotes authentiques, et intervient également sur des événements majeurs comme le Mondial de l’Auto.

Autos similaires en vente

Barnes Exclusive
Maserati Ghibli Spyder 4.7
Maserati Ghibli Spyder 4.7
Maserati Ghibli Spyder 4.7
Maserati Ghibli Spyder 4.7
Maserati Ghibli Spyder 4.7
Barnes Exclusive
Maserati 3500 Gt Vignale Spyder
Maserati 3500 Gt Vignale Spyder
Maserati 3500 Gt Vignale Spyder
Maserati 3500 Gt Vignale Spyder
Maserati 3500 Gt Vignale Spyder
Barnes Exclusive
Maserati Mexico 4.7 Coupé Frua
Maserati Mexico 4.7 Coupé Frua
Maserati Mexico 4.7 Coupé Frua
Maserati Mexico 4.7 Coupé Frua
Maserati Mexico 4.7 Coupé Frua
Barnes Exclusive
Maserati Khamsin Série 1
Maserati Khamsin Série 1
Maserati Khamsin Série 1
Maserati Khamsin Série 1
Maserati Khamsin Série 1

Carjager vous recommande

Nicolas Fourny / 12 nov. 2025

Maserati Indy : une Ghibli pour la famille

« L’Indy séduit aujourd’hui une petite tribu de connaisseurs qui savent apprécier sa noblesse et son ardeur mécanique »
Classic
Italienne
Maserati
Nicolas Fourny / 12 nov. 2025

Maserati Quattroporte I : la discrète épopée d'une pionnière

« Contrairement à ses concurrentes, la Quattroporte n’a pas eu besoin d’aller chercher son moteur sur les triviales étagères de Detroit »
Classic
Italienne
Maserati
Nicolas Fourny / 12 nov. 2025

Maserati Mistral : les charmes ambigus de l'obsolescence

« La Mistral se singularise par une ligne de caisse inhabituellement basse, autorisant des vitrages particulièrement généreux »
Classic
Italienne
Maserati
Nicolas Fourny / 12 nov. 2025

Maserati Ghibli : il n'y a pas que la Daytona dans la vie !

« Grâce à l’importance du couple disponible, la Ghibli se plie sans sourciller à tous les styles de conduite, du plus paisible au plus impétueux »
Classic
Ghibli
Maserati
Nicolas Fourny / 12 nov. 2025

Maserati Quattroporte II : en avant toute (mais pas longtemps)

« La Quattroporte II apparaît tout à la fois comme l’une des Maserati les plus énigmatiques et comme l’une des Citroën les plus secrètes »
Citroën
Classic
Italienne
Carjager / 12 nov. 2025

Maserati Bora : l’ancêtre de la MC20 !

Quelle est l’architecture idéale pour une automobile de grand tourisme ? Voilà une question à laquelle, depuis l’après-guerre, des réponses très fluctuantes — et parfois contradictoires — ont été apportées par des firmes aussi différentes que Porsche, Lancia, BMW, Ferrari ou Chevrolet. En particulier à partir de 1966, année de l’apparition de la Lamborghini Miura, les constructeurs italiens se retrouvèrent en face d’un dilemme : fallait-il suivre l’exemple de Sant’Agata Bolognese ou celui de Ferrari, qui devait rester cramponnée au V12 implanté à l’avant pour ses berlinettes sommitales jusqu’au début des années 1970 ? Avec la Ghibli, Maserati sembla emprunter le même chemin que le Cavallino Rampante mais pourtant, dans le secret de son bureau d’études, le Trident n’allait pas tarder à préparer un virage à 180 degrés…
Citroën
Italienne
Maserati
Paul Clément-Collin / 12 nov. 2025

Maserati Ghibli (Tipo 115M) : vent chaud sur Modène !

Le nom de Ghibli est revenu plusieurs fois sur l’établi, soit avec la 2ème du nom soit avec la plus contemporaine 3ème du nom, mais il faut bien l’avouer, seule la première a véritablement marqué les esprits. Certes, la Ghibli II possède son charme, mais cela reste une Biturbo « évoluée », tandis que la III s’est transformée en berline, niant l’histoire même du modèle malgré ses qualités. La Ghibli originelle, elle, peut se targuer d’être une réussite esthétique grâce au génie du jeune Giugiaro (il n’a pas encore 30 ans) qui venait de quitter Bertone pour Ghia.
Daytona
Ghibli
Miura
Paul Clément-Collin / 12 nov. 2025

Maserati Quattroporte III : pour en finir avec Citroën

Il y a des voitures comme ça, dont on arrive jamais vraiment à déterminer si on les aime ou pas, si on les trouve belles ou pas, si on en a envie ou pas. La Maserati Quattroporte III en fait partie. Sa longévité dans la gamme Maserati l’a aussi rendue un peu ringarde par rapport à la production contemporaine : en 1990, sa dernière année de commercialisation, elle paraissait vraiment son âge. Avec le temps, et la mode des voitures des années 70 et 80, sa ligne revient à la mode, malgré un côté cachalot échoué sur la route. L’oeil se réhabitue, à force de voir de drôles de trucs rouler. Le paquebot so 70’s déjà un peu démodé au début des années 80 prend alors tout son charme, et me voilà presque désireux d’en avoir une dans mon garage.
Citroën
Maserati
Quattroporte Iii

Vendre avec CarJager ?

Voir toutes nos offres de vente