La boîte manuelle fait son grand retour chez les italiens, et Maserati veut suivre Ferrari
L’idée qu’une boîte manuelle puisse retrouver sa place dans une supercar moderne semblait encore récemment impensable, surtout après l’essor des transmissions à double embrayage et la montée de l’électrification dans les gammes italiennes prestigieuses. Pourtant, cette vision se trouve aujourd’hui bousculée par un retour en force du levier de vitesses traditionnel, symbole d’une expérience de pilotage plus engagée. L’initiative de Ferrari avec la 12Cilindri Manual a réveillé le débat et Maserati laisse désormais entrevoir une supercar exclusive, à la philosophie radicalement différente, qui pourrait bien séduire les puristes nostalgiques des trois pédales.
Une tendance inattendue chez les constructeurs de prestige
Pendant longtemps, chaque nouvelle génération de sportives italiennes semblait éloigner un peu plus la possibilité de revoir, un jour, une boîte manuelle en concession. L’omniprésence des transmissions automatiques sophistiquées, obsédées par le chrono, et la pression de l’hybridation conduisaient à croire que le plaisir mécanique n’avait plus sa place. Mais la récente Ferrari 12Cilindri Manual a ensuite ravivé l’espoir, et Maserati paraît déterminé à emboîter le pas avec une proposition inédite dans son histoire contemporaine.
BottegaFuoriserie, le laboratoire des voitures extrêmes
Derrière l’émergence de cette supercar manuelle, on retrouve la division BottegaFuoriserie, dirigée par Cristiano Fiorio. Cette entité, partagée avec Alfa Romeo, se concentre sur la réalisation de modèles à la fois ultra-exclusifs et pensés pour des collectionneurs recherchant une vraie expérience émotionnelle. C’est à elle que l’on doit déjà des créations comme l’Alfa Romeo 33 Stradale ou la Maserati MCXtrema, toutes produites en très petites séries, loin des standards de production de masse.
La demande claire des passionnés
Selon Cristiano Fiorio, la moitié des clients de BottegaFuoriserie expriment une attente très explicite : retrouver un moteur thermique associé à une boîte de vitesses manuelle, pour renouer avec une conduite aussi pure qu’authentique. Pour Fiorio, la prochaine étape logique serait donc d’intégrer ce type de transmission dans un futur modèle Bottega, afin de répondre à ces amateurs de sensations mécaniques directes.
Le choix de la mécanique face à la déferlante technologique
La philosophie de ce futur modèle Maserati s’éloignerait délibérément de la course à la puissance brute et des technologies d’assistance à outrance. Davide Danesin, à la tête de l’ingénierie de la marque, affirme qu’une approche centrée sur la mécanique pure aurait pleinement sa place aujourd’hui. Privilégiant la sensation avant la performance chronométrée, cette supercar pourrait s’adresser à une clientèle lassée des assistances électroniques et recherchant avant tout une symbiose entre l’homme et la machine.
Un moteur d’exception dans le viseur
Le bloc choisi pour incarner cette philosophie ne serait autre que le V6 Nettuno, motorisation maison déjà apparue sur la MC20, la MCPura, le Grecale et la GranTurismo. D’une cylindrée de 3.0 litres, doté de deux turbos, ce V6 affiche plus de 600 chevaux dans les versions routières et se distingue comme l’une des références actuelles du segment selon Maserati. La perspective d’accoler ce moteur explosif à une boîte manuelle renforce le caractère exclusif du projet.
Quelle solution pour la transmission ?
Reste le défi technique : créer une nouvelle boîte manuelle, uniquement pour une production très limitée, représenterait un coût significatif. Pourtant, Maserati pourrait disposer d’une alternative immédiatement disponible grâce à sa proximité avec Alfa Romeo. La Giulia Quadrifoglio, dans ses millésimes 2016 et 2017, a déjà été proposée en Europe avec une boîte manuelle à six rapports, couplée à un V6 2.9 biturbo dont l’ADN technique est en partie commun avec le Nettuno. Cette passerelle pourrait permettre une adaptation plus aisée sur la future supercar.
Un objet de collection plus qu’une nouvelle gamme
Il ne faut pas s’attendre à voir ce type de transmission se généraliser dans la gamme Maserati. Comme pour la Ferrari 12Cilindri Manual, le retour de la boîte manuelle viserait une clientèle extrêmement ciblée, prête à investir dans une édition limitée et au prix élevé. Maserati n’avait plus proposé pareille transmission depuis l’époque, il y a presque vingt ans, des Coupé et Spyder motorisées par le V8 d’origine Ferrari. Depuis lors, la marque a exploré des territoires inédits, jusqu’aux modèles électriques Folgore, sans jamais renouer avec cette tradition mécanique.
Imaginer une supercar exclusive, à châssis MC20, propulsée par un V6 Nettuno de 630 chevaux, entre les mains de passionnés adeptes des trois pédales, devient tout à coup bien plus crédible. Si Maserati concrétise ce projet, l’histoire de la conduite sportive pourrait s’offrir une page mémorable dans les prochaines années.


