Citroën GS Camargue : tentative de séduction

Publié le dimanche 2 février 2020.
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C’était un temps où Citroën y croyait encore, un temps où l’aventure Comotor n’avait pas encore ruiné l’entreprise, un temps où la SM portait encore tous les espoirs de la marque, notamment aux État-Unis, un temps où une fusion avec Fiat était encore d’actualité. Propriétaire de Maserati, flirtant avec la turinoise, Citroën sentait le parfum de l’Italie et le carrossier Bertone y vit un probable client. Voilà pourquoi il confia à son dessinateur fétiche, Marcello Gandini, la réalisation d’un coupé moderne reposant sur la base et la mécanique de la récente GS. Dénommée Camargue, cette étude de style fit la sensation du salon de Genève 1972. À l’occasion d’une rétrospective Gandini au Salon Rétromobile 2020, le public parisien pourra se délecter de ses lignes trapézoïdales qui ne sont pas sans rappeler le Tesla Cybertruck présenté en 2019.

La GS Camargue n’est pas une proposition de Citroën, mais donc une étude de style signée Bertone. Gandini explore depuis la fin des années 60 les lignes tendues avec la fantastique Alfa Romeo Carabo, ou l’Autobianchi Runabout (visible elle aussi à Rétromobile), mais le travail d’un designer est aussi celui d’un commercial : il faut draguer le client, tenter de séduire avec des lignes nouvelles, tout en restant cohérent. En ce début des années 70, la tendance qu’essaie d’imposer Gandini n’a pas encore percé. Certes, il travaille déjà sur le prototype de la future Lamborghini Countach qu’on a pu apercevoir au Salon de Genève 1971, mais la voiture ne sortira en série qu’en 1974. Pour l’édition genevoise 1972, Bertone décide donc de séduire Citroën.

Une GS version coupé

On décide donc de récupérer la base technique de la Citroën GS, sortie en 1970 sur les marchés, pour proposer un coupé moderniste qui présente l’avantage d’offrir une nouvelle direction stylistique à la marque française, mais pourquoi pas d’être une possible déclinaison dans la lignée de la Citroën SM. Peugeot possède bien dans sa gamme un duo de 304 coupé et cabriolet en-dessous de deux 504 coupé et cabriolet. Chez Renault, on propose à la clientèle les Renault 15 et 17. Citroën, enfin présente de façon cohérente sur le marché des berlines intermédiaires (après les Ami6 et Ami8 bricolées), pourrait, qui sait, se laisser séduire. En outre, convaincre Citroën, c’est aussi par ricochet s’ouvrir les portes de Maserati.

La Camargue s’avère particulièrement originale. Trop peut-être, même pour Citroën. L’avant est sobre et lisse comme un galet, avec ses feux sous verre et sa calandre minimaliste. Le capot plongeant respire la sportivité et les larges surfaces vitrées apportent la luminosité dans l’habitacle. C’est à l’arrière que la Camargue étonne le plus avec sa bulle dans le style d’une Alpine A310 (et préfigurant celle de la Renault Fuego). La proue est tranchée, donnant un aspect râblé à la voiture. Sous le capot avant, on retrouve le 4 cylindres à plat de 1 055 cc et 55 chevaux : pas de quoi en faire la sportive que sa ligne évoque, mais permettant ce capot plongeant ! Evidemment, cette GS coupé récupère la suspension hydro-pneumatique de sa donneuse, laissant espérer une excellente tenue de route malgré sa faible motorisation. 

Séduire Citroën

La GS Camargue ne séduira pas Citroën en tant que tel, mais ne fut pas un échec pour Bertone, loin de là. D’abord, Gandini récupérera le style de la Maserati Khamsin (lancée en 1974). Ensuite, Bertone prendra sa revanche à la fin des années 70. Son style préfigurée par la Camargue puis par la Volvo Tundra (présente à Rétromobile pour la même rétrospective) séduira la nouvelle direction emmenée par Xavier Karcher : c’est ainsi que l’officine italienne réalisera d’abord la BX, puis la grande berline XM, ainsi que la ZX (lointaine descendante de la GS) et la Xantia. La patience paie toujours. Entre temps, Bertone aura revendu à l’anglais Rolls-Royce le nom de Camargue pour son projet de coupé le plus cher du monde.

Durant le Salon Rétromobile 2020, la Citroën GS Camargue sera donc exposée aux côtés de la Bertone Runabout, la Suzuki Go, la Ferrari Rainbow, la Volvo Tundra, la Chevrolet Ramarro, la Citroën Zabrus, la Lamborghini Genesis, la BMW Pickster et l’étrange Opel Filo : l’occasion de redécouvrir le style particulier de Bertone et de Marcello Gandini.

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5 commentaires

Julien

Le 03/02/2020 à 12:37

Bonjour,

Je me sens obligé de faire quelques rectifications: les projets Bertone cités (des années 1980) étaient supervisés par Marc Deschamps… également chez Bertone lors de la conception de la Camargue qui serait « une oeuvre en commun ».
Dans les années 1980, Gandini était parti, notamment pour travailler avec Renault.

Paul

Le 03/02/2020 à 12:54

C’est pour cela que je parle de Bertone pour les projets BX/XM/ZX/Xantia et pas Gandini (tandis que la GS Camargue, elle, est bien due à l’italien)… Mais la phrase est peut-être peu claire… Au temps pour moi

romnatt

Le 04/02/2020 à 13:55

Une version « Majorette » existait. C’était une de mes « petites voitures » préférées.

Jérémie

Le 04/02/2020 à 23:54

Merci, c’est vraiment passionnant, dommage qu’il n’y ait pas eu de suite directe à cette Camargue…

LUCAS

Le 08/02/2020 à 18:26

Un contributeur évoque sa Camargue Majorette, pour ma part, ce sera Norev. De toute façon, cela ne sort pas de la famille, puisqu’il me semble s’agir dans les deux cas de la fratrie Veron. Je ne peux me rendre à Retromobile et c’est un regret, ne serait-ce que pour pouvoir apprécier, « en vrai » cette GS Camargue si juste de proportions et au dessin si net. Bien sûr, tout a déjà été dit sur le côté « banque de formes » ou de design que constitue un prototype, notamment cette face retrouvée sur la sage BX de 1989 ou la XM de 1989, mais avec bien moins de joliesse. Cette GS Camargue de Bertone est magnifique, élégante, très équilibrée et tellement vraisemblable. 48 années plus tard, elle saurait se distinguer et séduire dans le trafic alors qu’un vénérable et lumineux coach R 15 contemporain porterait sa désuétude. N’était les épais pneumatiques d’alors, cette superbe automobile ne porte pas la trace des ans. On lui croirait presque une cellule cousine de celle de la furieuse Lancia Stratos de 1973, encore de chez Bertone, même si le plus exceptionnel prototype fut celui de la Stratos P. Zero de 1970, encore un chef-d’œuvre. Mais quelle époque que cette décennie 1965-1975 qui engendra, surtout en Italie, des œuvres automobiles véritables « mers de vinaigre » à partir desquelles on décline encore aujourd’hui le tracé des véhicules contemporains. Quoique l’automobile soit dominée par les descendantes des « caisses carrées des années 30, les SUV, auxquels je préfère les Renault Prairie ou Colorale, mais plutôt et surtout les berlines et coupés longs, à la ligne de caisse tendue de la proue à la poupe. Tout de même, le dessin, si j’ose dire Akkadien ou cunéiforme initié sur la Carabo de 1968 ou ce diamant qu’est la Marzal de 1967 est à ce jour indépassé. Si seulement un audacieux fortuné entreprenait une petite (et coûteuse) série de cette Camargue, le seuil plaisir de la voir croiser dans la circulation serait un régal.

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