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4 voitures produites chez Pininfarina

PAUL CLÉMENT-COLLIN - 25 mars 2019

Aujourd’hui, les progrès technologiques et organisationnelles permettent à un constructeur de produire sur une même ligne ou dans une même usine des modèles de niche à faibles volumes. Pourtant, jusqu’à récemment, les marques automobiles devaient faire appel à des carrossiers partenaires pour produire des coupés, des cabriolets ou des véhicules de loisir. Karmann en Allemagne, Heuliez en France ou Bertone et Pininfarina en Italie qui, les premiers, proposèrent une offre industrielle en complément de leur activité de haute couture. Voici donc 5 voitures produites, en partie ou en totalité, dans les usines de Pininfarina, qui siglait ses voitures d’un F, pour Farina.

Usine Pininfarina de San Giorgio Cavanese au temps de la Peugeot 406 En haut, l’usine Pininfarina de San Giorgio Cavanese au temps de la Peugeot 406 Coupé. En bas, la soufflerie de l’usine de Grugliasco

Alfa Romeo Giulietta Spider

Depuis 1946, la carrosserie Stabilimenti Farina produisait en très petite série pour le compte de prestigieux constructeurs comme Maserati, Cisitalia, Alfa Romeo, Lancia et bien sûr Ferrari dans ses ateliers de Turin, 107 corso Trapani. A partir de 1956, Battista Pinin Farina va batailler sec contre Bertone pour la fabrication des dérivés de la Giulietta. C’est ce dernier qui gagnera la compétition pour le dessin et la production du coupé Sprint, tandis que Pinin Farina remportera le lot du Spider.

A l’origine de ce petit cabriolet doté d’un petit 4 cylindres 1,3 litre développant 80 chevaux (puis une version Veloce de 90 chevaux), on trouve le désormais célèbre importateur américain Max Hoffman à qui l’on doit aussi la Mercedes 300 SL “Gullwing”. Récupérant l’importation d’Alfa aux USA, il suggère la création d’un petit cabriolet sur la base de la Giulietta. Ainsi, le Spider cible-t-il clairement les Etats-Unis mais s’avère un succès aussi en Europe, s’installant comme un concurrent crédible aux roadsters anglais.

Entre 1956 et 1958, 5 493 Giulietta Spider vont sortir des petits ateliers de Turin. Il faut dès lors s’agrandir et Pinin Farina (qui ne deviendra officiellement Pininfarina qu’en 1961) va investir dans la construction d’une nouvelle usine à Grugliasco, pas loin de son concurrent Bertone. Avec cette installation moderne, Pinin Farina se dote d’une soufflerie, preuve de l’intérêt du carrossier pour l’aérodynamisme.

Au total, 17 096 exemplaires seront en grande partie construits chez Pininfarina (les organes mécaniques étaient intégrés à Milan). A la Giulietta succèdera la Giulia Spider, puis le fameux Spider Duetto sur les chaînes de Grugliasco. Aujourd’hui, une Giulietta Spider s’échange à partir de 80 000 euros, voire 120 000 pour la Veloce.

Peugeot 404, Fiat 124 et Alfa Romeo Spider partagent les même locaux à Grugliasco

Peugeot 504 CC

Peugeot avait commencé sa collaboration avec Pininfarina lors du lancement de la 403 en 1955. Si la familiale française disposait d’une version cabriolet, celle-ci fut produite à Sochaux. Sans abandonner le créneau, la firme sochalienne décida, devant les faibles volumes de production, de confier la majeure partie de l’assemblage de la 404 (coupé et cabriolet) à son nouveau partenaire italien en 1961.

Les 504 sur la chaînes de l’usine Pininfarina à Grugliasco

Evidemment, ce fut à Pininfarina qu’on confia par la suite la production des 504 Coupé et Cabriolet, magnifiques oeuvres d’art signées des designers italiens. De 1969 à 1983, 31 166 exemplaires seront produits de ces 504 “CC” équipées soit d’un 4 cylindres (1.8 litre de 97 chevaux puis 2 litres de 104 chevaux) soit d’un V6 PRV (d’abord à carburateurs de 136 chevaux, puis à injection de 144 chevaux).

La longévité de cette paire de 504 conduira à une collaboration et un respect mutuel de la part des équipes françaises et italiennes et, malgré leur disparition en 1983, PSA n’en abandonnera pas pour autant Pininfarina, lui confiant la production de la Talbot Samba Cabriolet puis des 205 CJ/CTI ou encore des 306 Cabriolet.  

Jusqu’alors pourtant, Peugeot utilisait la bonne vieille méthode du meccano industriel : les caisses, soubassements, trains roulants étaient fabriqués à Grugliasco, tandis que la partie mécanique s’effectuait à Sochaux. Pourtant, en 1996 Peugeot allait pour la première fois confier l’intégralité de l’assemblage pour la production de la 406 Coupé

Fiat 124 Sport Spider

En 1966, Pininfarina récupérait le contrat de fabrication de la Fiat 124 Sport Spider alors même qu’elle produisait sur les mêmes lignes sa principale concurrente, l’Alfa Romeo Duetto Spider. Moins sportive à ses débuts que sa compatriote (et ce malgré son nom), elle visait particulièrement le marché américain, plus attaché à la ligne qu’au son rageur d’un moteur à l’européenne.

Moins sportive et moins extravertie que l’Alfa, la petite 124 Sport Spider, qui faisait un parfait duo avec la Fiat Dino Spider en haut de la gamme, n’était cependant pas mal lotie niveau mécanique : son moteur 4 cylindres était moderne, conçu par Lampredi, et développant 90 chevaux pour 1 438 cc. Au fur et à mesure des années, la 124 ne cessera de gagner des chevaux ou de la cylindrée, jusqu’à sa véloce version Volumex de 135 chevaux en fin de production.

Dès 1974, la 124 Sport Spider quittait le marché européen, pour se concentrer sur le seul marché américain. Au début des années 80, Fiat décidait d’en arrêter la production, en perte de vitesse. Pininfarina, de son côté, trouvait qu’il existait un potentiel pour une version modernisée, à la manière de ce qu’il se passait pour l’Alfa Romeo Spider (dont la production avait été rapatriée chez Alfa et qui continuait sa vie au gré du marché).

Après accord avec la Fiat, Pininfarina récupère donc l’ensemble des droits de la 124 Sport Spider et la rebaptise, après modernisation, en Pininfarina Europa (pour l’Europe) et Azzurra (pour les Etats-Unis), devenant la première voiture produite sous cette marque. 198 120 exemplaires du petit cabriolet de Fiat furent construits à Grugliasco, dont 7 950 sous la marque Pininfarina.

Cadillac Allanté

Dans les années 80, Cadillac souhaitait lancer une véritable concurrente à la Mercedes SL R107. Aux yeux des dirigeants de GM, il fallait, pour pouvoir rivaliser, offrir une certain parfum d’Europe habilement mélangé à des sensations américaines : le parfait mélange des deux mondes. Pour l’aider dans son objectif, la puissante General Motors allait nouer un complexe partenariat avec Pininfarina pour lancer la Cadillac Allanté.

Pour satisfaire ce nouveau client, Pininfarina allait signer une oeuvre tout en sobriété. La ligne était plutôt réussie et la voiture très belle, mais presque trop parfaite : il lui manquait ce petit supplément d’âme que la Mercedes ou la Jaguar XJS par exemple, possédaient. Européenne à l’extérieur, l’Allanté (avec son nom teinté “d’italianité”) était américaine à l’intérieur, tant dans l’habitacle très confortable que sous le capot.

Là, on trouve un V8 qui évoluera (heureusement, avec le temps). A son lancement, et malgré ses 4,1 litres de cylindrée, il ne développait que 170 chevaux, une puissance bien modeste pour les 1 630 kg de la bête. Il passera ensuite à 200 chevaux pour 4,4 litres, mais il faudra attendre 1992 pour voir apparaître une version Northstar de 4,9 et 295 chevaux enfin satisfaisante.

Pour produire l’Allanté, GM et Pininfarina imaginèrent une méthode de fabrication à l’encontre de toutes les règles de bonne gestion : les châssis étaient d’abord fabriqués aux USA, puis envoyés à San Giorgio Canavese, la toute nouvelle usine de Pininfarina où ils recevaient leurs carrosseries et intérieurs. Les voitures étaient ensuite renvoyées par 747 spécial aux USA pour y recevoir leurs trains roulants et leurs moteurs. De quoi faire exploser les coûts et les délais de fabrication. Résultat, en Europe, une Allanté coûtait plus cher qu’une Ferrari Mondial par exemple.

Evidemment, la voiture sera un échec complet même si GM la maintiendra dans sa gamme de 1986 à 1993. Seuls 21 430 exemplaires seront vendus et, aujourd’hui, on peut s’offrir cette fabuleuse automobile hors de prix à l’époque (600 000 francs) pour une bouchée de pain.

Epilogue

Durant sa longue histoire et depuis la fameuse Alfa Romeo Giulia Spider, Pininfarina aura produit pour le compte de ses clients un certain nombre d’automobiles. A la fin des années 90, la carrosserie produisait en même temps les Peugeot 306 Cabriolet et 406 Coupé, la Fiat Coupé et ses “soeurs” Alfa Romeo GTV et Spider, la Bentley Azure, la Lancia Kappa SW et le bien nommé Mitsubishi Pajero Pinin. Malheureusement, les années 2000 seront moins fastes alors que Pininfarina disposait de 3 sites de production. Après avoir produit pour Ford la Streetka et la Focus cabriolet, le petit cabriolet Mitsubishi Colt CZC ou le duo Alfa Romeo Brera / Spider, tous des relatifs échecs, la source se tarit.

L’usine de Grugliasco, rachetée par le Piémont, après le départ de Pininfarina

Les constructeurs, entre temps, avaient appris à produire eux-même leurs petites séries. Dès 2008, Pininfarina s’était délesté de sa plus vieille usine, Grugliasco, rachetée par la région du Piémont pour une hypothétique relance de la marque De Tomaso. San Giorgio fut fermée fin 2010 avec la fin du contrat Alfa Romeo. Bairo Cavanes, ouverte en 1997, produira jusqu’en 2013 la Bolloré Bluecar, connue des parisiens sous le nom d’Autolib. Pininfarina ne se relèvera jamais de cette période (comme Heuliez en France) et finira par faire faillite. La prestigieuse entreprise tombera ensuite dans l’escarcelle de l’indien Mahindra et Mahindra en 2015. Ironie de l’histoire : la marque était présente au Salon de Genève 2019 pour présenter la Battista, deuxième voiture à porter le nom de Pininfarina, après l’Europa/Azzura, et destinée à être produite.

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